Retour sur la conférence « Dragons en visite à l’Inalco »

18 mars 2026
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Le 12 février, l’exposition « Dragons », présentée au musée du quai Branly – Jacques Chirac, a été l’occasion, pour la Mission Musées de l’Inalco, de proposer une conférence réunissant conservateurs et chercheurs. Cet échange a permis d’explorer à la fois l’histoire, la forme et la fonction symbolique de la figure du dragon chinois, de la préhistoire à la culture populaire actuelle.
Une scène sur laquelle se trouvent 4 personnes assises micro à la main et discutent
Conférence "Dragons" à l'Inalco © Monya Ho‎
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Cet article a été rédigé par Monya, étudiante en troisième année de licence LLCER chinois.

L’historienne de l'art et maîtresse de conférences à l'Inalco Lia Wei nous a fait voyager à travers quelques millénaires de culture matérielle, en retraçant l’histoire du dragon depuis la fin du Néolithique jusqu’à la dynastie Han. Son exposé a commencé avec une mosaïque de coquillages représentant un dragon et un tigre, en passant par des masques et ornements en jade, pour s'achever sur des bronzes et des ornements steppiques décorés de créatures composites. Ces œuvres témoignent de l'adaptation du dragon ou de la créature composite à des contextes rituels et symboliques divers. Ainsi, la transmission de ces motifs n’est pas linéaire ou continue : les jades, les bronzes et autres objets de prestige ont été réutilisés et réinterprétés au fil des siècles, à travers un vaste territoire dont les frontières jouent un rôle central dans la construction des identités visuelles. 

Le spécialiste de littérature pré-moderne et professeur à l'Inalco Vincent Durand-Dastès a exploré le rôle des dragons dans les légendes et la culture populaire. Il a notamment évoqué les récits sur la confrontation de l’empereur Taizong avec le roi dragon de la rivière Jingle. Il a nuancé le propos de l'exposition en montrant comment les dragons peuvent être protecteurs, mais aussi malveillants, et étroitement liés aux cultes populaires. Dans la Chine contemporaine, la figure du dragon demeure vivante dans le cinéma d’animation et la culture visuelle, et le débat a notamment porté sur la pertinence de l'emploi du terme « long » pour distinguer le dragon chinois de sa version occidentale.
 

Retour sur le parcours de l'exposition
 

Julien Rousseau, conservateur en chef du patrimoine et responsable des collections Asie au musée du quai Branly – Jacques Chirac, et Adrien Bossard, directeur du Musée départemental des arts asiatiques de Nice, ont présenté plusieurs pièces majeures de l’exposition.

Le parcours débutait avec un dragon-cochon conservé au Musée national du Palais de Taipei. Créature hybride, il s'agit d'un serpent avec un museau de porc, considérée comme l’ancêtre mythique du dragon chinois. Placée à l’ouverture de l’exposition, cette pièce introduisait les formes archaïques et symboliques du dragon. 

Le parcours continuait avec deux calligraphies exceptionnelles, également prêtées par le Musée national du Palais, qui expriment différentes manières de représenter le dragon et ses griffes. Les caractères incurvés, dont les traits évoquent la forme sinueuse de la créature, sont ornés à leurs extrémités de crochets.

Enfin, une robe de fonctionnaire impérial complétait cette présentation. Elle est brodée de dragons à cinq griffes sur fond de paysage montagneux. Signe de bon augure, elle symbolise le pouvoir impérial. Cette pièce exceptionnelle montre le raffinement technique mis au service de la puissance symbolique du dragon dans l’art chinois. La robe est un objet à la fois décoratif et porteur de sens rituel et politique.

Cette conférence a ainsi mis en lumière la richesse et la complexité des représentations du dragon, révélant une figure en constante transformation, au croisement de l’art, du pouvoir et des imaginaires, de l’Antiquité à la Chine contemporaine.

Sceau pris en photo lors d'une exposition dans un musée Vase en forme de sphère céleste à décor de dragon et de lotus
Sceau “Trésor de sa Majesté à soixante-dix(ans)”, Chine, musée national du palais, Taipei © Photo de Monya Ho, exposition "Dragons" au Musée du quai Branly - Jacques Chirac / Vase en forme de sphère céleste à décor de dragon et de lotus, Chine, Jingdezhen, porcelaine bleu et blanc, musée national du palais, Taipei © Photo prise par Monya Ho à l’exposition "Dragons" au Musée du quai Branly - Jacques Chirac ‎