Le département ASEP, un département emblématique de la diversité des langues et civilisations enseignées à l’Inalco

Le département Asie du Sud-Est et Pacifique (ASEP) fait partie des départements multilingues de l'Inalco, qui comprennent des langues à petits et moyens effectifs et font la richesse et la diversité de l’établissement.
Couvertures ouvrages ASEP
Couvertures ouvrages du département ASEP © DR‎

Composé de huit sections de langue – à savoir les sections de birman, de filipino (cebuano & tagalog), d’indonésien-malaisien, de khmer , de lao, de siamois et de vietnamien d’un côté, et de Pacifique (bislama, ilocano & tahitien) de l’autre – le département illustre sa richesse dans la transmission des savoirs sur ces champs linguistiques par, d’une part, l’enseignement de ces langues et des civilisations qu’elles représentent, et d’autre part la recherche effectuée par les enseignants-chercheurs dans six disciplines principales : l’anthropologie, l’histoire, la linguistique, la littérature, l’économie et la géographie. Les enseignants-chercheurs[1] – titulaires comme non-titulaires – sont rattachés à des laboratoires de recherche renommés, notamment aux CASE (Centre Asie du Sud-Est), CERLOM (Centre d’étude et de recherche sur les littératures et les oralités du monde), CESSMA (Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques), et l’IFRAE (Institut français de recherche sur l’Asie de l’est) pour les sciences humaines et sociales ; aux CRLAO (Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale), LACITO (Langues et civilisation à tradition orale) et SeDyl (Structure et dynamique des langues) pour les sciences du langage. Ces laboratoires de recherche offrent tout à la fois le cadre institutionnel idéal pour des collaborations entre chercheurs (qu’ils soient du même domaine de recherche ou pas) et des financements pour les missions de leurs enseignants-chercheurs.

Les travaux de nos chercheurs couvrent une aire assez vaste, qui comprend l’Asie du Sud-Est continentale (Birmanie, Cambodge, Laos, Thaïlande, Vietnam), péninsulaire et archipélagique (Indonésie, Malaisie, Brunei, Singapour, Philippines), et l’Océanie. Les recherches sont de nature disciplinaire (portant sur l’anthropologie, la géographie, l’économie, l’histoire, la littérature, etc.) ou aréale (portant sur un pays, une région ou une langue). Par ailleurs, nombre de travaux de recherche emploient une approche interdisciplinaire, comme attestent, par exemple, les recherches sur l’approche chronologique des littératures des Philippines ; les usages terminologiques (cas du traitement thermique des métaux) en Indonésie ; les approches de littérature et de sociologie dans les recherches sur le cinéma et le théâtre en Thaïlande, et ainsi de suite. Nos recherches linguistiques mettent l’accent également sur plusieurs aspects (socio-linguistique, pragmatique, etc.). Nous sommes en fait de plus en plus convaincus du lien étroit entre l’aspect linguistique formel et les aspects socio-culturels si l’on tient à comprendre le fonctionnement d’une langue dans ses communautés de locuteurs, une démarche qui est au cœur de la mission de l’Inalco.

Les travaux de recherche des membres de l’ASEP donnent lieu à de nombreuses publications scientifiques, soit sous forme de monographies, y compris les publications en ligne ; soit sous forme d’articles dans des ouvrages collectifs ou des revues (Archipel, Péninsule, Bulletin de la Société linguistique de Paris, Fait de langue, etc.), qui sont trop nombreux pour être cités ici (un article de ce dossier recense les dernières publications). Des contributions notables de collègues à des ouvrages importants incluent par exemple l’entrée « femmes de Thaïlande et des Philippines » dans l’Encyclopédie des femmes créatrices).

Comme beaucoup de membres de l’Inalco, les enseignants-chercheurs de l’ASEP sont souvent auteurs d’ouvrages de référence, qui sont parfois les seuls existants pour les francophones, tels que des dictionnaires (français-khmer ; birman-français ; dictionnaire numérique français-lao, etc.) et des manuels ou méthodes d’apprentissage de langue (ex. Manuel de birman, Manuel d’indonésien, Méthode de thaï, etc.). En outre, parmi les publications, nous trouverons également des travaux de traduction (littéraire), des romans et des nouvelles. Beaucoup d’entre nous sont très souvent sollicités pour des traductions non-littéraires (par exemple, textes journalistiques, sous-titrages de films), et la formation linguistique de nos langues intègre également des cours de traduction. En outre, ils assument des rôles clés dans la publication de revues (Archipel, Bulletin de la Société linguistique de Paris, Histoire et société rurales, Littérature vietnamienne contemporaine, Péninsule, etc.).

