Portraits

Retrouvez régulièrement le portrait d'un ou d'une de nos collègues ou d'une personnalité de l'Inalco.

Laura Lacour : faire de ses passions un métier

Laura Lacour portrait 2
Laura Lacour, responsable de l'action culturelle​           
            
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Quel a été votre parcours initial ?
             
Mon parcours a été jalonné entre deux tendances, l’émotion et l’artistique et une partie plus rationnelle. Mes études ont oscillé entre les arts  (baccalauréat lettres arts) et le droit jusqu’à une spécialisation en droit international public, ce qui m’a ouvert aux institutions internationales, aux ONG, leur gouvernance, etc. pour revenir « derrière la scène » avec un master en gestion de projet culturel, spécialité industries culturelles, cinéma et audiovisuel.
          
À la fin de ce cursus, j’ai compris comment lier mes diverses aspirations : rapprochement entre la culture et le droit international, la diplomatie, le soft-power en entrant dans le réseau culturel extérieur de la France. J’ai eu envie de partir en stage de fin d’études à l’étranger, dans une Alliance française. Mon mémoire portant sur la diffusion du cinéma indien en France, j’ai postulé en Inde, pour six mois à Delhi en 2011.    
              
C’est donc la fin de votre formation initiale mais aussi le début de votre insertion professionnelle ?
                  
J’ai eu une opportunité pour un second stage de six mois, dans les médias cette fois, en tant que chargée de production dans un grand groupe de presse, pour le web. Je produisais des vidéos de musique live, des interviews d’acteurs, de réalisateur, etc. J’ai pu aller à Cannes pour le Festival, une vraie opportunité professionnelle.
           
Mais je voulais absolument repartir à l’étranger, avec un contrat de volontariat international (VI) d’attachée culturelle. Ticket gagnant, je suis partie à Sri Lanka pendant deux ans (entre 2013 et 2015). Mon premier vrai poste.
                     
C’est là que j’ai entendu parler de l’Inalco pour la première fois et que j’ai pris conscience des liens avec mes activités.

            
Un attrait pour les langues et les cultures autres ? 
           
Au départ, pas forcément pour les langues mais pour les autres cultures, oui !!  C’est ce qui caractérise les missions du réseau culturel extérieur de la France. Mettre en scène la culture française, certes, mais pas seulement. Mon travail consistait à créer des synergies entre des artistes qui n’avaient pas vocation à se rencontrer. Faire venir des musiciens, danseurs, street artists français à Sri Lanka et générer des collaborations avec leurs homologues sri-lankais.
                 
Ce que je fais désormais à l’Inalco dans l’autre sens : faire découvrir les cultures du monde à un public français. Et, du coup, apprendre une langue (le hindi) à l’Inalco en cours du soir. 
            
Votre arrivée à l’Inalco, comment se fait-elle ?
           
Tout simplement par l’offre d’emploi sur le poste. C’était une évidence pour moi et je suis ravie être là ! Mon souhait est que l’Inalco devienne un lieu prescripteur en matière d’expression culturelle.
          
Vous avez donc fait de vos passions un métier ?
        
Oui, à l’Inalco, avec la programmation annuelle et, ce mois-ci, le festival des civilisations qui ouvre sa deuxième édition. Initier le projet, impulser les contributions des collègues enseignants, des étudiants via les associations ou la venue d’artistes en lien avec nos zones d’intérêt, c’est déjà quelques mois passés à recevoir et comprendre les projets. C’est en juin et juillet de l’année précédente que cela se fait. Tenter des partenariats dès la rentrée de septembre et mettre au point le programme définitif en visant la qualité avant tout ! Puis gérer le déroulement du projet sous tous ses aspects opérationnels, juridiques, financiers, de communication bien sûr et enfin, logistiques et techniques les jours précédents les spectacles. 
       
Ma formation initiale et mes premières expériences se trouvent être un véritable appui dans la conception et la réalisation de mon activité de médiation culturelle. D’où mon plaisir à travailler à l’Inalco !
           
             
            
 

Maud Cittone, coordinatrice de langue en formation continue

Maud Cittone, coordinatrice de langue en formation continue


Quelle est votre formation initiale ?

Après le bac, j’entreprends des études de sociologie. Mon thème de prédilection est la sociologie de la déviance, mon mémoire de master porte sur les sortants de prison. Je me suis surtout intéressée à la réinsertion de ces personnes après un « temps » différent ou compliqué, également à travers les jardins d’insertion.

Une expérience à l’étranger ?

Ensuite, je suis partie en Irlande à Dublin avec le programme Erasmus à la découverte d’une autre culture. Être loin de ses habitudes, de sa famille remet en question nos idées, nos préjugés, nos convictions et ouvre de nouvelles perspectives.

Pourquoi l’Irlande ?

J’ai des origines irlandaises par la famille de ma mère qui remonte à la grande famine du milieu du 19e siècle. Mes ancêtres se sont ensuite installés en Bretagne. Je voulais partir dans un pays de langue anglaise et le choix s’est porté sur Dublin. J’ai découvert un pays magnifique, la liberté.

Quels ont été vos premiers pas professionnels avant l’Inalco ?

Grande amatrice de musique surtout sur scène, en live, j’ai monté ma propre structure de booking et promotion de la musique en 2009. J’ai donc, jusqu’en 2014, géré un catalogue d’artistes musiciens avec lesquels je travaillais et j’ai organisé des concerts, des tournées. Cet intérêt pour la musique, la promotion d’artistes et la commercialisation ont constitué une première expérience très formatrice. J’ai ainsi développé des compétences en management d’équipe ­‑ j’ai pu embaucher jusqu’à quatre personnes ‑ et des compétences en communication. Cette structure existe encore mais est moins active. Parallèlement, en 2013, avec une amie, j’ai monté une autre structure spécialisée en formation sur les réseaux sociaux. J’avais donc une double casquette et mon expérience en communication et en formation s’est enrichie. Aujourd’hui, je poursuis cette activité de façon ponctuelle.

Ensuite, vous arrivez à l’Inalco…

Je connaissais l’Inalco de réputation et mon choix d’y venir travailler ne s’est pas fait par hasard. Dans un contexte de mondialisation, l’Inalco m’a particulièrement attirée car il représente un réel lieu d’ouverture sur le monde et d’échanges entre les cultures.

Vous êtes arrivée en 2014 au service de la formation continue, quel est votre rôle ?

Je suis coordinatrice pour le persan, le russe et l’hébreu. Depuis mon arrivée, nous avons pu ouvrir de nouvelles langues, notamment le swahili, l’ukrainien et le finnois dont je m’occupe également.

Je travaille avec la responsable du service, Anne Duponchelle. Mes missions principales sont l’organisation des formations, la communication, et également un rôle de prospection. Mon objectif est d’ouvrir vers de nouveaux publics qui n’ont pas forcément accès à ces informations. Notre dernière campagne a fait l’objet d’une parution publicitaire dans le journal 20 minutes.

La formation continue de l’Inalco est un organisme de formation professionnelle qui offre au public de nombreux dispositifs de formation en langues et en civilisations : des formations individuelles, des stages intensifs, des cours du soir, des formations sur mesure. On répond à la demande du moment, de l’actualité. Il y a des ouvertures de formation vers de nouvelles langues ou vers de nouvelles thématiques. C’est donc très varié. L’offre pour les civilisations est proposée sous forme de conférences culturelles, de séminaires. On répond à la demande du public mais aussi des enseignants. Le séminaire Vivre et travailler est destiné aux personnes désireuses d’apprendre les codes culturels de base avant de s’installer ou de voyager dans un pays. Chaque pays peut recouvrir des problématiques différentes. Les enseignants de l’Inalco nous apportent leur expertise, leur connaissance du terrain mais aussi des carnets d’adresses. Françoise Robin, spécialiste du Tibet, a développé une offre en Médiation interculturelle sur le thème Les Réfugiés en France au sein de la formation continue qui est très réactive. Ces formations ont été conçues pour les institutions ou associations recevant des réfugiés.

On renseigne les salariés aussi bien sur les possibilités de financement spécifiques et les diplômes existants en reprise d’études financés par les employeurs ou Pôle emploi que sur des dispositifs comme la VAE (Validation d’acquis d’expérience) et l’alternance. Nous avons également un rôle d’accompagnement et conseil aux entreprises du secteur privé ou d’organismes publics. La FC organise aussi le CPLCO (Certificat Pratique de Langue et Culture Orientales) en arabe, chinois et japonais et des tests de langues en chinois (HSK) et en japonais (JPLT).

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

J’aime la relation avec le public, que ce soit au téléphone ou en en présentiel. Pour les enseignants, c’est très intéressant d’avoir à faire à leur analyse du terrain et leurs grandes connaissances théoriques. J’essaie de rencontrer les enseignants dès que possible, de la formation initiale comme de la formation continue.

Un attrait particulier pour une ou des langues de l’Inalco ?

Le choix est si vaste et… tout m’intéresse… je suis aussi une grande amatrice de cinéma et c’est beaucoup plus par ce média que je vais à la rencontre des cultures. Je fréquente assidûment la médiathèque de l’Inalco qui a un fonds très intéressant. J’y emprunte des films de tout type : afghan, iranien, chinois, japonais… mon attrait pour la cuisine, qui est une autre manière de découvrir une culture, inspire parfois mes choix pour certains films comme Salé Sucré d’Ang Lee ou encore Les délices de Tokyo de Naomi Kawase.

De par mon histoire familiale, j’ai plus d’affinités avec le Proche-Orient et l'Asie, ces parties du monde : mon grand-père est né en Turquie et mon père cuisine beaucoup de plats orientaux : feuilles de vignes, houmous, caviar d’aubergine… Mes parents se sont rencontrés au Népal et mon père est bouddhiste tibétain, j’ai moi-même visité l’Indonésie. Cette année, mon compagnon apprend le japonais en formation continue.

Avez-vous un loisir spécifique, par exemple, jouez-vous d’un instrument de musique ?

Non, mais je suis passionnée de musique, et récemment j’ai redécouvert les vinyles. Par exemple, cet été au Portugal, j’ai trouvé un vinyle – absolument pas de fado ‑ mais de Jimmy Cliff, extraordinaire !

Des liens avec des collègues ?

À la FC, nous sommes sept et nous nous entendons très bien. J’ai également noué des liens avec l’équipe des TICE du 7e étage puisque je suis souvent à la médiathèque ! Depuis, nous déjeunons régulièrement ensemble. Nous sommes de différentes générations, c’est bien, et surtout on ne parle pas de boulot ! On se fréquente d’une autre manière et c’est très agréable.

Alain Hayot, ingénieur réseau

Portrait Alain Hayot
Portrait Alain Hayot. Inalco.
                       
Vous avez toujours travaillé dans le domaine informatique ?
J’ai une formation d’électronicien à la base. J’ai ensuite suivi une formation d’analyste-programmeur puis travaillé dans divers domaines. De 1989 à 1997, j’ai travaillé à l’Observatoire de Paris. En 1997 je passe un concours pour entrer à l’Université de la Réunion en tant qu’assistant ingénieur pour assister l’ingénieur de recherche responsable du réseau et des systèmes. En 1999, je repasse un concours d’Ingénieur d’études pour intégrer le Crous d’Orléans-Tours en tant que responsable du service informatique. En juin 2006 j’ai demandé ma mutation à l’INALCO pour un poste d’ingénieur réseau et systèmes. C’était l’époque où Christiane Berry était responsable du service informatique. J’ai été chargé de toute la maintenance du réseau ainsi que de certains marchés (mail, site web…) avant que Samia Taghelit ne vienne consolider le service informatique. A l’époque l’INALCO avait 7 sites et j’étais chargé de leurs maintenances et de leurs évolutions. J’ai aussi travaillé à l’étude de la construction du nouveau bâtiment (site des Grands Moulins), en collaboration avec la Région Île-de-France, la BULAC, le vice-président de l’Inalco ainsi qu’avec Samia taghelit qui est aujourd’hui responsable du service MMSI. De 2009 à 2011, j’ai travaillé avec Samia Taghelit sur les réseaux de l’INALCO et ensuite j’ai dû assumer seul cette responsabilité car Samia Taghelit à repris suite à la mise en retraite de Christiane Berry, le poste de responsable de tout le service informatique de l’INALCO. Depuis cette date, j’étais seul responsable de l’infrastructure réseau de l’établissement. 
                  
Qu’est-ce que c’est qu’un réseau informatique ?
Dès qu’on veut accéder à partir de son ordinateur à une application, un fichier, une information qui se trouve en dehors de son poste, on passe par le réseau, par des câbles, des commutateurs, des routeurs, d’autres types de matériel et ou logiciels. C’est une sorte de route qu’on doit emprunter pour aller d’un point A vers un point B en informatique. Quand une des composante ne marche pas, les utilisateurs sont bloqués car aujourd’hui la majorité des applications se situent sur des serveurs (des ordinateurs) distants : Apogée (Application pour l'organisation et la gestion des enseignements et des étudiants), Harpège (outil de gestion des ressources humaines de l'enseignement supérieur), Sifac (Système d'Information Financier Analytique et Comptable)... Si le réseau ne fonctionne pas, l’établissement ne fonctionne pas. Et personne ne peut accéder aux ressources informatiques qui se trouvent en dehors de son poste de travail.
                  
D’où l’importance de votre travail. Quelles sont vos missions ?
Je m’occupe des travaux de bâtiment et des locaux techniques liés à l’informatique, du câblage, de la téléphonie, du wi-fi, de la sécurité du réseau, de sa maintenance, des liaisons internet et intranet. Je suis le référent réseau pour Renater (Réseau National de télécommunications pour la Technologie l'Enseignement et la Recherche) et d’autres établissements (public ou non). Dès qu’un établissement veut accéder à des ressources de l’Inalco, ça passe par le réseau.
             
Les difficultés du travail ?
Je me trouve face à plus d’une centaine de composants réseaux (routeurs, commutateurs), avec plus de 150 postes téléphoniques, 75 bornes wi-fi, plus une dizaine d’applications de monitoring, ménagement et de supervision du réseau informatique. Jusqu’à présent j’étais seul à pouvoir intervenir lors d’une panne ou d’une intervention sur le réseau. Jérôme Becot (ingénieur d’étude), vient d’être affecter au service réseau et système pour m’aider (normalement à 50% de son temps) moi et mon collègue Valerian Millet pour à continuer à maintenir et à faire évoluer le parc réseau et système de l’INALCO. En dehors de la maintenance proprement dite et de l’évolution du réseau, je suis chargé de la mise à jour des équipements de réseau. Car sans mise à jour il y a le risque que les applications ne marchent pas ou bien qu’il y ait des failles de sécurité et donc des risques de piratages. Le plus dur : La charge de travail importante, le temps consacré à la lecture et à la réponse des emails, les demandes d’interventions journalières, entre le Service Système et les utilisateurs, trouver le temps de maintenir ses connaissances à jour, l’arrivée de nouveaux produits qui remplacent les anciens et demandent attention et souvent une réorganisation du mode de fonctionnement courant. Etude d’une nouvelle architecture réseaux et systèmes qui nécessitent des changements importants au niveau des collègues et du métier. Ce métier implique une constante remise en question sur le matériel, les logiciels, le mode de fonctionnement des collègues et/ou utilisateurs.
En ce moment, nous travaillons (Samia et moi) sur la mise à jour du site de la Rue de Lille : refaire les câblages, revoir les installations. Tout ça demande énormément de travail..
              
