Compte rendu | Institutions, civilisation et liberté : le projet anticolonial de Taha Hussein | 20 octobre 2026
Hussam R. Ahmed, professeur assistant à l'université Carleton (Canada), historien spécialisé dans l'histoire sociale et culturelle du Moyen-Orient moderne.
Cette conférence se penche sur Taha Hussein (1889-1973) — intellectuel et fonctionnaire égyptien, figure emblématique de la littérature arabe moderne et porte-parole de premier plan de la Nahda, la renaissance culturelle arabe — en tant que bâtisseur d'institutions dont la réponse au colonialisme fut culturelle et éducative, plutôt que purement politique.
Enseignements majeurs
1) Une approche différente de celle qui caractérise la réflexion anticoloniale
1) Une approche différente de celle qui caractérise la réflexion anticoloniale
La réponse de Taha Hussein à ce qu’il considérait comme un défi civilisationnel ne reposait ni sur le rejet ni sur l’imitation, ni sur la modernité ni sur le patrimoine, ni sur l’authenticité égyptienne ni sur l’Occident, mais sur la conviction que le savoir, l’éducation et l’esprit d’initiative pouvaient transformer la société. Il estimait que le rejet à lui seul ne suffirait pas nécessairement à convaincre ceux en possession du pouvoir. La réponse la plus efficace, selon lui, consistait à rendre leurs arguments de moins en moins plausibles en mettant en place un véritable cadre institutionnel en Égypte, en développant une expertise de pointe et en jouant les mêmes règles du jeu que l’Europe prétendait défendre.
2) L'éducation, la démocratie et le renforcement des institutions étaient interdépendants
2) L'éducation, la démocratie et le renforcement des institutions étaient interdépendants
Sa vision est restée inchangée tout au long de sa vie : l'indépendance et la liberté passaient par des institutions capables de produire des connaissances, de former les citoyens et de renouveler la vie intellectuelle. Tels étaient les fondements d'une société plus forte et plus moderne.
3) La quête d'indépendance et une certaine conception de l'ordre international
3) La quête d'indépendance et une certaine conception de l'ordre international
Il a consacré sa vie à mettre en place un système éducatif solide et des institutions robustes afin de parvenir à l'indépendance politique et à une culture ancrée dans la tradition arabe et islamique. Pour lui, l'éducation, le savoir et certains éléments du modèle européen étaient indispensables pour contribuer à part entière à la « civilisation moderne ». De plus, il a élaboré un discours qui mettait l'accent sur les liens de longue date de l'Égypte avec le monde méditerranéen et sur sa participation aux grands courants de la « civilisation » humaine.
Points d'attention
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Bien qu’on se souvienne souvent de lui comme d’un critique littéraire et d’un universitaire, il convient de rappeler toute l’énergie qu’il a consacrée au renforcement du système éducatif en Égypte.
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Sa carrière nous rappelle que les idées prennent également tout leur sens à travers les institutions, les politiques et les pratiques que les intellectuels contribuent à créer.
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La consolidation ultérieure de l’État autoritaire, qui a absorbé bon nombre des institutions qu’il avait contribué à bâtir, suggère que les institutions peuvent toujours être détournées à d’autres fins.
Ouvrage
AHMED, Hussam R. The Last Nahdawi : Taha Hussein and Institution Building in Egypt. Stanford University Press. 2021. 312 pages.
Les propos et analyses qui sont exprimés dans ce compte-rendu ont pour ambition de refléter l'interprétation des échanges du séminaire. Ils sont partagés par l’équipe du Programme DÉCRIPT à titre purement informatif et pédagogique, n’engagent en aucun cas la responsabilité de l’intervenant·e, ni celle de son institution d'affiliation.
Cette série d'événements a bénéficié d'une aide de l'État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-24-RSHS-0002