Certains membres du Département jouent un rôle important en tant que porteur de projets à l’échelle nationale comme internationale. Nous pouvons citer deux projets récents qui ont vu le jour grâce à notre regretté collègue Joseph Deth THACH : le projet MANUSASTRA, qui s’engage à la formation de futurs chercheurs en sciences humaines avec un programme inédit de coopération internationale à long terme au Cambodge et au Laos et le projet ERASMUS+ GEReSH-CAM au Cambodge. Par ailleurs, c’est grâce au projet Manusastra que les jeunes chercheurs cambodgiens et laotiens ont également pu faire leurs études supérieures, en bénéficiant d’abord d’un programme de formation intensive en histoire, en anthropologie, et en linguistique et épigraphie dans le cadre de l’université des Moussons au Cambodge, qui leur permet d’obtenir un double diplôme, délivré par l’Inalco et l’URBA[2] de Phnom-Penh. Certains diplômés de l’université des Moussons sont actuellement inscrits dans les programmes de master ou de doctorat à l’Inalco, et prendront, à terme, la relève des futurs projets de formation de recherche au Cambodge et au Laos. Nous avons également des partenariats de coopération avec d’autres institutions académiques non seulement en France mais à l’étranger : avec l’université de Paris-Denis Diderot (notamment pour les études vietnamiennes), l’EHESS ou Science Po en France ; avec la National University of Singapore, en Asie, pour n’en citer que quelques-uns. En outre, une convention hors-Erasmus avec différentes universités d’Asie du Sud-Est encourage la mobilité de nos étudiants et enseignants.

En résumé, les membres de l’ASEP ne manquent pas d’opportunités pour les projets de recherche collaboratifs avec nos partenaires en Asie ou pour participer aux débats scientifiques avec nos universités partenaires. Par ailleurs, grâce à leurs expertises sur l’Asie du Sud-Est et le Pacifique, les membres de l’ASEP sont souvent invités à participer aux émissions de radio ou de télévision : ils sont ainsi habitués des plateaux de France-Culture, France-Inter, Radio-France-internationale, Canal-U, France24, etc.

Enfin, le département ASEP participe aussi au projet MOOC [3] , qui a pour but de créer des cours d’initiation à distance autour de cinq thèmes : a) première rencontre, b) se déplacer, c) se loger, d) se nourrir et e) faire des achats. A l’heure actuelle, nous avons les MOOC birman, indonésien et siamois qui sont en cours de préparation. Les leçons sont composées d’explications sur des points de grammaire ou de culture(s), des exercices et des quiz, et sont suivies systématiquement par le forum, géré par des enseignants ou des tuteurs formés, où les participants ont la possibilité de poser des questions ou d’échanger leurs connaissances, ce qui accélère l’apprentissage.

Pour conclure, les activités, aussi bien pédagogiques que scientifiques, du département ASEP soutiennent par leur variété et leur portée le dynamisme tout entier de l’Inalco et sa mission de transmission et de diffusion des connaissances des langues de la région d’Asie du Sud-Est et Pacifique. C’est un honneur pour nous toutes et tous, que d’y être associés !

San San HNIN TUN 
Maîtresse de conférences en sciences du langage, linguistique et langue birmane
Responsable de la section de Birman
Directrice du département Asie du Sud-Est et Pacifique (ASEP)
Membre du Lacito-CNRS : Marqueurs énonciatifs du birman parlé, linguistique de corpus
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[1] Au total vingt-et-un enseignants-chercheurs titulaires, dont Gilles Delouche (Siamois) et Joseph Deth Tach (Khmer) nous ont quittés cette année ; et Khamphanh Pravong (Lao) part à la retraite à la fin de 2019-2020.
[2] Université royale des Beaux-Arts
[3] Massive Open Online Course