Les défis ?
C’est un métier où il faut sans cesse se tenir au courant, faire fréquemment des mises à jour, repenser la façon dont le réseau a été conçu pour optimiser les accès et éviter la latence. Se remettre tout le temps en question. A la vitesse à laquelle l’informatique évolue, on ne peut pas rester sans rien faire sinon on risque de se retrouvé en décalage par rapport à la technologie et parque le risque est trop grand pour la sécurité de l’INALCO.
Pour le moment, je pense que l’INALCO est plutôt en avance par rapport à d’autres établissements (sur les réseaux et systèmes). On a des containers, des routeurs virtuels, une façon de gérer les accès réseau et les systèmes qui permettent d’optimiser le fonctionnement de nos ressources informatiques. La majorité de nos serveurs sont virtualisées et nous avons des serveurs de production qui permettent de s’assurer qu’aucun nouveau service ne posera de problème lors de son installation définitif. De plus, on a commencé à mettre en place un système de supervision qui informe dès qu’il y a un problème concernant le réseau ou le système. 
          
Vous êtes à l’Inalco depuis 11 ans, vous vous occupez de câblages, connexions, accès, vous n’arrêtez pas de créer des liens au sein de l’établissement. Y en aurait-il un qui nous soit inconnu ?
Depuis la rentrée 2016, je suis des cours de coréen en formation continue, avec Monsieur Heo.
       
Et pourquoi le coréen ?
Les Coréens sont des personnes acharnées au travail. Ils sont persévérants et leur évolution technologique a été aussi fulgurante que celle du Japon. En très peu de temps, ils ont su se mettre à la pointe de l’informatique et c’est un trait de caractère qui me plait. J’aimerais visiter le pays et mieux connaître leur culture.
   
      
      
 
 

Jacqueline Bertrand, en charge du CIR, statistiques et fiabilisation des données

 
Jacqueline Bertrand

 
  
Quelle a été votre formation initiale ? Votre parcours avant l'Inalco ?
 
J’ai suivi un cursus secondaire classique puis un BTS infographie à l’ENSAIT Roubaix. Je suis entrée ensuite tout de suite dans la vie active :
- 1982-1988 : Auxiliaire de bureau dans différents établissements tels que le Palais de la Découverte, le CIO près le Tribunal pour enfants, la Bibliothèque Lariboisière-Saint-Louis, le LEP Curial suivi d’une période de disponibilité de quatre ans.
- Lorsque je reprends le travail en 1992, je me tourne vers l’enseignement supérieur comme agent administratif au Cnous puis à l'Université Pierre et Marie Curie et à l'Université Paris 10. 
J’en profite pour me former à la Fiabilisation des données en 2009.
 
Une fois spécialiste du traitement des données, quels sont vos choix professionnels ?
 
Je mets en pratique tout de suite ma formation en entrant à l’université Paris 6 au service DRH - SIRH - Fiabilisation des données sur Harpège puis à Paris 10 (Nanterre) toujours pour la fiabilisation des données mais cette fois dans le cadre de l'autonomie des universités. J’ai d’ailleurs eu l’opportunité de collaborer aux choix des procédures de recueil de données pour l'ENT naissant de Paris 10.
 
Vous prononcez beaucoup de sigles (rires). Que veulent-ils dire ?
- La DRH est la direction des ressources humaines.
- Les SIRH, ce sont les systèmes d'information de ressources humaines. Ils facilitent la gestion des ressources humaines en centralisant les données.
- Harpège est une application, un outil de gestion des ressources humaines de l'enseignement supérieur.
- Un ENT est un espace numérique de travail.
 
 
Ensuite, vous arrivez à l’Inalco.
 
Oui, j’arrive par mutation à l'Inalco pour mettre en place la fiabilisation des données de gestion administrative des personnels titulaires dans le cadre de la gestion des comptes individuels retraite. Ces données alimentent le relevé de situation individuelle que chaque agent reçoit à son domicile selon son année de naissance.
 
Quel est votre rôle au sein du service ?
 
Toujours avec Harpège, je travaille à la fiabilisation des données :
- Participation au protocole de collecte de données des personnels de l'Inalco.
- Rôle d'interface entre l'Amue (l'agence de mutualisation des universités et établissements d'enseignement supérieur), le service des pensions, les services gestionnaires pour le compte individuel retraite (CIR).
- Aide et accompagnement des utilisateurs.
- Participation à des enquêtes ministérielles avec l'outil Business Objects (requêtes de données).
- Participation au bilan social.
 
Je suis rattachée à la cellule d'aide au pilotage au sein de la DRH. Cette cellule est constituée de trois missions :
- la paie,
- la masse salariale,
- l'assistance fonctionnelle Harpege, CIR, la réponse aux enquêtes, le bilan social.
 
Vous savez, les données sont devenues l'enjeu essentiel des systèmes d'information d'un établissement. Comme elles sont plus volumineuses, elles doivent être de qualité et fiables.
 




 

Catherine Mathieu, directrice du Service d'information, d'orientation et d'insertion professionnelle (SIO-IP)

 
Catherine Mathieu - SIO-IP
Catherine Mathieu - responsable du SIO-IP de l'Inalco.


          
Quelle a été votre formation initiale, votre parcours avant l'Inalco ?  
Après le lycée, j’ai étudié le chinois à l’Inalco et l’espagnol à Paris Sorbonne Nouvelle.
Je tenais absolument à étudier des langues étrangères. Je me suis trouvée dans mon élément dès le début de mes études.
J’ai très vite découvert que plus encore que l’approfondissement d’une langue étrangère, c’était l’histoire et la littérature qui me passionnaient.
       
Votre présence à l'Inalco a donc été naturelle...
J’y ai étudié le chinois et lui seul, jusqu’à la maîtrise, mais je ne pensais pas alors que j’allais étudier (même superficiellement) d’autres langues.
         
Avez-vous eu rapidement l'occasion de partir sur le terrain ?
Je suis partie en septembre 1982 en Chine, avec la bourse du ministère des Affaires étrangères. Nous passions un oral et partions pour 2 ans.
J’ai eu la chance d’être envoyée à Pékin et j’y suis restée 3 ans et demi. Dans un institut qui s’appelait l’Institut des langues, je crois et ensuite, j’étais à l’Université de Pékin. J’avoue que j’étais une étudiante très appliquée en France, mais qu’en Chine, j’étais plutôt curieuse de travailler, de voyager et d’essayer de comprendre la société…
Je n’ai pas beaucoup étudié à dire vrai mais j'y ai travaillé rapidement… A la télévision chinoise, puis chez Elf Aquitaine comme « agent de liaison » ; enfin, au service nucléaire de l’ambassade de France comme assistante pendant les négociations entre Framatome et la Chine pour la construction de la 1ère centrale nucléaire de Daya Bay.

Qu'avez-vous fait à votre retour en France ?
Après 3 ans et demi, je suis rentrée à Paris avec une grande hâte de repartir d’ailleurs, au grand dam de mes parents je pense !
J’ai eu la chance d’intégrée le MAE en tant que contractuelle et j’ai travaillé 5 ans à Hanoi ! J’ai découvert la langue vietnamienne, la vie dans une petite ambassade, le travail de secrétaire dans un service de coopération et l’Asie du Sud Est : tout cela, à peu près en même temps !

Après 5 ans, j’ai eu la possibilité d’aller à Hong Kong pour un poste trop formel et pas assez fourni à mon goût. Je me suis donc vite ennuyée et j’ai démissionné…
C’était en 1991. Je suis donc restée 10 ans Extrême-Orient !

Puis, l’Inalco jusqu’à aujourd’hui. J’ai eu la chance d’y occuper des fonctions qui m’ont permis de développer d’une part tout un travail vers la professionnalisation des parcours d’étudiants et, d’autre part, d’acquérir des compétences en management de personnels et projets, en organisation et en modernisation de services.
Cela m’a passionnée et épuisée tout autant !

Avez-vous eu l'occasion de développer des activités de recherche ?
Non, je n’ai malheureusement pas la fibre académique… mais je l’admire chez les universitaires !
 
Quel est votre rôle au sein du SIO-IP. Pourquoi ce service aux étudiants ? Comment est-ce organisé ? Quels avantages, quelles difficultés ?
Pour moi, le SIO-IP est comme un aboutissement du travail que j’ai commencé il y a pas mal de temps maintenant au CPEI et que j’avais pu développer grâce au directeur d’alors, François Godement. Il s’était intéressé aux problématiques de recherche de débouchés professionnels, comme on disait avant.
Désormais, mon rôle est celui d’une "agitateure", "entraîneure" d’étudiants pour leur permettre d’avancer et… de quitter l’Inalco en trouvant un travail qu’ils ont choisi et obtenu grâce à leur formation dans notre institut !
          
      
       

Françoise Robin, professeure de Langue et littérature tibétaines

Françoise Robin et la venue du Dalaï-Lama à l'Inalco​
 
Le Dalaï-lama et Françoise Robin


Quelle a été votre formation initiale ?
Après des études de commerce qui ne me correspondaient pas, j’ai voyagé et suivi des cours de sociologie-anthropologie à Paris 8. Lors d’un voyage au Népal, j’ai découvert l’Himalaya et la langue et la civilisation tibétaines et je me suis inscrite à mon retour en tibétain aux Langues O’, un vieux rêve qui devenait réalité.
 
En tant qu’étudiante, votre parcours à l'Inalco s'est-il diversifié vers d’autres langues ?
Après mon cursus de tibétain, j’ai suivi des cours du soir de chinois pendant deux ans. Beaucoup d’autres langues me tentent à l’Inalco (presque toutes…), mais où trouverais-je le temps ?
 
Vos premiers pas professionnels étaient-ils en lien avec les langues ?
J’ai commencé à enseigner aux Langues O’ comme chargée de cours lorsque j’étais en thèse. Avant cela, j’avais effectué des « petits boulots » dans le domaine culturel (maisons d’édition, radio, cinéma) dans plusieurs pays.
 
Avez-vous un attrait pour d’autres langues et cultures du monde ou d'autres disciplines ?
L’étranger me fascine depuis l’enfance. En 1994, j’ai rejoint Paris à Lhasa par voie terrestre (Transsibérien, Transmongolien). Je continue à voyager autant que possible et j’aime le très proche comme le très lointain.
         
Votre expérience sur le terrain...
Je veille à me rendre au Tibet aussi régulièrement que possible depuis vingt ans, ce qui me permet d’observer finement les évolutions sociales et littéraires.
        
Quels sont vos axes de recherche ?
Je travaille essentiellement sur la culture contemporaine : la littérature de fiction, la poésie et le cinéma. Dans un environnement hautement surveillé, ces domaines proposent un accès original à une meilleure connaissance des dynamiques de la société contemporaine. La fréquentation des écrivains et cinéastes procure par ailleurs de grands plaisirs sur le plan humain.
       
Votre participation à la venue du Dalaï-Lama à l'Inalco. Comment avez-vous rendu cela possible ?
Le Dalaï-Lama devant venir en France en 2016, ma proposition de l’inviter a été retenue par la présidence. Le Bureau du Tibet à Paris, représentant le gouvernement tibétain en exil, a validé notre invitation car nous sommes un des premiers établissements du monde occidental à avoir proposé un enseignement de tibétain, en 1842. Du côté Inalco, chacun a œuvré de son mieux pour faire en sorte que cette visite soit une réussite. L’Ambassade de Chine a tenté de nous en dissuader. Je suis fière que l’Inalco n’ait pas cédé à ce chantage déplacé et inadmissible.
        
Avez-vous d’autres activités liées au monde tibétain ?
Les étudiants de la section Tibet et moi-même sommes assez impliqués auprès des réfugiés tibétains. Cela nous plonge au cœur des problèmes rencontrés par les migrants (papiers, logement, santé, interculturel, etc.).
           
- Françoise Robin sur France Inter à l'occasion de la venue du Dalaï-Lama

- Sur francetvinfo.fr : Trois questions à... Françoise Robin : «il y a une sorte de désespoir riant au Tibet»
       
- Françoise Robin sur le site inalco.fr         
           
                

Luc Deheuvels, chargé de mission sur la pédagogie numérique

 
Luc Deheuvels
Luc Deheuvels

Avant l'Inalco, quelles ont été les langues que vous avez apprises ou simplement découvertes ?

Professeur de langue et littérature arabe, je suis à l’Inalco depuis 1994. Avant, j’ai enseigné l’arabe dans le secondaire après avoir passé l’agrégation puis une dizaine d’années à la Sorbonne (Paris 4) comme assistant puis maître de conférences. C’est là le résultat d’une tenace passion pour les langues depuis toujours : l’anglais, le russe, le latin, l’arabe dès le lycée, j’avais aussi commencé en autodidacte l’égyptien hiéroglyphique dont j’ai continué l’étude plus tard ; ont suivi l’italien, une petite ouverture vers l’hébreu et le persan ; quelques bribes de néerlandais de mes ancêtres, et des envies d’autres langues : vietnamien, birman, portugais… tout ceci alors qu’une vie entière ne suffit pas pour apprendre l’arabe !

Impressionnant ! Une autre discipline à votre actif ?

J’ai mené de front des études d’arabe et d’histoire, et ai même fait quand j’étudiais à l’Institut français de Damas une maîtrise sur l’histoire de Raqqa, ville que bien peu de monde connaissait alors ! Ma maîtrise a été traduite en arabe par le ministère de la culture syrien, éditée par ce même ministère, publiée… et immédiatement interdite par la censure syrienne !

Votre intérêt s'est tourné vers la littérature ?

Je me suis spécialisé en littérature arabe moderne, j’y mène des recherches particulièrement orientées sur des thématiques du mythe littéraire et des écritures d’utopie, ainsi que sur les questions de généricité et d’innovations d’écriture ; je m’intéresse tout spécialement aux transformations de l’écriture narrative depuis la fin du 19ème siècle et ce qu’on appelle la Nahda (Renaissance arabe) jusqu’à aujourd’hui, ainsi qu’au théâtre, et je dirige des recherches de doctorants dans les mêmes domaines.

Vos autres activités sont nombreuses. Quelles sont-elles ?

Transmettre la langue à tous les niveaux est pour moi une passion : depuis les débutants jusqu’au doctorat en passant par les jurys de CAPES et d’agrégation. Après six années passées à la tête de la commission des études et à la Vice-présidence de l’établissement, j’ai accepté une mission sur la pédagogie numérique, qui me fait travailler en tandem avec Marie-Anne Moreaux, chargée de mission en stratégie numérique, et avec toute l’équipe du service TICE. Je représente l’établissement à SAPIENS, service d’accompagnement pédagogique d’USPC, coordonne l’ensemble des MOOC de l’établissement, et suis concepteur du MOOC d’arabe. L’expérience du travail collectif sur les MOOC est particulièrement marquante, notamment la mise en commun de nos expériences et de notre travail de concert sur des langues très différentes. 


 

Marine Madani, nouvelle responsable des relations internationales

                   
Marine Madani, responsable des relations internationales
                   

Quelle a été votre formation initiale ?

D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours baigné dans l’international et l’enseignement supérieur. Un grand père enseignant à l’université de Téhéran, des parents travaillant dans l’enseignement supérieur, des chercheurs et doctorants du monde entier à dîner, et les récits de voyages de mon entourage, il n’en fallait pas plus pour m’inciter à suivre cette voie presque toute tracée. Pourtant j’ai très tôt cherché à me démarquer de cette tradition familiale.

