Étudier l’Ukraine en France aujourd’hui : une expertise nécessaire et en voie de structuration
Organisée dans le cadre du partenariat de coopération Erasmus+ EUkraine Forum, la conférence avait pour objectif de présenter les résultats du projet et de les mettre en perspective avec l’état actuel des études ukrainiennes en France. Les échanges ont montré que ce champ d’études connaît aujourd’hui une dynamique sans précédent, portée à la fois par l’intérêt croissant pour l’Ukraine et par le besoin d’une expertise mieux ancrée dans les réalités contemporaines du pays. Ils ont également mis en évidence le rôle que peuvent jouer les partenariats de coopération Erasmus+ dans le développement des études ukrainiennes, en favorisant la co-création et la diffusion de ressources de sensibilisation et de formation, et l’intégration de partenaires ukrainiens.
Mieux comprendre l’Ukraine contemporaine
Dans son intervention inaugurale, Hugues Mingarelli, ancien ambassadeur de l’Union européenne en Ukraine, a souligné l’importance de développer en France une meilleure connaissance de l’Ukraine contemporaine. Au-delà des enjeux liés à la guerre, il a insisté sur la nécessité de promouvoir une image plus réaliste du pays et de mieux en comprendre l’évolution politique, économique et sociale. Une telle connaissance apparaît également essentielle pour appréhender les enjeux stratégiques liés à la future adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.
Cette réflexion a trouvé un écho dans les présentations consacrées à l’enseignement de la langue, de la littérature et de l’histoire ukrainiennes à l’Inalco, à Sorbonne Université et à l’Université Lumière Lyon 2. Les intervenants ont montré comment les études ukrainiennes se développent progressivement dans le paysage universitaire français, tout en soulignant les défis liés à la formation de nouveaux spécialistes, notamment les ressources limitées et l’éparpillement des spécialistes.
Structurer les réseaux d’expertise
Les discussions ont également porté sur la place de l’Ukraine dans les études aréales et les sciences sociales. Anna Colin Lebedev a présenté l’Observatoire de l’Ukraine contemporaine, dont l’objectif est de structurer un réseau francophone d’experts académiques sur l’Ukraine et de contribuer à informer de manière scientifique le débat et les acteurs publics. Son intervention a rappelé l’importance du dialogue entre recherche académique et société dans un contexte où les questions ukrainiennes occupent une place croissante dans l’actualité européenne.
La coopération académique a également occupé une place importante dans les échanges, notamment à travers la présentation du partenariat entre l’Université de Tchernivtsi et l’Université de Lorraine, exemple de collaboration entre établissements français et ukrainiens.
Enseigner l’ukrainien en France
Le troisième panel a mis en lumière le rôle des institutions dans la diffusion de la langue et de la culture ukrainiennes. Mykola Shabinski et Liliia Dorundiak ont présenté les actions menées pour soutenir l’enseignement de l’ukrainien auprès des élèves réfugiés ukrainiens en France, mais aussi les initiatives visant à développer l’apprentissage de cette langue auprès des élèves français. Ces projets témoignent de l’émergence progressive d’une offre éducative plus structurée autour de l’ukrainien dans le système scolaire français, et les synergies possibles entre les différents secteurs éducatifs.
Produire de nouvelles connaissances sur l’Ukraine
Les interventions consacrées à la recherche ont mis en évidence la place croissante des sources ukrainiennes dans les travaux académiques. Julien Dubois a souligné la nécessité, pour les études stratégiques françaises, de s’appuyer davantage sur la littérature scientifique et les sources primaires ukrainiennes afin de mieux comprendre les spécificités du processus décisionnel ukrainien en matière de politique étrangère et de sécurité. Clarisse Brossard a quant à elle montré, à travers ses recherches historiques, le caractère encore largement inédit de nombreux corpus ukrainiens et l’importance de leur étude pour renouveler les connaissances sur l’histoire de l’Ukraine.
Ces interventions ont illustré un constat partagé tout au long de la journée : le développement des études ukrainiennes passe non seulement par l’enseignement de la langue et de la culture, mais aussi par un accès renforcé aux sources ukrainiennes et par la formation de spécialistes capables de les mobiliser.
Une réflexion européenne sur l’avenir des études ukrainiennes
En réunissant des spécialistes de la langue, de la littérature, de l’histoire, des sciences sociales et des relations internationales, cette conférence a offert un panorama riche des études ukrainiennes en France. Elle a également mis en lumière le dynamisme des initiatives portées par les universités, les institutions académiques et les réseaux de coopération, tout en soulignant les défis structurels qui demeurent pour consolider durablement ce champ d’études.
Organisée dans le cadre du projet Erasmus+ EUkraine Forum, cette rencontre a constitué une étape importante dans la réflexion menée depuis 2024 par les partenaires du projet sur l’avenir des études ukrainiennes en Europe. Les conclusions de ces travaux ont donné lieu à la publication d’un ensemble de recommandations à l’intention des universités et des décideurs européens, visant à soutenir le développement de l’enseignement, de la recherche et des coopérations académiques consacrés à l’Ukraine.
Les recommandations ainsi que l’ensemble des ressources produites dans le cadre du projet sont disponibles via cette page : Renforcer les études ukrainiennes en Europe : le consortium EUkraine Forum publie ses recommandations finales