Disparition de Roberte Hamayon, fondatrice des études mongoles modernes en France

24 mars 2025

Institut

C’est avec tristesse que nous avons appris la disparition de Roberte Hamayon, fondatrice des études mongoles modernes en France, et première enseignante de langue et civilisation mongoles à l’Inalco. Le décès de cette chercheuse infatigable et exceptionnelle touche profondément notre Institut, qui fut aussi le sien.
Bougies allumées
Bougies allumées © Lakan Erenter / Pexels‎
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L’établissement en 1965 des relations diplomatiques entre la France et la Mongolie porta comme un de ses premiers fruits la signature en avril 1967 d’un Accord de coopération culturelle entre les deux pays. Une disposition essentielle de celui-ci était la création urgente d’un enseignement de mongol à l’Enlov (Ecole nationale des langues orientales vivantes). C’est sur Roberte Hamayon (associée à Françoise Aubin, alors chargée des enseignement de civilisation et d’histoire) que se porta le choix d’un premier enseignant.

Cette désignation relevait de l’évidence : Roberte Hamayon, déjà anthropologue au CNRS et à l’EPHE, avait effectué en Mongolie, au printemps 1967, une mission au cours de laquelle, outre son propre travail de terrain, elle avait pu établir de riches contacts avec ses collègues mongols (ce qu’elle renouvela et étendit en 1968 lors d’une fructueuse mission chez les Bouriates de Sibérie). Le lancement de leurs enseignements, à la rentrée 1967-1968, connut un vif succès.

Elle associa dès lors, de la fin 1967 à 1973, un considérable travail pionnier d’enseignement du mongol à l’Inalco à la poursuite de ses recherches anthropologiques, centrées pour une large part sur l’étude du chamanisme mongol et sibérien (dont un produit majeur fut sa monumentale Chasse à l’Âme, 1990), mais également associée et élargie à une diversité d’intérêts et à une profondeur de réflexions méthodologiques et théoriques remarquables. C’est dans cette double perspective qu’elle fut à l’initiative, dès 1969-1970, de la création du Centre d’Études Mongoles et Sibériennes et du lancement de la revue Études Mongoles et Sibériennes et qu’elle contribua pour une part essentielle à la formation d’une génération remarquable de jeunes chercheurs qui reconnaissent leur dette à son égard. Lauréate d’une médaille d’argent du CNRS (2006) et auteur de Jouer. Étude anthropologique à partir d'exemples sibériens (2012), Roberte Hamayon a apporté des contributions majeures à l’anthropologie, bien au-delà des domaines mongol et sibérien.

Les plus jeunes aussi auront été témoins de sa générosité sans borne, à travers les conférences qu’elle a données à l’Inalco encore ces dernières années.

Par ce message, nous souhaitions aujourd'hui lui rendre hommage. Nous nous associons à la douleur de ses proches et de celles et ceux qui la connaissaient.