Aiguillée dès mon plus jeune âge vers les sciences, je leur ai finalement préféré les lettres, pour m’inscrire après le baccalauréat en double licence histoire/anglais. À l’époque je visais les concours de journalisme. S’est finalement posé en L3 la question de la mobilité à l’étranger. J’ai donc choisi en 2010-2011 de reporter mes projets d’un an pour participer au programme des assistants de langue du CIEP et partir travailler en tant qu’enseignante de français dans un lycée international privé anglais. Pendant cette année, j’ai côtoyé des élèves des quatre coins du monde qui m’ont fait rêver de leur culture et de leur pays.

C’était décidé. À mon retour je ferai un master en relations internationales !
Après un passage par l’armée, je suis finalement revenue un peu par hasard à l’enseignement supérieur, cette fois-ci dans le cadre des relations internationales. J’y ai retrouvé cette même mixité culturelle que j’avais adorée lors de mon année en Angleterre. Dès lors, je n’ai plus quitté ce domaine.

                

 

Vos premiers pas professionnels ont-ils été guidés par vos études ?

J’ai très tôt été immergée dans le monde du travail. Dès ma 1ère année à l’université, je me suis mise à travailler dans divers services administratifs l’été puis à l’année, d’une part pour me créer une solide expérience professionnelle exploitable à l’issue de ma formation, mais également pour gagner quelques sous.

J’ai ainsi travaillé en scolarité générale aux inscriptions web, puis au sein d’un master en maintenance et maîtrise des risques industriels (MMRI) m’occupant ainsi de la gestion des étudiants en formation initiale, en apprentissage et en formation continue, ainsi que de l’évènementiel autour de cette formation (conseils de perfectionnement, réunions d’apprentissage, soutenances…).

À mon retour d'Angleterre, j’ai recommencé à travailler à l’université en parallèle de mes études. Tout d’abord en MMRI, puis on m’a confié la responsabilité de la gestion d’une licence en commerce et échanges internationaux (formation initiale et apprentissage).

Après un passage en 2013 par l’armée, j’ai coordonné en 2014 à l’échelle de la faculté de science et technologie de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) un projet d’insertion professionnelle visant à mieux orienter les étudiants de première année et à réduire le taux d’échec universitaire.
J’étais également en charge jusque 2015, des relations internationales. C’est véritablement là qu’un second déclic s’est opéré et que j’ai décidé de construire mon projet professionnel autour des relations internationales universitaires. D'où mon choix de rejoindre les équipes de l'Inalco. 

        

Vous êtes encore un peu nouvelle à l'Inalco. Avez-vous une expérience marquante à nous conter ?

Une de mes expériences les plus marquantes fut mon passage par la cellule de coopération bilatérale de l’Etat-major de l’armée de terre. J’y étais employée en tant que chargée de coopération européenne. Bien que la rigueur, l’exigence, le respect des règles et la réactivité y aient été de mise, j’y ai rencontré des personnes humaines et engagées, bien loin de la représentation guindée qui peut parfois coller à la peau des militaires. J’ai adoré leur franchise et ai été très agréablement surprise par leur simplicité et leur accessibilité.

J’ai énormément appris au contact de ces personnes et j’en garde d’excellents souvenirs, comme cette fois où un collègue avait oublié de verrouiller son ordinateur avant de quitter son poste (consigne de sécurité n°1) et où le chef de section avait piraté la boîte mail de ce pauvre malheureux pour envoyer de sa part un mail type « téléphone rose » au responsable de la cellule (littéralement son N+3). Autant vous dire que même maintenant j’y réfléchis à deux fois avant de quitter mon poste sans avoir verrouillé mon ordinateur. J’ai également gardé ce « Respectueusement », de mise à l’armée, que je signe à chaque fin de mail.

      

Parlez-nous de votre expérience à l’étranger évoquée plus haut.

J’adore voyager, mais il est vrai que cette expérience m’a marqué. Il s'agit de mon année en tant qu’assistante de langue (programme du CIEP) en Angleterre. Entre 2010 et 2011, j’ai été affectée dans un lycée international privé du sud de l’Angleterre pour y enseigner le français sous forme de cours de conversation. Fondé en 1935, le lycée avait pour vocation de former les élites anglaises et internationales à partir d’une méthode d’enseignement personnalisée, à savoir un petit nombre d’élèves par classes (8 au maximum), un encadrement pédagogique fort, des cours du programme scolaire le matin et des enseignements sportifs ou artistiques l’après-midi et des infrastructures dernier cri financées par la fondation de l’établissement.

Les élèves et les personnels pouvaient ainsi avoir accès à des écuries, une piscine olympique, un parcours de golf, des terrains de football ou de rugby, des studios d’enregistrement de musique dernier cri, ou encore une salle de concert/théâtre régulièrement mise à disposition des élèves pour des manifestations musicales ou théâtrales, notamment à l’occasion de galas de charité.
     
Cette immersion dans les méthodes de travail à l’étranger, dans ce pays que je ne connaissais qu’à travers mes études et dans ce système fortement internationalisé d’excellence scolaire m’a beaucoup marqué. Je garde un souvenir très fort de cette expérience que je recommande à tout étudiant de langues et en particulier à ceux de l’Inalco, d’une part pour l’immersion linguistique, mais aussi culturelle et professionnelle.

      

Un attrait particulier pour une des langues et civilisations enseignées à l’Inalco ?

De par mes origines, j’ai toujours souhaité en connaitre d’avantage sur la culture et la langue perse, sans toutefois oser sauter le pas.

       

C'est le moment de vous inscrire aux cours du soir ! 
Souhaitez-vous nous parler d'un autre sujet pour vous connaitre mieux ?

Volontiers ! Pour terminer de manière plus légère, je suis une fan assidue du club tricot de l’Inalco. J’aime cette activité qui requiert de la patience, de la minutie, de la concentration, beaucoup de rigueur et de réflexion mais surtout de la créativité. Cela me permet également de décompresser et de nouer des liens en dehors du cadre professionnel. Je suis d’ailleurs en règle générale très créative et bricoleuse. Déjà toute petite j’aimais démonter et remonter tout ce qui me passait sous la main.

      
           
            
            
         

Kadhim J. Hassan, accompagnateur des manifestations sur les réfugiés

 
Kadhim J. Hassan, accompagnateur des manifestations sur les réfugiés (USPC et Cycle Migrations).

               
Quels ont été votre formation initiale et votre parcours avant l'Inalco ?

Après l’obtention du baccalauréat (littéraire) en Irak, mon pays d’origine, je suis venu en France en 1976 pour ne plus la quitter, sauf pour des séjours linguistiques en Allemagne et en Espagne et pour de courts voyages. Apprentissage du français, puis études de littérature générale et comparée à l’Université de la Sorbonne-Nouvelle Paris 3 ; par la suite, conversion thématique vers l’anthropologie du Monde arabe à l’EHESS (maîtrise, puis D.E.A), ensuite présentation d’une thèse de doctorat nouveau régime à l’Université de la Sorbonne Paris IV, portant sur la traduction de poésies européennes dans la culture arabe (1995), suivie de l’obtention du CAPES d’arabe (major, 1998) puis de l’Agrégation d’arabe (major, 1999). Enseignement dans le secondaire dans quelques villes de France et charges de cours dans quelques universités, puis nomination comme MCF à l’Inalco en 2002. (Soutenance d’HDR à l’Inalco en 2005 ; nommé professeur des universités à l’Inalco en 2010.)
                       
Vos premiers pas professionnels ont-ils été guidés par vos études ?

Parallèlement à mes études universitaires, j’ai dû, pour subvenir à mes besoins mais aussi par passion pour la littérature et la traduction, m’investir assez tôt dans la presse littéraire arabe de la diaspora, et aussi dans la presse littéraire au Liban, ainsi que dans la traduction de textes littéraires pour l’UNESCO et quelques maisons d’édition arabes.
                
Quels sont vos axes de recherche ? 

Littérature arabe, littératures comparées et poétique de la traduction. Mon terrain est celui de la littérature et de domaines proches, la philosophie de la littérature par exemple et la traduction littéraire. J’ai appris autant dans les livres qu’à travers les rencontres et l’échange dans les colloques et manifestations littéraires.
                 
Avez-vous un attrait pour les autres langues ?

Conjointement à l’arabe, je suis usager passionné du français et de l’espagnol et je comprends l’anglais et (avec l’aide des dictionnaires toutefois) l’allemand.
                         
Vos activités de chercheur vous ont amené à travailler sur les questions concernant les réfugiés syriens.

Je suis moi-même un ancien réfugié politique avant d’avoir été naturalisé français. Sensible aux questions de l’exil et à celles des droits de l’homme dans le monde arabe, je ne pouvais que m’impliquer dans les débats et rencontres concernant les réfugiés syriens et ceux venus d’autres pays. Je dois préciser que, dans le peu que j’ai fait dans ce domaine, j’ai été largement aidé par mes amis et connaissances parmi les écrivains et artistes syriens résidant en France et connaissant très bien le terrain.
       
Dans quel cadre se situe votre participation au Cycle Migrations ?

Notre institut, il faut le souligner, a été parmi les premiers établissements académiques en France à intégrer le travail sur les réfugiés à ses manifestations culturelles. Et le Cycle Migrations a ceci de spécifique et de très satisfaisant qu’il a englobé plusieurs régions sinistrées par la violence et l’émigration ou l’immigration massive, et qu’il a multiplié les approches en faisant intervenir des sociologues, anthropologues, psychanalystes, spécialistes de droit international et de politique d’asile, ainsi que des artistes et des écrivains. Dans ce cadre, j’ai coordonné la rencontre du 15 février 2016, dont le programme a consisté en une expérience théâtrale portant sur la vie des réfugiés et jouée par des réfugiés syriens et palestiniens, suivie par un débat avec des écrivains réfugiés syriens. Je suis invité aussi à participer à la dernière séance de l’année (le 6 juin au centre Pompidou de 19h à 21h), qui aura pour thème et pour titre : Périples : langages de l'exil.
           
Où trouver vos travaux pour connaître mieux votre travail ?

Quelques ouvrages et interventions dont une partie est en français (le reste en arabe) sont disponibles sur l'internet.
       
        
       
 

Linda Zaoui, responsable de la mission handicap, vie étudiante et vie de campus

 
Linda Zaoui, responsable de la mission handicap, vie étudiante et vie de campus
             
Quelle a été votre formation initiale ?
                
Depuis toute petite, j’ai la vocation d’aider les autres.
À l’âge de 4 ans, je voulais devenir pompier à cheval. Plus grande et plus lucide, j’ai dû changer de voie…
Je me suis alors destinée à une carrière scientifique. En effet, après l’obtention d’un bac scientifique, j’ai fait une licence en biologie pour travailler au sein de la police scientifique, que j’ai pu approcher  lors d’un stage. Je me suis finalement orientée vers des études d’ostéopathie que l’on peut mettre en pratique dès la 1ère année. J’ai achevé cette formation en 2013.
                
Pourquoi le choix de l’Inalco ?
               
Contrairement à beaucoup de collègues de l’Inalco, je n’y ai effectué aucun cursus. En revanche, j’ai étudié le chinois pendant trois ans au lycée. J’étais donc sensibilisée aux cultures et langues orientales dès mon adolescence. Peut-être qu’un jour je m’inscrirai à des cours ici... !
                
Racontez-nous vos premiers pas et votre évolution professionnelle.
           
Dans le cadre de mes études d’ostéopathie, j’ai travaillé dans plusieurs cliniques privées afin de développer mes compétences pratiques. J’ai également exercé durant un an dans un club sportif pour valider mon stage.
En parallèle à mes études, je travaillais chez le chocolatier Jeff de Bruges en tant que manager. Durant cette expérience, j’ai eu pour collègue Amandine Polliart dont la sœur était vacataire à l’Inalco chargée des inscriptions administratives. Elle m’a appris que l’établissement recherchait d’autres vacataires pour cette fonction. N’étant pas convaincue de vouloir travailler en libéral, ni de vendre des chocolats toute ma vie, je me suis aventurée dans la fonction publique afin d’avoir un large panel de choix pour décider de mon avenir.
               
Contre toute attente, cette expérience m’a beaucoup plu et j’ai eu l’opportunité d’être embauchée en septembre 2014 en tant que gestionnaire au Pôle vie étudiante. Ce fut mon travail durant un an et cela m’a permis de participer à toutes les activités de la vie étudiante : mission handicap, convention de stage, Journée portes ouvertes, commission de la vie étudiante, etc.
Fortement intéressée par ces diverses missions et soutenue par mes collègues, lorsque le poste de responsable de la vie étudiante a paru, j’ai tout de suite candidaté. Ainsi, en septembre 2015, j’ai effectué ma rentrée en tant que responsable de la mission handicap, vie étudiante et vie de campus.
            
Quels sont vos projets pour la vie étudiante de l’établissement ?
             
Grâce à mes fonctions et à l’intérêt que je porte aux différentes cultures, je peux promouvoir la vie étudiante et associative au sein de l’établissement et faire rayonner l’Inalco à l’échelle de l’USPC et plus largement encore. Pour certains événements, comme par exemple l’Inaculturelle, je souhaite que l’Inalco s’ouvre encore plus grâce à la présence de partenaires tels que le CROUS et la mairie de Paris.
Les journées culturelles ont beaucoup d’impact pour la vie de l’établissement et mon objectif est que ces dernières se multiplient afin de créer une dynamique auprès des étudiants. Les thèmes seront variés et toujours en lien avec les missions de mon service : j’envisage d’aborder la prévention des différentes addictions (drogues, alcool, tabac), les questions de santé, la gestion du stress mais aussi la sensibilisation aux différents handicaps, avec la participation des étudiants. 
Toutes ces activités demandent beaucoup d’investissement personnel et un travail transversal avec tous les services, ce qui me plait particulièrement. J’apprécie énormément de collaborer avec nos étudiants et associations, même s’ils me font parfois part de leur projet à la dernière minute… C’est dans ces moments que la patience que j’ai acquise en ostéopathie avec les patients m’est précieuse !
       
                  

Johnny Cheung, titulaire de la chaire d'excellence Inalco-USPC

                    
Johnny Cheung - Inscription pehlevi
           
 
Quelle a été votre formation initiale ?
                   
Je suis né au Suriname, en Amérique du Sud et j’ai grandi aux Pays-Bas. Juste avant l’indépendance de cette colonie néerlandaise, mes parents ont décidé d’émigrer et de s’installer à Amsterdam, car ils craignaient l’instabilité politique d’un Suriname indépendant.
                      
Après avoir terminé mon parcours scolaire au cœur de la capitale néerlandaise, j’ai eu envie d’élargir mon horizon culturel et j’ai choisis d’étudier les langues et cultures indo-iraniennes à Leyde. Il m’est devenu très clair que mon principal intérêt se portait surtout sur les langues anciennes, donc, après l’année initiale, je me suis inscrit en études philologiques, axées principalement sur la famille des langues indo-européennes. En explorant les complexités et subtilités grammaticales de dizaines de langues anciennes et moins anciennes, je me suis intéressé aux aspects culturels comme l’histoire ou les migrations de ces peuples indo-européens qui vécurent quelques mille ans avant nous. Qui étaient-ils, que pensaient-ils et que faisaient-ils ? La clé en a été trouvée dans les textes transmis jusqu’à nous par les chercheurs en philologie, qui ont eu la tâche de les décrypter et de les interpréter. J’ai décidé de me limiter à une seule branche de la famille des langues indoeuropéennes, l’iranienne, qui consiste elle-même en des dizaines langues et dialectes : le persan, le pashto, le kurde, le baloutchi, l’ossète, ainsi que les langues éteintes : le sogdien, khotanais et l’avestique. 
                 
