Conférence inaugurale du cycle Bouddhisme et Poésie 2026-2028

Ouverture du nouveau cycle triennal, portant sur la question Bouddhisme et Poésie
Dessin d'un personnage japonais
Fujiwara no Tadamichi © Edward Kamens‎

Dans le cadre de la rentrée du CEIB 2026 et de l’inauguration d’un second cycle de conférences en partenariat avec la fondation Glorisun, le Centre d’Études Interdisciplinaires sur le Bouddhisme accueillera le 9 octobre prochain Jean-Noël Robert (Professeur émérite, Collège de France) ainsi que Edward Kamens (Sumitomo Professor Emeritus, Yale University).

En ouverture de ce nouveau cycle triennal, portant sur la question Bouddhisme et Poésie, le professeur Jean-Noël Robert dispensera une conférence intitulée : « Poésie, Politique, Herméneutique dans les poèmes bouddhiques japonais : la Centurie de Naniwa de Jien (1219) », suivie d’une conférence du professeur Edward Kamens : « The Buddhist Poetry of Fujiwara no Tadamichi ». La discussion sera assurée par le professeur Matthias Hayek.

Résumé

Poésie, Politique, Herméneutique dans les poèmes bouddhiques japonais : la Centurie de Naniwa de Jien (1219)

Malgré l’antique mise en garde du Bouddha lui-même contre la mise en vers (chandas) de son enseignement, mise en garde infiniment répétée dans l’univers sino-japonais qui voulut tenir les religieux à l’écart des « propos déraisonnables » 狂言綺語 de la poésie, les poètes japonais ont élaboré et cultivé sur près d’un millénaire un sous-genre particulier de la poésie classique, waka, que l’on peut traduire simplement par « poèmes sur le bouddhisme » 釋教歌, ou bien, grâce à l’ambiguïté du premier caractère, par « poèmes herméneutiques ». Le personnage essentiel dans la constitution de ce genre fut Jien 慈圓 (1155-1225), poète abondant en même temps que patriarche de la puissante école Tendai. De famille illustre, proche de l’empereur Go-Toba, il fut au centre des tourmentes politiques qui emportèrent le Japon à la fin du XIIe siècle. Son implication dans les événements de son époque l’amena à consigner dans ses Modestes vues 愚管抄, rédigées en langue japonaises, sa conception de l’histoire japonaise comme dialectique entre voie du souverain et voie du Dharma. L’un de ses recueils poétiques tardifs, la Centurie de Naniwa難波百首, est une offrande de cent poèmes au temple Shitennôji 四天王寺dans la baie d’Ôsaka, fondé au VIIe siècle par le prince Shôtoku聖徳, lui-même considéré comme modèle du souverain unissant les deux voies. Les poèmes du recueil, empreints de piété amidiste, sont censés être placés en alternance sous chacune des deux vérités, la vérité vulgaire ou phénoménale 俗諦 et la vérité absolue 真諦, l’un des dogmes centraux de l’école Tendai. Ils font en même temps écho aux idées sur l’histoire exposées dans les Modestes vues. Cette centurie doit donc être lue en une triple dimension : une pieuse offrande au temple amidiste, une description de la façon dont la Loi bouddhique s’insère dans la politique mondaine, et une synthèse dialectique des deux vérités au nom d’une compréhension supérieure qui est la troisième vérité, ou voie moyenne 中道. En nous fondant sur une excellente édition commentée de ce texte publiée il y a quelques années au Japon, nous tenterons de mettre au jour cette triple relation comme exemple de la richesse réflexive de la poésie bouddhique japonaise classique.

Invités

Jean-Noël Robert est professeur émérite du Collège de France, où il a été titulaire de la chaire Philologie de la civilisation japonaise de 2011 à 2022, et à la section des Sciences religieuses de l’École pratique des hautes études. Il a notamment étudié l’histoire des doctrines de l’école bouddhique Tendai. À travers ses recherches sur le développement de la poésie bouddhique japonaise, il a élargi son domaine à l’ensemble des relations langagières entre le chinois classique et le japonais telles qu’elles furent médiatisées par la pensée bouddhique. Ses recherches l’ont amené, à partir du modèle sino-japonais, à élaborer la notion de « hiéroglossie », qui vise à décrire l’évolution d’aires culturelles et linguistiques où le rôle joué par le facteur religieux à travers la traduction est prépondérant.

Edward Kamens is Sumitomo Professor Emeritus of Japanese Studies, Yale University. His major publications include The Three Treasures: A Revised and Illustrated Study and Translation of Minamoto no Tamenori’s Sanbōe (2023); Waka and Things, Waka as Things (2017); Utamakura, Allusion and Intertextuality in Traditional Japanese Poetry (2007); and The Buddhist Poetry of the Great Kamo Priestess: Daisai’in Senshi and Hosshin wakashū (1991) as well as articles and essays on The Tale of Genji, Buddhist poetry, calligraphy albums (tekagami) and intermediality in Japanese culture.

Organisateurs : Daniela Campo Voir l'e-mail ; Antoine Cid Voir l'e-mail