Les visages du Pamir : la montagne vécue, habitée, parlée
Ce colloque a lieu le mercredi 8 avril 2026 de 8h30-20h30 à Inalco, PLC (65, rue des Grands Moulins, Paris 13e) - Auditorium du PLC.
L'entrée est libre (dans la limite des places disponibles) et se déroule en présentiel.
L'argumentaire du colloque
Ce colloque prend pour point de départ une réflexion sur la singularité et la diversité d’un territoire d’exception : celui du Pamir, massif montagneux situé au carrefour de cinq frontières internationales (Afghanistan, Tadjikistan, Pakistan, Chine et Kirghizstan). Il s’agit d’appréhender le Pamir comme un acteur de l’histoire, un espace-monde à part entière, s’inspirant de la démarche braudélienne sur la mer Méditerranée, et de mettre l’accent sur différentes temporalités. En dépassant les découpages politiques traditionnels, cette rencontre scientifique ambitionne de mettre en lumière les spécificités géographiques, culturelles et sociales de cet espace transfrontalier ainsi que la richesse des dynamiques humaines et linguistiques qui l'animent.
Alors que le Pamir demeure largement absent du paysage académique français, il suscite un intérêt croissant parmi les chercheurs européens et ceux originaires de la région qui produisent une littérature abondante et transdisciplinaire. Le Pamir éveille par ailleurs le regard sur des paysages et des modes de vie qui ont depuis très longtemps attiré les voyageurs, explorateurs, alpinistes, écrivains, cinéastes. L'image sera également interrogée comme un vecteur indiciel de cette région et de ses spécificités qui restent peu montrées.
Le Pamir intrigue aussi par ses langues. L’histoire de l’étude des langues dites pamiriennes est riche et commence dans la seconde moitié du XIXè siècle avec les premières publications sur le shughni, wakhi, sarikoli, etc. la préservation de ces langues qui se transmettent surtout oralement constitue un sujet d'importance mais aussi de conflit
Ce colloque propose ainsi de dresser un état des lieu des recherches actuelles en sciences sociales et en linguistique sur cette région encore trop souvent réduite à son rôle historique dans le « Grand Jeu » ou à ses dynamiques géostratégiques contemporaines. En réunissant des spécialistes de différentes disciplines sur le Pamir pour la première fois en France, cette rencontre vise à recentrer le regard sur les réalités vécues par les habitants du Pamir, à travers une approche attentive aux pratiques, aux langues, aux mobilités et aux formes de résilience qui façonnent leur quotidien.
Programme du colloque
Inalco - Pôle des Langues et Civilisations
Auditorium du PLC
65, rue des Grands Moulins - Paris 13e
8h30-9h : Accueil du Public autour d’un café
- Visite de l’exposition « Imaginer la frontière » de Tobias Marschall et photographies des Pamirs de Marc Brédif
9h-9h30 : Présentation du Colloque - Mots d'introduction
- Sophie Hohmann (Inalco, CREE),
- Agnès Korn (CNRS, CERMI),
- Mélanie Sadozaï (Université de Ratisbonne, Allemagne)
9h30-13h15 : Le Pamir vu par les sciences sociales
9h30-10h45 : Les sources écrites et orales : raconter, cartographier, dessiner le Pamir
Modération : Jean-Baptiste Georges-Picot (EHESS, CRCAO)
- Francis Richard (orientaliste, documentaliste) : Livres et manuscrits dans les Pamirs, une tradition bien particulière
- Markus Hauser (cartographe indépendant) : Mapping the Pamir’s Past : Stories from the Pamir Archive
- Laurianne Bruneau (archéologue, EPHE) : État des travaux du Pamir Gilgit Complex
10h45-12h : Au-delà de l’isolement : mobilités, contacts et circulations
Modération : Sophie Hohmann (Inalco, CREE)
- Mélanie Sadozaï (politiste, Université de Ratisbonne) : Le marché transfrontalier de Tem : symbole d’effervescence et de connectivité entre Tadjikistan et Afghanistan