Tandis que je finalisais ma thèse sur l’ossète, une petite langue iranienne parlée dans le Caucase, je prenais conscience que le cœur de ma recherche future se trouverait au Proche-Orient, spécifiquement dans la partie « persocentrique » du monde islamique, une aire qui est caractérisée par une synthèse culturelle des traditions persanes/iraniennes du Moyen-Orient et des coutumes des Turcs d’Asie centrale. C’est un vaste espace très influent, qui part de l’Europe du sud-est et s'étend jusqu’à l’Asie Centrale et du Sud,et où s’établirent les grands empires persanophiles, comme ceux des Abbasides, puis des Samanides, Ghaznavides, Seldjoukides, Safavides, Ottomans et Moghols indiens. J’ai commencé à apprendre et étudier le persan, y compris l’histoire et les religions de la région. Ensuite j’ai visité l’Iran et fait des recherches de terrain sur plusieurs années.
           
- premiers pas professionnels : où, quand, quels choix ?
                
Après ma soutenance de thèse en 2000, on m’a offert un contrat postdoctoral de courte durée à Leyde, pendant lequel j’ai travaillé à l’édition d’un dictionnaire étymologique des verbes iraniens. En 2010, le prestigieux prix du Livre de l’Année m’a été attribué en Iran pour ce dur labeur.
               
En 2003, j’ai participé à un projet fascinant sur les documents bactriens, qui ont été découverts pendant les années 90. Ce projet s’est déroulé à Cambridge et a été dirigé par l’éminent iranisant Nicholas Sims-Williams. La langue utilisée dans ces documents est le bactrien, qui, jusque-là, était fort méconnue. Ma contribution a été une grande base de données rassemblant tous les mots de ces documents.   
               
Après la clôture de ce projet en 2008, je rentrais à mon alma mater, d’où j’acceptais le poste du maître de conférences en persan.
               
J’ai poursuivi mes recherches sur le monde iranien, tout en approfondissant mes connaissances sur le pashto et l’Afghanistan, l’histoire et les religions du Proche-Orient, dont le manichéisme, le zoroastrisme, la poésie persane, l’islam normatif et hétérodoxe et le soufisme islamique.
             
- Comment s’est passée votre arrivée en France et votre entrée à l'Inalco ?
                
Mon arrivée en France et à l’Inalco est très récente, elle date de septembre 2015, grâce à un échange culturel. Vivre en France demande beaucoup de patience et… de justificatifs ! C’est la fameuse bureaucratie française !
                    
Je suis très heureux de travailler à l’Inalco, qui me permet de faire mes recherches en toute tranquillité, étant soutenu par une administration sympathique et des collègues bienveillants (mais parfois difficiles à rencontrer !). J’ai reçu un accueil chaleureux de Mme Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, de M. Abdoulaye Keita et de Mme Ursula Baumgardt, qui m’a invité à participer à son séminaire.                 
J’ai organisé en novembre une journée d’études intitulée « Défis et définitions du terrain » et je dois remercier nos gestionnaires d’équipes de recherche pour le soin scrupuleux apporté à cette journée d’études.
               
Je viens de terminer mon séminaire sur une réflexion épistémologique de notre aire humaine. J’ai été très étonné de la timidité des étudiants ici, un grand contraste avec les étudiants que j’ai connu à Leyde. J’espère poursuivre ce séminaire l’an prochain et continuer d’encourager les étudiants à exploiter les facilités qu’ils ont ici l’Inalco et les ouvrir à leur future carrière.
            
J’ai aussi pour projet à plus long terme de donner quelques cours sur l’histoire du persan (partir du vieux perse achéménide et aller jusqu’au nouveau persan de l’Iran,  de l’Afghanistan et du Tadjikistan),et de donner une introduction de la dialectologie iranienne moderne et historique, et des cours sur une autre communauté marginalisée du Moyen-Orient, les juifs qui font usage d’un dialecte iranien. J’en profiterais également pour présenter les méthodes et les résultats de la philologique classique et moderne.
           
- Parlez-nous de votre expérience sur le terrain.
                       
Je connais très bien le terrain en Iran, notamment pour ma recherche concernant la collecte des contes des Bakhtiaris, une minorité iranophone appelée « tribu » (en raison de leurs coutumes et traditions spécifiques, et leur pratique de la transhumance).
D’un autre côté, l’accès aux terrains des Yézidis kurdophones n’est pas garanti. Les régions de Syrie et d’Irak, où habitaient historiquement les Yézidis auprès de leurs sanctuaires importants, sont régulièrement attaquées et les populations déplacées. Bien que le Kurdistan irakien soit relativement stable actuellement, il me semble trop risqué en ce moment.
En raison de leurs traditions religieuses spécifiques, les Yézidis étaient dispersés dans beaucoup d’autres régions. Donc, les régions les plus sécurisées pour le chercheur sont désormais la Géorgie et l’Arménie, où les Yézidis étaient exilés vers la fin de l’Empire ottoman.  Bien sûr, je vais aussi interroger les communautés des Yézidis qui sont installées en Europe, surtout en Allemagne, où la grande majorité des Yézidis turcs habite maintenant à la suite des grandes persécutions des années 80 et 90 en Turquie.  
                         
- Avez-vous ou avez-vous eu un attrait pour d’autres langues et cultures du monde ou d'autres disciplines ?
               
Bien que j’ai une formation de linguiste et de philologue classique, qui essaie de comprendre le texte et sa contextualité d’un point de vue étymologique et comparé, je suis souvent surpris par la quantité d’informations sur les coutumes et traditions ou les vues religieuses et culturelles que l’on peut « extraire » des textes par une telle analyse philologique, même sur leurs interactions avec les autres peuples ou ethnies. Donc, j’exploite cette approche « mise à jour » pour ma recherche actuelle sur les littératures des minorités iranophones des Yézidis et Bakhtiaris, dont la collecte systématique me permettra de découvrir des informations sur leur cadre culturel, religieux et historique au Proche-Orient.  
                    
Concrètement, en utilisant cette méthodologie, j’ai pu démontrer, hors de la sphère strictement iranienne, qu’une influence religieuse iranienne sur le Coran serait présente, mais à un niveau superficiel, et que les fondateurs du premier empire turc, des Köktürks, appartenaient probablement à un peuple qui était parent des Mongols.
J’en profite pour mentionner la source d’inspiration de cette méthodologie modernisée : c’est mon ancien collègue et bon ami bien respecté, le turcologue Uwe Bläsing à Leyde. Il a appliqué cette méthode avec une grande réussite lorsqu’il a travaillé sur les influences de l’arménien et des Arméniens sur le turc moderne de Turquie. Si bien qu’aucun chercheur turc, nationaliste ou non, n’ose plus de les contester.
                
- Quels sont vos axes de recherche à l’Inalco ?
                 
Je suis membre de l’équipe de recherche des mondes iranien et indien, dirigée par Mme Pollet Samvelian actuellement, spécifiquement de l’axe « langues mondes iranien et indien ». Egalement, par le biais de ma formation philologique et linguistique, je suis attaché au Labex Fondements empiriques de la linguistique (EFL),  dont l’axe « Langues, dialectes et isoglosses dans l'aire Ouest-Asie » est le plus pertinent.
          
- Vos activités de chercheur vous ont amené à devenir lauréat de la chaire d'excellence INALCO-USPC ?
           
Il est un peu gênant de répondre à cette question. Vous savez, on ne fait pas de recherche dans une tour d’ivoire... Peut-être que ce qui a permis l’octroi de la chaire d'excellence INALCO-USPC, c’est la diversité de mes activités professionnelles et académiques, comme je vous les ai décrites. Bien que je sois attaché depuis peu à l’Inalco, il me semble observer que beaucoup des collègues de l’établissement travaillent en solitaire, par choix ou par nécessité. J'ai fait la rencontre de plusieurs collègues de mon aire géographique ou culturelle qui n'ont pas toutes abouties pour le moment à des collaborations futures.
C’est dommage, mais d’un autre côté, je me réjouis de participer à des événements avec les établissements d’USPC dont les domaines de recherche sont reliés à ceux de l’Inalco. Je souscris entièrement à l’« esprit »  traditionnel de l’Inalco, qui souligne la diversité des langues et des civilisations du monde. À mon avis, en tant que membre de la communauté scientifique de l’Inalco, il faut chercher les connexions avec les autres disciplines, même si la région des autres est plus éloignée de la sienne. C’est aussi très vrai, qu’on manque souvent de temps.
                     
Pour en revenir au projet retenu, nous avons un bon socle, qui repose sur des problématiques actuelles du monde. C’est dans ce cadre que j’ai choisi de collecter et analyser les littératures orales des Yézidis et Bakhtiâris, deux groupes iranophones dont le patrimoine culturel est menacé de disparaître soit physiquement soit politiquement.
                  
- Vous êtes aussi programmé dans le cadre du Cycle Migrations en avril
                  
Ce cycle « Migrations » est un excellent exemple de collaboration et de présentation des connaissances et expertises diverses qui sont disponibles à l’Inalco et chez ses partenaires. Il permet d’expliquer les problèmes actuels du monde au grand public, souvent uniquement informé par des médias du quotidien. C’est pour cette raison que j’ai immédiatement accepté d’y participer en avril pour présenter le sort des Yézidis. Selon moi, c’est un devoir moral d’informer et d’amorcer la discussion à partir de la connaissance et des expériences des chercheurs. Même si on souffre un peu du trac - comme moi -, le sort actuel désespéré des réfugiés, qui échouent sur les plages de l’Europe chaque jour, y compris les Yézidis, impose de prendre la parole et de communiquer.
                  
Souvent, il est difficile d’échapper à une prise de position partisane. Si nous prenons l’exemple des migrations historiques des peuples germanophones qui fuyaient à l’approche des Huns aux IV-VII siècles, on ne peut que constater la différence de point de vue selon la situation géographique de chacun. Ces flux des tribus germaniques en Europe occidentale sont considérés comme les « Grandes invasions barbares » dans les livres scolaires en France, mais sont mieux connus sous une désignation moins insultante, notamment sous le terme de « La migration des peuples » en Allemagne (Völkerwanderung), et dans les autres pays germanophones. Actuellement, ces flux sont sans doute interprétés différemment en France et en Allemagne.
            
À nous spécialistes la tâche de nuancer et recontextualiser les grands flux de populations actuels, en diminuant les attentes élevées des optimistes naïfs aussi bien que les craintes apocalyptiques des pessimistes méfiants à l’arrivée des réfugiés et migrants aux portes de l’Europe.
                
               
                       
 

Stéphane Faucher : autodidacte et spécialiste de l’Inalco

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Crédit photo : Yathreb HADDAR pour l'Inalco

Commençons par le commencement, quelle a été votre formation initiale ?
                                    
En fait, je suis autodidacte ! Cela m’a permis de pouvoir exercer plusieurs métiers avant de trouver ma voie. Avant d’entrer à l’Inalco, j’ai exercé au service d’état civil d’une mairie avec l’accès aux archives (poussiéreuses !) du XIXème siècle, mais j’ai aussi travaillé dans le bâtiment et même appris à couper du verre... Puis diverses expériences pour ensuite revenir dans l’administration et découvrir une mission enrichissante au service gestion et intendance d’un collège. Cela m’a guidé dans mes choix et ma motivation pour entrer à l’éducation nationale.
                              
Votre arrivée à l’Inalco ?
                        
J'ai été nommé à l’Inalco en 1992, suite à la réussite d’un concours administratif et affecté à la DRH, au bureau des heures complémentaires. Découverte d’un univers particulier, difficile mais enrichissant. En tout cas, très formateur sur le plan professionnel.
                         
Vous avez bougé à l'Inalco, changé de service... Quel est votre parcours ?
                  
Le poste en DRH m’a permis de connaître la population enseignante. En 2002, je réussis un autre concours et je dois normalement quitter l’établissement. Quelle surprise en recevant mon affectation… je suis nommé à l’Inalco ! Il n’y avait pas de poste disponible en DRH et je souhaitais changer. C’est comme cela que je me suis retrouvé en charge de la cellule APOGEE avec la modélisation de toute l’offre de formation ! Un vrai changement de décor de la DRH vers la scolarité avec son univers d’étudiants, de cursus en tout genre, les plaisirs du passage du DULCO au LMD en 2006 et toujours le contact avec les enseignants mais sous un angle totalement différent.
                         
En 2011, j’ai saisi l’opportunité de travailler directement avec le contrôleur de gestion. La mission : piloter l’établissement à l’aide d’indicateurs… Prenons une métaphore pour comprendre : le tableau de bord d’une voiture est constitué d'un ensemble d'indicateurs et de témoins qui renseignent le conducteur sur le fonctionnement du moteur et sur les paramètres de conduite (vitesse instantanée, température extérieure).  Eh bien c’est la même chose pour l’Inalco ; pour le domaine de la scolarité par exemple, c’est créer des indicateurs sur la population étudiante, ses attentes. Ces résultats seront une aide à la décision pour la direction de l’établissement. Ces indicateurs alimentent également le contrat quinquennal et les accréditations de nos diplômes nationaux.
                            
Vous avez de nouvelles fonctions depuis quelques mois... ? Quelles sont-elles ?
                               
Je suis responsable de la direction des formations (DIFOR) qui a été créée en mars 2015. Cette nouvelle structure de 7 personnes regroupe la cellule APOGEE et le bureau des plannings et examens. Les objectifs du service : développer et piloter l’offre de formation, élaborer une stratégie qui permet d’organiser, de valoriser et de faire évoluer cette offre en fonction des besoins et préparer la future accréditation. Cela passe par la gestion des enquêtes à destination des étudiants, la mise à jour des indicateurs ministériels et internes. Nous avons en charge toute mission liée au président de la CE ainsi que le secrétariat de la commission des études. La mise à jour des brochures en cohérence avec l’offre de formation APOGEE est également de notre ressort.
                              
La cellule APOGEE modélise toute l’offre de formation et écrit les règles de calcul des diplômes, le bureau des plannings doit trouver des salles pour plus de 3 500 cours.               
Les enseignants peuvent également s’adresser à nous pour obtenir des statistiques personnalisées sur la langue qu’ils enseignent.
                         
Comment avoir accès à toutes ces informations quand on est novice ?
                                 
Depuis 2012, je rédige une brochure intitulée « Planète étudiante Inalco ». Ce document est une « photographie » annuelle  qui permet de mieux connaître notre public étudiant et d’affiner notre offre de formation.
[NDLR. La dernière version 2014/2015 est disponible en téléchargement dans cette Lettre interne].
                                  
Enfin, le projet phare pour 2016 consiste à la mise en place de l’application AMETYS qui consiste à modéliser notre offre de formation dans une application commune à notre COMUE. Pour cela, nous sommes en collaboration avec la cellule stratégie & projets numériques pour l’intégration des formations de l’Inalco.
                                  
Des activités en dehors de l’Inalco ?
                         
Oui plusieurs. J’ai pratiqué le jeu de dames en compétition au niveau international ce qui m’a permis d’obtenir le grade de maître fédéral international. Aujourd’hui, le niveau national me suffit largement car je joue toujours en compétition mais désormais en dilettante !
                                  
                     
 
 

Laurent Sagart reçoit le Prix Leonard Bloomfield 2016

    
Laurent SAGART : directeur de recherche CRLAO - CNRS - Inalco - Ehess
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Quelle a été votre formation initiale, votre parcours avant l'Inalco ? 
      
​Après le bac (1968) j'ai commencé des études de linguistique à Vincennes et simultanément de chinois à Paris 7, que j'ai continuées à Bordeaux. De retour à Paris, j'ai suivi les séminaires du Centre de Recherches Linguistiques sur l'Asie Orientale (CRLAO), dont je suis aujourd'hui membre. Maîtrise de chinois à Paris 7 puis service militaire 1975-77 dans la coopération à Hongkong: j'y étais professeur de français à l'université chinoise.
     
Cela a été une véritable immersion dans la langue et la civilisation !
     
À Hongkong j'ai appris un peu de cantonais et mené une enquête de terrain sur le hakka des nouveaux territoires. J'en ai tiré une thèse de 3ème cycle (Paris 7). Puis j'ai été un an étudiant boursier à Pékin, puis Nankin : j'y ai enquêté sur des dialectes du Jiangsu.
      
Quels ont été vos projets à votre retour en France ?
       
De retour en France j'ai enchainé petits boulots et vacations en linguistique (sur le babillage comparé des enfants français, cantonais et algériens) jusqu'à mon recrutement en linguistique au CNRS en 1981. Là, j'ai d'abord étudié les dialectes du Jiangxi, où j'ai effectué plusieurs enquêtes. Mon doctorat d'État (Aix-Marseille I, 1990) leur était consacré. Parallèlement, afin de m'initier à une langue tibéto-birmane, j’ai suivi les cours de birman de Mme Bernot à l'Inalco.
      
C’est donc là vraiment que vous faites votre entrée à l’Inalco ?
     
Oui, en effet. J'ai ensuite passé deux ans (1987-1989) à enseigner la dialectologie chinoise à l'université Ts'inghua à Taiwan. Mes intérêts se sont diversifiés : j'ai commencé à m'intéresser à la diachronie plus profonde du chinois ainsi qu'à ses relations génétiques. Depuis 1991 je défends (à contre-courant) l'idée que le chinois est apparenté aux langues austronésiennes (Taiwan-Philippines-Indonésie-Pacifique).
   
Vous êtes lauréat 2016 du prestigieux Prix Leonard Bloomfield. Pour quel travail et comment cela s’est-il déroulé ?
    
La reconstruction du chinois archaïque (langue de Confucius, plus ou moins) est le sujet qui a valu à William Baxter, mon collègue de l'université du Michigan, ainsi qu'à moi-même, le prix Bloomfield. Nos idées sont rassemblées dans le livre "Old Chinese: A new Reconstruction" (Oxford University Press, 2014). L'écrire nous a pris une dizaine d'années, avec des réunions quasi hebdomadaires par vidéoconférence. Le soutien de mon labo, le CRLAO, et de l'Inalco, qui héberge notre équipe depuis 2008, d'abord à Nogent et aujourd'hui rue de Lille, a été déterminant pour mener à bien ce travail.
      

Françoise Moreux, une vie à l’Inalco

                
Francoise Moreux

               
Quelle a été votre formation initiale, votre parcours avant l'Inalco ?
              
De par ma naissance en Berry, en plein centre de la France, ni ma famille ni les circonstances ne me prédestinaient à étudier le chinois, et pourtant, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’aller en Chine et surtout de découvrir la signification des idéogrammes qui me fascinaient. Il me fallut cependant passer outre la volonté de mes parents pour « monter » à Paris étudier aux Langues O’, où j’ai commencé mes études en 1966.
             
Comment s’est déroulé votre parcours à l'Inalco ? Aviez-vous déjà d’autres activités en plus de votre cursus ?
               
Pendant mes études, j’ai fait des petits boulots dans notre établissement : inscriptions de rentrée et j’ai été fudaoyuan 辅导员 (auxiliaire d’enseignement) pendant l’année 1969- 1970. Je suivais aussi des cours de musique orientale au Centre Michelet et j’ai appris à jouer du violon à deux cordes (erhu 二胡). Diplômée en 1969, j’ai obtenu la licence de chinois à Paris VII (Censier) en 1970. Souhaitant ardemment me rendre en Chine, j’ai étudié deux années à Taïwan à l’Uni­versité des sciences politiques (国立政治大学) et suis rentrée à Paris pour présenter mon mémoire de maîtrise en juin 1972. Faute de pouvoir rejoindre Pékin comme étudiante comme je l’avais escompté, j’ai suivi les cours du CPEI qui venait d’être créé deux ans plus tôt, tout en étant technicienne de labo­ratoire à l’Inalco.
              
Quels ont été vos premiers pas professionnels en dehors de l’Inalco ? Vous avez une riche expérience en Asie…
           
À la rentrée 1973, j’ai enseigné le chinois en qualité de maître auxiliaire aux lycées Racine et François Villon, peu de temps (seule­ment un trimestre) car j’ai été recrutée par Air France pour l’ouverture de son bureau de représentation à Pékin.
Engagée initialement pour un an, j’ai passé plus de sept années en Chine entre 1974 et 1982. Toutes ces années restent pour moi les plus heureuses de ma vie. Intégrée dans la compagnie aérienne française, c’est finalement là que s’est déroulée ma carrière professionnelle.
Très marquée par mon tropisme chinois, j’ai dû, en rentrant de Pékin, faire preuve de souplesse. Le retour au siège d’une grande entreprise n’a pas été simple, car le domaine de responsabilités était plus restreint que dans un poste d’expatrié très polyvalent. J’ai cependant occupé des fonctions très différentes qui ont élargi mes connaissances : réglementation tarifaire, affaires internationales (négociation des accords aériens et commerciaux) et après, un bref passage comme responsable commerciale des Cars Air France, j’ai participé dès 1996 à la création d’une cellule d’Intelligence économique, service dans lequel j’ai terminé ma carrière fin septembre 2007.
          
Une carrière vraiment diversifiée en effet…
              
À l’adresse des étudiants actuels, je dirais que le fait d’avoir appris une langue réputée difficile m’a souvent permis d’être préférée à d’autres candidats, certainement plus compétents, mais le choix s’est basé sur une aptitude à vaincre les difficultés. De plus, le fait d’avoir consenti à faire des choses pour lesquelles je n’avais aucun goût naturel n’a pas été une entrave à ma progression de carrière.
                
Revenons maintenant sur votre engagement pour l’Inalco comme ancienne élève.
                 
J’ai adhéré à l’Association des anciens élèves après mon retour en France (1983). J’ai commencé à m’y impliquer en intégrant le Conseil d’administration en 1991. Au cours de ces 24 années, j’ai exercé diverses fonctions au sein du bureau : secrétaire générale, vice-présidente et trésorière et j’ai succédé à Michel Perret au poste de présidente en juin 2007.
Avec les membres du Conseil d’administration, j’ai porté plusieurs projets qui ont abouti : la régularité de la publication de notre bulletin Orients (trois fois par an, depuis 7 ans), la révision de notre image avec la création d’un logo, le rapprochement avec les associations étudiantes, rendu possible par le rassemblement en un même lieu de l’établissement lui-même. Au long de toutes ces années, je me suis efforcée de mener à bien l’association, en tentant de lui faire tenir la promesse de ses objectifs.
              
Avez-vous de nouveaux projets avec l’association ?
              
J’ai amorcé un dialogue avec l’Inalco qui devrait porter de nouveaux fruits, notamment la création d’un réseau Alumni Inalco-Langues O’ comme il en existe dans toutes les grandes écoles. Lorsque ce réseau aura pris corps et vivra sa propre vie, il me semble qu’il sera temps pour moi de céder la place.
 
C’est un projet qui est porté aussi par le service d'information, d'orientation et d'insertion professionnelle (SIO-IP). La soirée de lancement de ce nouvel outil de lien entre les anciens étudiants se tiendra lundi 23 novembre.
               
Pour terminer notre entretien, avez-vous eu encore d’autres activités en dehors de tout ce que vous avez fait au sein de l'Inalco ?
 
Même si les Langues O’ et l’Inalco ont tenu une place très importante dans mon parcours de vie, je me suis consacrée également à d’autres activités, notamment dans ma province natale à laquelle je suis restée profondément attachée :
- j’ai été conseiller municipal de 1983 à 1989, puis de 2008 à 2014,
- j’ai créé et présidé pendant 10 ans (de 1983 à 1993) une association pour la préservation d’un monument historique classé (église du XIIe  siècle), en y organisant des concerts et des expositions.
           
Le théâtre et la musique ont tenu une place très importante dans ma vie. J’ai étudié (en plus de mon travail à Air France) pendant trois ans la comédie au cours Simon et je suis depuis plusieurs années des cours de chant lyrique.
            
 

Hervé Zécler, la comptabilité, traduction en chiffres d’évènements humains

 
Hervé Zecler
      
    
M. Zécler, vous avez pris votre poste à l'Inalco le 1er septembre dernier. Afin de mieux vous connaître, pouvez-vous nous dire quelle a été votre formation initiale ?
       
J’ai un parcours, classique, de juriste. On peut penser que cela ne prédispose pas à devenir inspecteur des finances publiques, mais, outre que le concours comportait des épreuves de droit d’un niveau assez relevé, les aspects juridiques et réglementaires de mon métier sont nombreux. Mon premier poste a été en Corse, dans une trésorerie rurale. J’ai choisi ce poste. J’avais l’intime conviction que c’était au plus près du terrain que j’allais apprendre mon métier. J’y ai passé cinq années très enrichissantes, sur les plans personnel et professionnel. J’en profite pour revenir sur une idée reçue : l’incivisme fiscal en Corse n’est pas franchement plus significatif qu’ailleurs – et 98% des Corses payent leurs impôts !
       
Quelles ont été vos autres expériences ?
     
Après la Corse, j’ai été deux ans au ministère de la Défense. J’avais la volonté d’occuper un poste en administration centrale, pour me familiariser avec les problématiques de l’État, qui, en l’occurrence, cherche à évaluer et à valoriser ses biens militaires, ce qui n’est pas une chose facile (un porte-avions n’est pas coté à l’Argus !). Je suis allé ensuite au Nigéria, ce géant de l’Afrique à la fois méconnu et mal perçu. J’avais évidemment la volonté de découvrir une culture différente de la nôtre, mais qui a chez moi des résonnances particulières (de part mon histoire familiale). A l’issue de ma mission, il m’a été proposé d’aller en Israël. J’y suis resté trois ans. 
      
Toutes ces expériences ont des points communs : elles sont très enrichissantes sur le plan personnel (et il n’y a guère que la fonction publique pour offrir, à qui le souhaite, des postes aussi divers) ; elles m’ont permis d’approfondir mon métier, sous tous ses niveaux et dans toutes ses dimensions, notamment les aspects informatiques, aujourd’hui très présents. Je dis souvent que je suis dresseur d’applications informatiques rebelles quand je veux résumer mon métier !
       
L’autre aspect de mon métier, c’est le côté humain. On pense souvent que la comptabilité publique est « désincarnée ». C’est tout le contraire. Une opération comptable n’est jamais bien souvent que le reflet d’une tranche de vie, parfois haute en couleurs d’ailleurs !
        
Avez-vous un attrait particulier pour les langues et les cultures du monde ? 
      
Je ne vais pas mentir : ma maitrise du haoussa et de l’hébreu est encore très perfectible et l’Inalco ne m’a pas embauché pour être lecteur ! En revanche, les cultures du monde m’ont en effet toujours attiré. En s'y confrontant, on découvre une double réalité : la France n’est pas le centre du monde (et c’est très bien comme cela) ; la qualité de vie à la française est néanmoins absolument remarquable (et c’est très bien aussi). Au final, je reste persuadé que s’ouvrir au monde ne signifie pas que l’on ne va plus aimer son pays. On apprend simplement à le regarder différemment.
        
Qu'est-ce qui a motivé votre arrivée à l'Inalco ? Pouvez-vous nous décrire brièvement votre poste, vos missions et vos responsabilités ?
       
Après mes cinq ans au Nigéria et en Israël, mon épouse et moi-même nous sommes dit qu’un retour en France était opportun. Par ailleurs, je souhaitais continuer à être comptable. J’ai donc cherché une agence sur Paris. L’Inalco faisait naturellement parti de mes premiers choix – et j’ai été ravi d’y être nommé.
          
Mes missions à l’Inalco sont celles d’un comptable. Je supervise le travail d’une équipe – et nous produisons chaque année des comptes. J’ai aussi une mission de conseil et d’assistance, notamment, mais pas seulement, au niveau de la présidence. Mais, aujourd’hui, un comptable ne peut pas se contenter de cela. On assiste en effet à un bouleversement des règles – et une succession de réformes financières se profilent. Un comptable public est aujourd’hui au cœur de la réforme de l’État.
          
Avez-vous des activités en dehors de l'Inalco ?
        
J’enseigne le droit à Paris 1… Mais ce n’est vraiment pas mon activité principale !
Sinon, très prosaïquement, je... jardine.
           
         

Bryan Sauvadet : une parole libre et libérée !

Bryan_Sauvadet
         

Qu’avez-vous fait avant de venir à l’Inalco ? Quelle formation initiale avez-vous ? Comment vous êtes-vous retrouvé à l’Inalco et pour quoi y faire ?
        
J’ai fait un bac ES à Cergy en 1995. En même temps, dans ce lycée de banlieue, il y avait un programme spécialisé appelé « préparation à l’entrée en Grandes écoles » avec des cours de renforcement en anglais, en histoire, en géopolitique, en culture générale, des cours de méthodologies, pour nous préparer aux concours. Je souhaitais passer le concours d’entrée à Sciences Po mais je me suis vite rendu compte que je n’y serais pas à l’aise. J’avais déjà une passion pour l’Asie en général assez développée, pour le Japon principalement, mais par des contacts avec la communauté cantonaise de Cergy, qui m’ont présenté des aspects de la culture coréenne que je ne connaissais pas du tout, des séries télé notamment, sous-titrées en anglais ou en français par des fans. J’ai commencé à découvrir ça et, du coup, je me suis intéressé aussi à la Corée.
        
Comme je n’étais pas un élève très sérieux, mes parents m’ont présenté les choses ainsi : « Bryan, si tu as ton bac, on te paye un voyage au Japon. ». Je l’ai eu avec 10,5 ; je suis donc parti à l’été 2009. J’avais prévu de faire escale une semaine en Corée au début du voyage, un peu comme ça, après avoir vu quelques séries, écouter un peu de musique qui commençait à se faire connaître. Je suis arrivé à Séoul tout seul, à l’aéroport d'Incheon, le jour de mes 18 ans. Je n’avais pas forcément un « rêve de Corée » très précis contrairement à mo  n « rêve de Japon ». Tout d’abord parce que du Japon, on a une représentation mentale, on est presque capable d’en dessiner les contours (comme pour la Chine), mais pour la Corée (du Nord, on parlera de missiles et des Kim) du Sud, on va uniquement parler des voitures et de l’informatique, c’est tout. Surtout en 2009 !
Si bien que lorsque je suis arrivé à Séoul, j’ai vraiment pris une grande claque face à cette découverte ! La Corée m’a posé tellement de questions que je n’en suis toujours pas « sorti » !
              