- Tobias Marschall (anthropologue, Geneva Graduate Institute) : Temporalités croisées : une route traverse les lignes d’erres des Pamirs afghans
- Suzy Blondin (géographe, Université de Lausanne) : Isolement redouté, isolement souhaité : comprendre les im/mobilités dans le Bartang
12h-13h15 : Capturer le Pamir : musique, cinéma, récits
Modération : Stéphane Sawas (Inalco, CERLOM)
- Leila Dodykhudoeva (linguiste) : Holy places of Badakhshan : name and cultural resonance
- Benjamin Joguet (ethnomusicologue, Université Nanterre) : Du berceau au cercueil. La vie au rythme des chants de séparation dans le Haut-Badakhchan
- Ariane Zevaco (anthropologue, CETOBaC, CREM-LESC, Institut Convergences Migrations et cinéaste) : Étudier les représentations du Pamir tadjik sur les scènes ethnographiques, cinématographiques et musicales : questions politiques et artistiques
13h15-14h30 : Pause déjeuner
14h30-18h : Le Pamir vu par la linguistique
14h30-15h45 : Panorama des langues du Pamir et leurs voisins
Modération : Agnès Korn (CNRS, CERMI)
- Henrik Liljegren (linguiste, Université de Stockholm) : Areality and language contact in the Greater Hindu Kush
- Oleg Belyaev & Artyom Badeev (linguistes) : Nouvelles du terrain : la langue bartangui et sa position dans le groupe shughni-rushan
- Aleksandr Sergienko (linguiste, Université Paris Cité) & Daria Chistiakova (linguiste, Université de Liège) : Alignment shift in Bartangi
15h45-17h : Préservation des langues et de leur patrimoine
Modération : Matteo De Chiara (Inalco, CERMI)
- Clinton Parker (linguiste, Université Nazarbayev, Kazakhstan) : Le genre en shughni
- Kirill Fessenko (linguiste, Université de Berlin) : Remarks on the reflexes of the root *kanH ‘to dig’ in East-Iranian languages
- Beate Reinhold (linguiste, Hambourg) : Not High Mountaindwellers anymore, yet still Wakhi : Wakhi speakers living abroad and their discourses on a common language and tradition for future generations
17h-18h : Pause-café autour de la présentation de livres pour enfants en langues du Pamir par Leila Dodykhudoeva et de matériaux lexicographiques en-ligne, Yury Makarov (linguiste, Université de Cambridge, Royaume Uni)
18h-18h30 : Clôture du colloque
- Xavier Bernier (géographe, Sorbonne Université) : Une réflexion autour de la montagne
19h-20h30 : Projection & Débat
Projection des documentaires Bridging the Divide, de Aliaa Remtilla (Canada, 2013, 40 mn) et Ganj, de Mehrubon Malikov (Tadjikistan, 2019, 27 mn) et suivi d’un débat animé par Ariane Zévaco, en présence à distance de la réalisatrice Aliaa Remtilla.
Bridging the Divide, d’Aliaa Remtilla.
Bridging the Divide suit le parcours d’Aliaa Remtilla, anthropologue, et de son père d’adoption tadjik, Shirinbek, lors d’un voyage au-delà de la frontière, en Afghanistan. C’est la première fois que Shirinbek se rend dans ce village afghan, pourtant visible depuis sa maison dans le Badakhshan au Tadjikistan. Au fil de sa visite, il rencontre des parents dont il connaissait l’existence, sans les avoir jamais rencontrés auparavant. En suivant le voyage de Shirinbek, Bridging the Divide explore la manière dont les êtres humains peuvent devenir des passerelles, capables de construire des liens fondés sur une humanité partagée, sans pour autant effacer les différences sociales et politiques qui continuent de les séparer.
Ganj (Trésor), de Mehrubon Malikov.
À travers un film de création qui mêle fiction et documentaire, le réalisateur Mehrubon Malikov interroge la manière dont la musique se trouve au coeur de la vie au Pamir, de la naissance à la mort. La musique comme philosophie de vie est-elle en train de disparaître ?
Organisation
- Sophie Hohmann (INALCO, CREE)
- Agnes Korn (CNRS, CERMI)
- Mélanie Sadozaï (Université de Ratisbonne, CREE)