Comme j’avais fait cette « prépa Sciences Po » et que j’avais eu de très bonnes notes en Sciences économiques et politiques, je voulais me diriger vers le commerce Japon/Corée, donc  suivre la filière CPEI de l’Inalco. Mais ce premier voyage a été le déclencheur d’une série de changements dans mes envies d’Asie : plus de CPEI, autant de passion pour le Japon, mais bien plus de questionnements sur la Corée. Arrivée à Incheon, plus grand aéroport du monde, sur une île avec, en face, la Corée du Nord. Minibus, traversée du pont et arrivée dans la banlieue de Séoul avec d’énormes tours numérotées de 355 à 1 sur des hectares !! Ensuite, l’arrivée au centre-ville de Séoul (Yoido) une île au milieu du grand fleuve de Séoul donne l’impression d’être à La Défense. En me promenant dans la ville, qui était alors en plein travaux, suite à l’élection des écologistes à la mairie, j’ai vu le « futur ».
Alors qu’au Japon, pays industrialisé bien avant la Corée, on voyait des immeubles plus anciens, datant des années 1980. Cela reflétait bien moins de dynamisme et j’ai eu ce que j’attendais. Alors que la Corée a été un vrai choc.
            
C’est à ce moment que se fait votre entrée à l’Inalco
                  
Oui. Je savais déjà que je voulais m’inscrire à l’Inalco en japonais. J’avais découvert l’Inalco en tapant sur l’internet : « japonais coréen Paris » avec pour résultats Paris Diderot et l’Inalco. Je suis allé aux deux pré-rentrées et ce qui m’a le plus intéressé à l’Inalco,  c’est que je pouvais faire le double-cursus. On m’a dit que j’allais me « vautrer » et c’est ce qui m’est arrivé !!
Donc, quand je suis arrivé à l’Inalco en coréen et en japonais, donc à Dauphine et Clichy, c’était l’enfer et drôle en même temps.
J’ai donc doublé ma première année avec les mêmes langues, puis resté en coréen, spécialisation histoire, en raison de toutes les questions que la Corée m’avait posé. Comme dit Patrick Maurus, on arrive jamais à la Corée par hasard. Mais ma génération est la première à arriver à la Corée PAR la Corée, parce qu’on la connait désormais. Avant, c’était par la Chine ou le Japon. En même temps, on n’aime pas la Corée sans aller voir à côté : vers la Mongolie (plus d’un siècle d’occupation), le Japon, la Chine, le Vietnam… C’est donc la zone aréale qu’il faut apprendre à connaître. Une zone que j’appelle moi, l’ « aire sinisée », du delta du Mékong jusqu’à Hokkaidō.  Ces états se sont construits sur des modèles de la Chine classique. C’est ce que j’essaie de démontrer par mes travaux de recherche. En même temps, il n’y a pas que la Chine et il suffit de trouver les autres influences ; sujet de mon travail en M2.
                   
Quelles sont les particularités de la section coréenne à l’Inalco ?
                 
J’ai ouvert mes études à toutes les langues sinisées de l’Inalco : chinois, vietnamien, japonais, coréen. Je suis maintenant entré dans un travail historique comparatif mais je ne vois pas de différence entre les sections : leur organisation, leurs enseignements, leurs étudiants. Il y a du bon et du mauvais. On reste proche quand on embrasse ces langues et cultures. C’est mille ans d’influence chinoise, la séparation nord-sud, la réunification dans la douleur. Tout cela est enseigné à peu près de la même manière d’une section à l’autre. Et puis, dès qu’un sujet nous passionne, on peut en parler aux enseignants, ils restent proches. C’est une famille, l’Inalco ! Avec là aussi tous les questionnements possibles.
             
D’où l’engagement dans l’associatif ?
                  
Totalement ! Ceux qui s’inscrivent dans les associations sont des étudiants qui ne trouvent pas les réponses à leurs questions dans leur cursus et qui ont besoin d’avoir une réponse. C’est une stimulation personnelle qu’ils partagent avec d’autres.
En coréen, on a eu un manque de profs ; ça a été un point de lutte de l’association. Maintenant, on a aussi un manque de dynamisme, un manque de perspective, un manque d’envie. On ne donne pas aux étudiants les moyens de prendre leurs capacités et leur volonté en main. Ceux qui réussissent sont hyper-autonomes.
C’est pour cela que je dis à tous les étudiants : « Prenez-vous en main, entrez dans une association, envoyez des e-mails aux gens que vous pensez concernés par vos questions et organisez une conférence !! »
                   
Mon entrée dans le monde associatif de l’Inalco s’est faite lors d’une Journée de la Corée. Et puis dans notre association, on considère que le coréen n’est pas assez représenté, et que l’on un peu « malaimé » dans l’établissement. Ça nous a motivé pour avancer, faire des choses, dynamiser la section coréenne.
Il y aussi le bâtiment qui pousse à collaborer au-delà de la simple cohabitation. Ce bâtiment a le mérite d’avoir ce couloir des associations où toutes les portes sont ouvertes, donc on discute entre nous, on s’entraide, et on a des constructions de questionnements communs très intéressants.
               
Mais ne nous trompons pas, dans les associations de l’Inalco, il y a d’un côté –au début– le « folklorique » avec les journées, la nourriture au 2° étage, etc. –c’est la visibilité de l’association. Et puis la deuxième couche –parce qu’on a murit et avancé dans son cursus– ce sont les cours, les conférences, etc. ou là, on se fait plaisir, on ouvre à ses passions personnelles. En réalité, on lutte contre une frustration et on découvre une autonomie que les cours, qui poussent à être passif, ne développent pas. Un bon exemple est le travail développé par Idrissa Konté avec Afr’Inalco.
                      
D’où une certaine concurrence entre étudiants ?
               
C’est inévitable. Une langue n’est pas qu’une envie, elle doit devenir un projet professionnel, mais là, pas de secret, il faut partir !!
La Corée est un pays très spécial pour un Français. On n’a pas les outils pour comprendre cette culture qui est très différente, extrêmement confucianisée, avec des règles différentes. Le décor peut sembler le même, les vêtements, etc. sauf que c’est un leurre.
On peut traduite à peu près tous les mots en coréen : démocratie, histoire, géographie, territoire, sauf qu’il n’y a pas la même histoire derrière, la même construction et parler avec un coréen s’avère délicat si on n’a pas les outils de la civilisation (histoire, contexte, etc.). Une ville en Corée n’est pas une ville en France, travailler en Corée n’est pas travailler en France, une entreprise coréenne n’est pas une entreprise en France. Séoul, c’est 35 millions d’habitants, la deuxième agglomération du monde, la moitié de la France, la taille de la Belgique. Ce ne sont pas les mêmes grilles de lecture. Arriver à Séoul, c’est presque donner 20 ans de retard à la France alors qu’à la campagne, les toilettes sont encore à l’extérieur de la maison. La Corée, c’est le postmodernisme !
                
Si on n’est pas allé en Corée avant la L3, on est perdu et on a perdu ses années de langues. Il faut vivre le pays dont on étudie la langue !! Savoir pourquoi on est là, à l’Inalco !
Il faut aussi que les enseignants transmettent les clés de lecture et pas seulement la langue et sa grammaire. C’est un peu difficile pour une personne qui est née en Corée et qui aura du mal à transmettre les codes. Et au sein de la section coréenne, si on a un coup de mou, il y a Madame JEONG, la maman de la section que vous chérirez si vous venez étudier le coréen…
Elle sait parler de la construction du peuple coréen à travers la littérature avec beaucoup de justesse. Littérature des premiers Coréens à avoir écrit en coréen, littérature de l’occupation japonaise, etc.
             
Ensuite, que ce soit en littérature, en gastronomie ou en histoire, ce sont les mêmes questions identitaires qui se posent : qu’est-ce qui est coréen dans la culture coréenne ? Qu’est-ce qui est importé ?
                         
On ne peut pas enseigner une langue et civilisation comme là-bas. On débute une langue avec des acquis différents des locuteurs natifs. Donc on l’apprend avec ses moyens propres et, ensuite, on peut creuser avec, par exemple, les cours de Yoann Goudin nous faisant comprendre le fonds lexical commun entre les langues sinisées à partir des idéogrammes ou Pénélope Rigoux en civilisation chinoise, une chercheuse de terrain qui transmet directement ses résultats et passe à un autre thème de recherche et se renouvèle sans cesse. Ce type d’enseignant chercheur n’est pas assez représenté à l’Inalco.
                      
Ce sont eux qui donnent l’envie de faire de la recherche ?
               
Oui, des gens qui aiment ce qu’ils font et savent le partager. Qui donnent envie de partir, d’aller sur le terrain. Il faudrait que l’on pousse les étudiants à partir. Il n’y en a pas assez qui viennent et qui partent dans le cadre de l’université. Il ne faut pas attendre le master pour faire de la recherche. Il y a bien des parcours CPEI ou HEI dès la licence, des gens qui sont déjà tournés vers le commerce ou les relations internationales. Il faut des parcours recherche dès la licence pour donner envie aux étudiants d’aller plus loin. Dans nos masters, on est entre enseignement et recherche mais trop peu de recherche.
                     
Il faut aussi que les professeurs introduisent les étudiants dans les programmes de recherche et les informent. Il y a ici un gros déficit de communication sur ce qui l’activité scientifique de nos enseignants chercheurs. On ne le sait pas, ils ne nous disent rien ; quand ils passent dans les médias, quand ils publient dans la presse, les revues, ou participent à des livres. Quand j’ouvre la revue Histoire et que je vois un article de ma prof de méthodologie Vanessa Van Renterghem sur l’islam médiéval, je suis content, j’achète le magazine, je suis fier de mon école ; même si le sujet n’est pas directement lié à mon travail.
En fait, il faut une communication scientifique tournée vers les étudiants et vers l’interne plus performante, et une autre, différente sans doute, tournée vers l’externe. Ce n’est pas uniquement en doctorat qu’on va s’intéresser aux sujets et productions de recherche ! Il faut que cette communication soit une volonté politique !
              
On pourrait envisager de croiser les aires sur une thématique : par exemple une journée sur l’archéologie à l’Inalco. Mais il faut dynamiser et diversifier les propositions de rencontres, de colloques, de découverte scientifique. Mais il n’y a pas cette volonté ici. Pour les journées européennes du patrimoine, on peut proposer une thématique transversale sur des aires culturelles de l’Inalco.
             
Est-ce que cela ne pourrait pas ouvrir à des parcours d’enseignement thématiques ?
                 
Si, justement. Je pense que les années à venir vont être constructives, notamment sur le disciplinaire qui devrait prendre de l’essor avec des parcours histoire, des parcours anthropologie, etc. Les aires culturelles, c’est fondamental, mais il faut les redéfinir parce qu’elles sont présentées d’un point de vue beaucoup trop eurocentré : Asie du sud-est, ça ne veut rien dire, c’est un concept colonial, ces pays n’ont rien en commun.
                       
Pour les matières transversales, il faut sortir de l’existant, il faut oser, quitte à être novateur ! Plus de cours d’histoire de la Chine classique mais un cours de civilisation sur l’aire culturelle des pays sinisés.  Au risque de déplaire aux enseignants actuels. Oui, le Japon a été sinisé. Oui, la Corée a été envahie par les Mongols. Il faut oser, surtout du côté des enseignants, mais il faut trouver ceux qui peuvent assurer ces cours, parce que les enseignants sont très nationalistes, ce qui est normal. Ma génération a envie de défricher des sujets transversaux, transnationaux. 
                   
Comment vivez-vous votre rôle de représentant étudiant ?
                      
Pour être légitime, il faut une liste avec des étudiants représentants un maximum de langues. Avec des gens ouverts. Notre liste a présenté des étudiants qui sont tous en double-cursus. Ma représentation, je la vit comme une passion de l’autre, une ouverture. Mon engagement, c’est dans l’intérêt de l’étudiant de l’Inalco à se placer dans le marché du travail ou dans le domaine de la recherche. Notre valeur ajoutée, ce sont les langues orientales. Et puis, il y a l’esprit Langues O’ qui est présent. Sinon, je serais allé dans une autre université. Ici, on peut proposer une journée sur les manuscrits classiques chinois et coréens et ceux de Tombouctou. Il n’y a qu’à l’Inalco qu’on peut faire cela et l’Inalco a le devoir de le faire, donc nous poussons à cette ouverture. En tant que représentant étudiant, il faut parler avec tout le monde, voir les dynamiques entre les départements et les sections qui ne sont pas les mêmes. Apprendre le chinois en gros effectif n’est pas comme apprendre l’indo-malais en petit groupe. Il faut une intercompréhension riche et vivace !
                      
À la SOAS, à Padoue, à Venise ou d’autres écoles en Europe, on croise du disciplinaire et des aires culturelles. Il faut aller dans ce sens parce qu’à l’extérieur de l’Inalco, comme chercheur, on nous dit qu’on est très fort en langue et en civi mais qu’on n’est pas historien, sociologue, géographe, etc. En effet, mais il faut revoir aussi le disciplinaire et ne pas en faire à l’occidentale ! Parce qu’on se retrouve comme le dicton japonais qui dit qu’un occidental qui arrive au Japon, la première année il écrit un livre, la deuxième un article et la troisième il se tait ! Donc être sur place ne sert à rien si on n’est pas maître d’une méthodologie de la déconstruction appliquée au pays.
                 
Ensuite, il faut aussi une méthodologie technique disciplinaire, comme apprendre à utiliser un logiciel de cartographie, à traiter des archives, etc. Apprendre à lire une carte, mais pas à l’occidentale (on le fait au lycée). Lire une carte indonésienne sur un modèle bouddhiste (pas de nord, pas de sud et carte concentrique) et sur un modèle postislamisation (horizontale par ce que le temps dans l’islam est linéaire), ce n’est pas l’École des Annales ou Jacques le Goff qui va nous l’apprendre. On n’apprend pas l’histoire ou la géographie de la même manière dans le monde européen, le monde arabe ou le monde sinisé.
              
Il faut trouver d’autres outils, ceux de la lecture et de l’écriture des aires que nous étudions. Et c’est sur ces sujets qu’on se bat en tant que représentant des étudiants. Pousser à créer de nouveaux enseignements, en plus de ceux de langues, qui modernisent la lecture des mondes que nous étudions. Comme dit une enseignante de géorgien : « La civilisation hors langue, c’est comme les tomates hors sol, ça n’a pas de goût, ça n’a pas de saveur. » Étudier l’histoire du Vietnam sans parler vietnamien, ça ne sert à rien. Le Vietnam bénéficie d’une assez grande civilisation pour écrire son histoire lui-même. On ne peut plus envisager de faire de l’histoire avec un regard colonialiste, il faut croiser les regards et prendre de la hauteur, notamment pour une civilisation confucéenne.
                   
Les représentants étudiants à la commission des études demandent-ils la création de ces enseignements plus techniques, ces outils qui vous serviraient dès vos débuts en recherche ?
                       
Oui, complètement ! Apprendre à faire une bibliographie en début de cursus, c’est nécessaire, mais refaire cet enseignement plus tard, en master, c’est redondant. Il faut nous proposer autre chose, des outils concrets qui nous fassent avancer. C’est du pur méthodologique. Et puis, il y a une graduation : ensuite, il y a le méthodologique de l’aire parce que chaque aire a sa logique. Et après, il y a la civilisation AVEC la langue. Une fois cela mis en place, l’Inalco est reparti pour 350 ans !!
                
                        

Elodie Guignard, photographe et étudiante à l'Inalco

Portrait Elodie Guignard

Quelle a été votre formation initiale ?

Après une année d'allemand, puis des études littéraires (une licence de lettres modernes) à l'université Rennes 2 Haute Bretagne, j'ai passé le concours pour l'Ecole nationale supérieure de la photographie d'Arles. J’y suis entrée en 2001 et sortie en 2004 avec les félicitations du jury.

Et qu’est-ce qui vous a amené à la découverte de la culture bengalie ?

En 1999, je suis partie pour la première fois dans un petit village du Bengale occidental, au nord de Calcutta, à la frontière du Bangladesh. Le village, qui a vu le jour au début des années 80, accueille des familles hindoues originaires du Bangladesh. J'y ai passé 3 mois, et je suis tombée sous le charme du village, de ses habitants et de la culture bengalie. J'ai commencé à m'imprégner de la langue, en me réunissant tous les soirs avec un groupe d'ouvriers du village pour enseigner des notions de français et apprendre quelques mots de bengali.

Et vous avez continué en étudiant le « bangla ».

Les amitiés et la photographie me font retourner là-bas tous les ans mais ce n'est que récemment que j'ai décidé d'apprendre vraiment le bengali. J’avais envie d’aller plus loin dans la découverte de cette langue qui me fascine, de communiquer plus facilement et tirer encore plus des rencontres que je fais à travers la photographie. Là-bas, dans ce petit village du Bengale indien, mais aussi, plus récemment, à Paris : j’ai entamé un travail avec la communauté bangladaise. Pouvoir m'exprimer, et surtout, comprendre, est une aide très précieuse et m'ouvre beaucoup de portes. J'espère mener à bien ma licence, pouvoir lire dans le texte est une grande motivation !

Vous avez aussi des activités à côté, vous pouvez nous en parler ?

Je suis photographe indépendante. Je fais principalement des portraits, souvent très posés, mis en scène, en m'inspirant beaucoup de la littérature et des mythes et croyances. Cela vient en partie de mes études de lettres. Tout est lié, finalement, dans mon parcours.

J'ai mis longtemps en scène des jeunes femmes dans la nature, avant de faire poser, dans une série plus récente, des compagnons d'Emmaüs qui imaginent avec moi des personnages et endossent différents rôles, le temps d'une prise de vues. Et puis, il y a toute une partie indienne de mon travail où je fais poser les habitants du village d'Ushagram (le village de l'aurore, en bengali), dans leur environnement. Evidemment, pour ce travail en particulier, pouvoir échanger avec les habitants dans leur langue est pour moi très important, la relation à l'autre en est changée. Je travaille aussi depuis peu avec une association "Photographisme- Photomorphisme" qui développe de nombreux projets photographiques et où je suis chargée en particulier de la mise en place d'un projet d'exposition avec 25 photographes.

La photographie donc, la langue bengalie, le Bengale où j'espère bien passer de plus en plus de temps, voilà les raisons de mes études à l'Inalco.

Enfin, depuis deux ans, je suis la photographe de l'Inalco ! J'ai réalisé des clichés du bâtiment, des personnels et des étudiants de l'Inalco lors de festivités et des projets étudiants. C'est un grand plaisir que de lier ma présence à l'Inalco en tant qu'étudiante et un regard particulier qui est souvent soumis aux commandes de la direction de la communication.
       
       
       
      

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, nouvelle VPCS

       
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Enseignante à l'Inalco depuis plus de quinze ans, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky a toujours été engagée dans la vie de l'Institut. Elle fait désormais partie de la direction de l'établissement en tant que Vice-présidente du conseil scientifique de l'Inalco, élue il y a tout juste un mois. Entretien.
        
Quelle est votre formation initiale ?  
        
J’ai une formation littéraire (ENS Saint-Cloud), en sciences sociales et économiques (agrégation, HEC) et de psychologue clinicienne. J’ai découvert l’Inde de retour d’un stage à Singapour, cela a été un choc : la découverte d‘un monde intensément poétique, empli d’analogies, où la dimension humaine bouleverse vos repères. J’ai ainsi décidé de m’y plonger, je me suis inscrite en thèse d’anthropologie à l’EHESS et en auditeur libre de hindi à l’Inalco – même si ma langue de terrain était le marathi. J’ai passé trois ans entre mon poste d’ATER et mon terrain au Maharashtra où je vivais parmi les castes dites intouchables, pauvres et stigmatisées, à étudier leurs dynamiques de mobilité sociale mais aussi la violence symbolique et la politisation du système de castes.
          
Quels ont été vos débuts à l’Inalco ?
       
J’ai été recrutée comme maître de conférences en 1998. À l’époque le département Asie du sud (ASU) était dirigé par Éric Meyer, qui m’a beaucoup inspirée par son enseignement à la fois passionnant et accessible. Ce département multilingue est un lieu d‘échanges entre des traditions différentes ; il s’est récemment ouvert au tibétain et au népali. J’ai enseigné une palette de cours, de l’anthropologie à l’économie de l’Inde contemporaine, de la méthodologie à la question post-coloniale. Le public de l’Inalco est attachant, parfois hétérogène mais toujours enthousiaste. En tant que chercheur, je suis membre du Centre d’Études en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques, qui est une prometteuse collaboration entre l’Inalco, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et Paris-Denis Diderot.
    
Avez-vous eu des opportunités pour poursuivre des travaux de recherche ailleurs ?
    
J’ai eu la chance d’être détachée 3 ans à l’Institut des études avancées de l’Université de Sao Paulo (Brésil) et d’y monter un projet ANR (Agence nationale pour la recherche) sur l’exclusion sociale dans les mégapoles indiennes et brésiliennes. Depuis 2010, j’ai profité de l’Institut universitaire de France (IUF) pour démarrer un projet de recherche entre l’anthropologie et la psychologie sur la question des migrations, des métropoles et de la santé mentale. Je poursuis mes terrains en Inde et au Brésil sur ces questions en même temps que j’exerce un jour par semaine comme clinicienne à l’hôpital Avicenne dans la consultation de psycho trauma qui accueille en particulier des demandeurs d’asile. Mes dernières publications portent sur ces problématiques[1].
    
Aujourd’hui vous prenez de nouvelles fonctions en tant que vice-présidente du conseil scientifique de l’Inalco, pouvez-vous nous expliquer les enjeux auxquels vous êtes confrontée ?
    
Nous sommes à un moment charnière pour la recherche à l’Inalco. Je me suis présentée à la Vice- présidence du conseil scientifique pour précisément travailler dans ce contexte nouveau avec une Direction de l’Inalco très dynamique. L’un de mes premiers objectifs est d’assurer à nos enseignants chercheurs l’environnement scientifique le plus stimulant possible en soutenant leurs projets et en renforçant les unités de recherche. L’aménagement de carrières et les recrutements sont également au cœur de nos préoccupations. Nous faisons face à de nouveaux défis, entre autres la cohérence de l’articulation entre aires culturelles et disciplines, la formation et la professionnalisation de nos étudiants. Il faut également définir la politique numérique pour nos chercheurs, ce qui comprend les Presses de l’Inalco (sujet qui sera développé dans une prochaine Lettre interne. NDLR), l’open access etc. Enfin, il faut nous positionner clairement dans le nouvel environnement de la COMUE USPC qui nous permet des collaborations élargies et plus internationales.
    
Dans ce contexte pouvez-vous résumer votre ambition pour la recherche à l’Inalco ?
     
Mon but est de donner à l’Inalco les moyens de son ambition au niveau de la recherche, d’en faire l’Institut où règne un esprit d’ouverture et qui sait poser intelligemment la question de la culture, avec une expertise scientifique sans équivalent. Et pour mener à bien cette politique de la recherche, je ne suis pas seule, je compte sur l’engagement du conseil scientifique et des enseignants-chercheurs de l’Inalco. Animer une telle équipe, c’est une chance exceptionnelle.
     
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[1] - Dharavi : from mega slum to urban paradigm, Delhi, Routledge, 2013.
- Mega city slums : Social Exclusion, Space and Urban policies in Brazil and India (dir. avec F. Landy), London, Imperial College Press, 2014.
- Mixing tīrttam and tablets- A healing proposal for mentally ill patients in Gunaseelam (South India)  (avec B. Sébastia), Anthropology and Medecine,  2014.
- Le trauma : du retournement de la culture à la nature humaine, Nature ou culture, dir. P, Bonin et T. Pozzo, IUF, Presses universitaires de Saint-Etienne, 2015.
     

Idrissa Konté, un étudiant engagé dans la vie de l’Institut

     
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Merci à vous, Idrissa Konté, d’avoir accepté cet entretien pendant la période sensible de préparation des examens de janvier.
  
Tout d’abord, je tiens à remercier la présidence de m’avoir choisi. Une occasion de parler de mon attachement à l’établissement et surtout de mes engagements au sein de la vie étudiante en tant que Président de l’association des étudiants du département Afrique (Afrinalco) et représentant étudiant au sein du conseil d’administration et du département Afrique.
  
Parler de soi n’est pas une chose facile dans ma culture, comme le disent les bambara "Maat’i yɛrɛ fɔ" - "L’on n’est pas le mieux placé pour parler de soi".
  
Commençons par le commencement, quelle a été votre formation initiale ?
  
Je me nomme Idrissa Konté, né à Maréna (cercle de Yélimané) dans la région de Kayes au Mali où j’ai passé les deux premières années de ma scolarité à l’école primaire avant d’aller poursuivre mes études au collège dans la ville de Kayes.
 
Après l’obtention de mon baccalauréat en 2006 au Lycée Dougoukolo Konaré de Kayes, je me suis rendu à Bamako dans le but de continuer mes études supérieures où je me suis inscrit à la Faculté des Langues Lettres et Sciences Humaines mention "Anglais" (FLASH) de l’Université de Bamako. Comme j’ai toujours voulu poursuivre mes études en France, après l’obtention de mon DEUG en 2008, j’ai entamé des démarches et en 2009, j’ai obtenu mon visa pour continuer en licence à l’université de Paris 3 – Sorbonne nouvelle.
 
Vous avez donc débuté votre scolarité en français. Ensuite, comment s’est passée votre découverte des langues et cultures ?
 
Baignant dans un environnement multiculturel, donc multilingue, j’ai eu la chance de découvrir les langues, notamment africaines comme le soninké et le bambara (qui sont mes langues maternelles), le peul, le khassoké, le maninka etc. depuis ma tendre enfance.
 
Quant aux langues étrangères, j’ai découvert d’abord le français qui est la langue d’enseignement au Mali puis l’anglais à partir du collège. Je dirai donc que je n’ai pas découvert les langues mais que je suis né dedans et cette diversité linguistique et culturelle m’a toujours accompagné dans mon parcours scolaire et professionnel.
 
Votre arrivée à l’Inalco et votre cursus chez nous ?
 
J’ai fait la découverte de l’Inalco, dont je ne connaissais pas l’existence auparavant, dans le cadre de mon mémoire de Master 1 à Paris 3 qui traitait de la linguistique comparative entre les verbes et les classes de verbes de l’anglais et du bambara. C’est au cours d’un échange avec mon directeur de mémoire, Éric Corre, directeur du Monde anglophone de Paris 3, que j’ai appris l’existence d’un établissement où on pouvait apprendre le bambara et le soninké.
 
En 2011, je me suis inscrit en mineur de master pour suivre uniquement le cours de grammaire, qui pouvait m’aider dans mes travaux de recherche. C’est après mûre réflexion que je me suis dit que décrire ou enseigner l’anglais m’attirait toujours mais que je préfèrerais en faire autant avec mes langues maternelles (d’autant plus qu’il y a un réel besoin de formateurs dans celles-ci). Par ailleurs, cette année d’initiation à la grammaire bambara m’a permis de faire de très belles rencontres.
 
De par sa diversité linguistique et socioculturelle, l’Inalco s’est révélé dès ma première année comme un second foyer, me reconnectant à mes origines, à ma culture et m’encadrant dans une ambiance au sein de laquelle j’ai pu exprimer et faire valoir mes valeurs.
 
La singularité de l’Inalco réside d’une part dans son aspect cosmopolite au niveau des étudiants autant que de l’administration et d’autre part dans sa faculté très naturelle de créer une atmosphère facilitant le contact avec les autres, l’accès aux informations relatives au fonctionnement général de l’administration et aux différentes formations. Une fois au sein de l’établissement, j’ai par exemple découvert l’existence de formations professionnelles telles que les relations internationales, le commerce international, etc. et dans une perspective professionnelle, il m’a paru important de relier langues et relations internationales.
 
En effet, dans un monde en pleine mondialisation, les rapprochements par tous les moyens possibles des peuples, nations ou groupes ethniques sont devenues indispensables pour le développement universel lequel ne saurait se réaliser sans s’intéresser aux langues et cultures des uns et autres.
 
En parallèle à vos études, vous êtes très impliqué dans la vie associative au sein d’Afrinalco.
 
Durant ma première année en tant qu’étudiant de l’Inalco, je constatais qu’il y avait des activités culturelles organisées par les associations des différents départements mais aucune en ce qui concernait le département Afrique. L’année suivante, après consultation de camarades, nous avons décidé de créer une association représentant les études africaines puis à l’organisation d’une élection suite à laquelle j’ai été élu président d’Afrinalco.
 
En tant que président de l’association Afrinalco et avec les membres du bureau, nous avons accéléré les choses pour qu’enfin des activités faisant la promotion des études africaines soient mises en place le plus rapidement possible. Ainsi, nous avons commencé à organiser des conférences, des journées (notamment la journée de l’Afrique, de la femme, de la solidarité etc.), des projections de films, des animations, des projets inter-associatifs et cette année nous allons mettre en place un club dédié au cinéma africain. Nous participons également aux activités organisées par l’Inalco (Inal’culturelle, Journée du goût).
 
Au sein d’Afrinalco, je m’occupe de l’organisation, de la coordination et de la gestion des événements (invitation des intervenants, échange avec l’administration et d’autres rencontres en dehors de l’Inalco). Je sers également d’intermédiaire entre les étudiants et les enseignants car je suis aussi représentant des étudiants au conseil du département Afrique tout comme les autres membres du bureau d’Afrinalco. Ainsi, nous recensons les difficultés (problème de pratique orale, d’emploi du temps, etc.) que rencontrent nos camarades pour ensuite les remonter à la direction du département.
 
En décembre dernier, vous avez ajouté un nouvel axe à votre engagement à l’Inalco suite à votre élection au conseil d’administration.
 
Avec des camarades d’autres départements, nous avons monté et présenté une liste "Osez Langues O’" au conseil d’administration dans le but d’améliorer et mettre en valeur nos formations et diplômes pour les rendre plus attractifs et compétitifs. Mes camarades m’ont choisi comme tête de liste et nous avons été élus.
 
Avez-vous des activités professionnelles en dehors de l’Inalco ?
 
Depuis septembre 2014, je me suis lancé dans l’auto-entreprenariat en créant le site : http://www.afrilangues.fr. L’idée est de proposer des services basés sur l’enseignement des langues africaines : la traduction, l’interprétariat et des formations linguistiques pour les entreprises. Nous intervenons, mes collaborateurs et moi-même en bambara, soninké, peul, amharique, lingala, wolof, et swahili et nous continuons à développer le projet pour ajouter d’autres langues africaines et rechercher d’autres personnes pour proposer un maximum de langues.
 
Pour l’instant, il n’y a que des informations de base sur le site web mais nous travaillons sur la conception d’une nouvelle version de celui-ci pour le rendre plus professionnel et plus attractif. Bien que nous soyons en phase initiale, nous sommes ravis car le projet a été très bien accueilli. Nous avons de plus en plus de demandes et cela nous pousse à accélérer les choses même si cela n’est pas évident avec nos études en parallèle.
 
Aujourd’hui, grâce à des conventions signées avec des agences de traduction et d’interprétariat, nous travaillons avec des services publics tels que la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), des sociétés de production mais également d’autres services publics qui passent directement par Afrilangues.
 
Je donne aussi des cours de bambara à Aubervilliers, dans le 20° arrondissement de Paris et au Centre d’animation Curial du 19è arrondissement.
 
Votre vie est pleinement occupée !
 
Oui, tout à fait ! Je vous ai présenté ici un résumé de ma vie d’étudiant, d’abord africain, ensuite étranger en France, et j’ose supposer sans prétention que c’est aussi celle de la plupart de mes camarades aux origines identiques, animés des mêmes desseins et des mêmes volontés.
 
Bonne et heureuse année 2015 à toutes et tous !
 
 

Joseph Moudiappanadin, un esprit de famille

Joseph Moudiappanadin 1

Monsieur Moudiappanadin, tout le monde vous connait très bien, mais, qui êtes-vous ?
 
Je m’appelle Moudiappanadin, Marie Joseph, comme prénoms. J’ai toujours mes deux prénoms, mais Joseph est mon prénom usuel. Alors, on m’appelle Joseph, mais aussi souvent Moudia. Parce que mon prénom tamoul, Moudiappanadin, était très long, Moudia en est le diminutif !! L’habitude des Tamouls est d’utiliser le diminutif. Maintenant Moudiappanadin est mon nom patronymique et Moudia (ou Joseph), le nom par lequel les gens m’appellent. Dans ma famille, j’étais le "petit" et mon frère, le "grand".
 
Je suis né à Pondichéry en 1949 alors que c’était encore un comptoir français, donc je suis né Français. J’ai commencé mes études dans un village (où mon père était directeur d’école) où les études étaient directement en tamoul, qui était la langue du village. Il y avait des écoles en français mais moi, j’étais dans une école en tamoul. C’est peut-être l’origine première de ma présence ici à l’Inalco !!
 
Après, je suis allé dans un petit séminaire, tenu par des prêtres catholiques, où l’enseignement était cette fois en anglais. Donc, ma deuxième langue est l’anglais. Ensuite, j’ai appris le hindi. On ne m’a pas appris le français dans ce séminaire [sic]. J’étais dans la section de hindi. Ensuite, en bon nomade que je suis, je suis passé au lycée français de Pondichéry, qui existe toujours. Là, il a fallu que j’apprenne le français que je ne connaissais pas très bien finalement… Le français est donc arrivé en quatrième position ! Mais je m’y suis mis.
Arrivé en troisième au début des années 1960, j’ai passé le Brevet élémentaire de langues indiennes, le Brevet élémentaire de langue française et le BEPC et j’ai eu les trois !
 
Pourquoi passer tous ces Brevets aussi tôt ?
 
Le Brevet élémentaire de langues indiennes permettait, à l’époque, après deux années au centre pédagogique d’enseigner le tamoul. Comme je ne savais pas ce que l’avenir me réservait, j’ai suivi cette formation et je suivais parallèlement le lycée avec aménagements des cours. J’ai passé le baccalauréat Maths élémentaires.
Et là, à ma grande surprise, j’ai découvert que j’étais devenu Indien !
 
Est-ce le contrecoup de l’Histoire du pays ?
 
Oui, je n’étais alors plus Français. Qu’allais-je devenir ? Heureusement, j’avais mes diplômes, qui étaient en français et notamment pour l’enseignement du tamoul. C’était en 1966-1967. J’ai écrit partout et on m’a proposé du travail : soit répétiteur de français dans une université à Madras ; soit professeur de tamoul ; soit passer un concours pour devenir speaker à la radio, qui venait d’ouvrir en 1967 à Pondichéry. Les deux premiers candidats ont été pris, j’étais le deuxième.
 
Vous laissez vos études à ce moment ?
 
Non, j’avais vraiment envie de poursuivre mes études supérieures en France parce que mon père (qui avait son bac) m’avait demandé d’obtenir une licence. Après sa mort, je voulais tenir ma parole. Je suis donc allé voir le consul général de France avec mes livrets qui étaient très bons. Il m’a donc fait passer un concours avec quinze autres personnes qui avaient également perdu la nationalité française. [Comme vous le savez, Pondichéry en 1962 est revenu à l’Union indienne et il fallait "opter" pour la nationalité française. Ma mère n’a pas fait les démarches. Du coup, nous sommes devenus famille indienne sans le savoir.]
 
L’attaché culturel de l’ambassade a organisé ce concours qui permettait aux cinq premiers de partir en France avec une bourse d’État pour faire des études supérieures. C’est ce qui nous a poussés à passer ce concours. Il y avait une épreuve de culture générale, de mathématiques, d’histoire géographie et d’anglais (pas de tamoul). J’ai été reçu premier et j’ai eu la bourse du gouvernement français. C’était donc pour moi enfin l’occasion de tenir la parole donnée à mon père.
 
Votre arrivée en France ?
 
Le problème était de savoir quel diplôme suivre ; je ne connaissais rien des études en France, ni personne pour me conseiller. Au vu de mes livrets scolaires et résultats du concours, le consul-adjoint m’a dit : "comme vous ne connaissez personne en France, vous n’avez qu’à tirer au sort l’académie et la discipline". J’ai donc tiré l’académie de Bordeaux (là, j’ai dit d’accord ! –rires) et mathématiques ! J’ai ainsi obtenu en 1967 une bourse de quatre ans pour une maîtrise de mathématiques à Bordeaux !
 
J’ai profité de cette occasion pour demander à la préfecture de Bordeaux à réintégrer la nationalité française. Et il a fallu attendre quatre ans pour que je récupère ma nationalité ; la durée de la bourse ! Ensuite, j’ai demandé une bourse comme tout étudiant français. Entre-temps, j’étais venu à Paris, à Paris 11 puis Paris 6 où j’ai obtenu mon doctorat de troisième cycle en mathématiques. En 1971, j’ai commencé à l’Inalco deux diplômes unilingues de tamoul et de hindi, que j’ai réussis.
 
Vos débuts à l’Inalco ?
 
Après tous ces diplômes, j’ai rencontré au Collège de France le professeur Jean Filliozat, indianiste (sanscrit et tamoul) qui m’a posé beaucoup de questions sur qui j’étais (origine, famille, etc.) et il m’a demandé de faire un travail de traduction en tamoul moderne à partir de papyrus anciens. J’ai fait cela avec beaucoup de plaisir et de passion. Après cela, il m’a dit qu’il y avait un poste de répétiteur de tamoul à l’Inalco Dauphine et, à l’époque, il fallait être absolument originaire de l’aire culturelle. Alors, il m’a dit j’étais celui qu’il fallait à ce moment précis. Mais, je n’avais en France que le diplôme unilingue de tamoul, les autres avaient été passés en Inde. Avec le soutien de M. Filliozat, le Chargé d’enseignement, M. Nagapattinam Kasi m’a reçu et choisi : j’ai été installé le 1er janvier 1977.  
 
À l’époque, j’ai juste dit que j’avais mon diplôme unilingue de tamoul. Plus tard, Mme Fiatte, secrétaire générale, a exigé que je donne tous mes diplômes. Je n’ai donné que mon DEA de mathématiques et pas les autres et elle n’a pas insisté.
 
Vos mandats à l’Inalco ?
 
J’ai très vite découvert Dauphine, les départements et la rue de Lille. C’était M. Sieffert, professeur de japonais, qui était administrateur. Ensuite, il y a eu M. Henri de La Bastide, puis M. François de Labriole. J’ai appris qu’il y avait des élections au C.A. avec quatre postes pour le collège C. J’ai été élu la première fois en 1983 et n’ai cessé, depuis d’être réélu jusqu’en 2011. C’est dire la confiance qu’on me portait.

À l’époque, il y avait un syndicat des assistants et répétiteurs parce que nous n’avions aucun avancement de carrière et de salaire, étant contractuels. Or, nous faisions beaucoup de choses, mais surtout beaucoup d’heures par rapport aux professeurs. Donc, je suis devenu membre dudit syndicat et, en 1985, j’ai remplacé Mme Dagmar Hobzová, enseignante de tchèque, comme président du syndicat. Nous avons gagné quelques batailles, concernant les contrats (passés de un an à la tacite reconduction) et puis, avec M. Michel Perret et le président F. de Labriole, nous sommes allés au ministère rencontrer Georges Duhamel, le directeur de cabinet du ministre de tutelle, pour obtenir un décret sur les statuts des répétiteurs, créant le niveau des maîtres de langues pour des contrats de trois ans avec un salaire plus élevé. En 1998, il y a eu aussi la titularisation de quarante-six répétiteurs ancien régime qui sont devenus assistants des universités grâce à M. Claude Allègre et au président André Bourgey. Pour les assistants, le ministère a créé des postes de maître de conférences (MCF). Je le suis devenu en 2002 avec deux autres, Mme Saraswati Joshi en hindi et Mme Magali Reclus-Sun en chinois.
 
J’ai donc pu me présenter au CA au collège B et j’ai été élu, pendant trois mandatures.
 
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Joseph Moudiappanadin et tous les répétiteurs en 1998 au changement des status.

 
Votre présence dans les commissions – la COVE
 
Pendant toutes ces mandatures, j’ai été membre de toutes les commissions. En 2003, le 5 novembre, le président Gilles Dellouche a demandé la séparation du CEVU en commission des études d’un côté et en commission de la vie étudiante (COVE). Les enseignants se sont mis d’accord pour que je sois à la COVE toujours renouvelé et, comme les étudiants changent chaque année, il y a chaque année de nouvelles élections.
 
Ce qui me passionne dans cette commission, c’est de pouvoir aider les étudiants via le FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes). Les étudiants payent aujourd’hui 16€ dans leurs droits d’inscription. Une partie vient constituer le budget annuel d’environ 62 000€. C’est donc la COVE qui finance l’aide au voyage, pour la découverte de la langue, ce qui est très important, l’aide sociale, etc. et puis les PIE (projets d’initiative étudiante), qui fonctionnent très bien, les aides aux handicapés, les bourses, en lien avec le CROUS.
 
Je suis très satisfait du résultat quand je vois des étudiants qui font du théâtre, de la culture, c’est très riche pour l’Inalco. Depuis la création de la COVE, il y a moins de problèmes entre étudiants et enseignants. Je m’en suis rendu compte parce que je fais aussi de la médiation dans ce cadre.
 
Vos activités en dehors de l’Inalco
 
Les publications
 
Avec d’autres professeurs venus de Pondichéry comme moi, nous avons publié des livres de pédagogie pour les étudiants (chez Librairie Maisonneuve), mon premier cahier d’exercices ayant été refusé à l’Inalco parce que je n’étais que répétiteur.
 
Un jour aussi, une dame qui avait entendu mon cours en chanson, m’a proposé d’enregistrer des chansons et des poèmes tamouls d’Inde et du Sri Lanka, traduits en français, qui sont parus chez Didier Jeunesse. Récemment, il y a eu Le Livre qui parlait toutes les langues. Pour ce livre, les bénéfices sont allés au Secours populaire.
Les contes et les chansons sont parfaits pour expliquer la langue, ses subtilités mais aussi la compréhension du monde. Ce qui m’importe, c’est que la langue tamoule soit diffusée auprès des enfants notamment. J’ai travaillé à partir de la littérature ancienne pour les contes.
Le 1er novembre dernier a paru chez l’Harmattan en édition bilingue, Le Petit Brahmane et le lion, un conte tamoul que j’ai traduit. C’est à partir de 8 ans.
 
C’est avec ces supports et d’autres documents que je travaille avec les étudiants ici.
 
Je fais aussi des traductions pour les journaux indiens… avec des noms de plume TAMIJDASSANE ("Serviteur de la langue tamoule") ou Amoudan (qui est aussi un prénom tamoul).
 
L’abandon de la thèse
 
La diaspora tamoule a constitué mon travail de recherche pour ma thèse, dirigée par le professeur Éric Meyer, mais d’abord des problèmes de santé, puis des pressions politiques des Tigres tamouls (dans une bonne partie de ma thèse, il y avait leurs entretiens), m’ont empêché de la soutenir. J’ai voulu enlever cette partie, mais la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est intervenue en 2006, disant que ma vie était menacée. Donc, il m’a fallu abandonner. À l’époque, mon logement a été entièrement fouillé pour savoir ce que j’avais comme informations. Mais je n’avais rien de très important chez moi, je garde tout dans ma tête, le meilleur des coffres forts ! Quant aux enregistrements, je les conservais à plusieurs endroits.
 
Les épreuves du baccalauréat
 
Dans le même ordre d’idée, je suis chargé depuis 1977 de la conception des sujets et des corrections des épreuves tamoules du baccalauréat de langue tamoul. Jusqu’en 1994, il n’y avait pas de conventions, donc je n’étais pas toujours payé. Ensuite, les inspecteurs chargés du Bac m’ont nommé comme responsable des épreuves écrites tamoules du Bac.  
Je pense vraiment que cela rend service à la pratique de la langue tamoul en France donc à la diaspora, représentée par les nombreuses associations. J’aime œuvrer en ce sens parce que, comme disait le Mahatma Gandhi, il faut trouver l’harmonie entre ce que vous dites et ce que vous faites. Trouvez cela et vous serez content.
 
Vos activités extra-universitaires et de bénévole
 
Avec l’autorisation des présidents de l’Inalco, j’ai œuvré pour la situation de la diaspora tamoule, comme interprète traducteur assermenté auprès des services sociaux, de la commission des recours, etc. Cela permet de bien comprendre les problèmes de la diaspora. J’étais appelé à cette époque la "Rolls Royce des traducteurs" (rires).
 
J’interviens encore auprès des tribunaux comme médiateur familial et comme médiateur ethno-clinicien au centre Georges Devereux, spécialisé en ethnopsychiatrie. Heureusement, c’est assez rare car il s’agit de lourds conflits familiaux. Quand il y a des enfants, cela me touche particulièrement. Je continue comme interprète bénévole aussi dans les hôpitaux. Pour les tribunaux ou la cour d’assise, c’est le juge qui me nomme directement. Cela peut me prendre parfois une semaine complète.
Certains de mes étudiants sont aujourd’hui traducteurs assermentés et j’en suis très satisfait.
 
La langue tamoule
 
En France, la langue tamoule est bien diffusée par la large diaspora présente en France. Il y a deux origines, l’Inde (100 000 personnes) et le Sri Lanka (à peu près 100 000 aussi). À la Réunion, il y a énormément de Tamouls.
 
Le 11 janvier 2015 se tiendra une grande fête tamoule (le Pongal), avec l’association France Tamil Sangam, dont je suis aujourd’hui le secrétaire-adjoint. L’objectif est de diffuser la langue tamoule auprès des jeunes, soit en leur apprenant la langue tamoule, soit en traduisant des textes pour leur mettre à disposition.
 
À l’Inalco, la langue tamoule est enseignée depuis 1868, avec des coupures. Beaucoup de professeurs et répétiteurs se sont succédés. En 1984, Mme Élisabeth Sethupathy est devenue chargée d’enseignement de tamoul, puis MCF en 1998, je pense. Mon grand rêve aurait été de voir créer deux ou trois postes de tamoul au Capes. Monsieur Jack Lang avait laissé entendre que cela aurait pu se faire pour enseigner le tamoul dans les collèges. Cela se fait aujourd’hui via des associations.
 
Je pense que le tamoul va continuer à se diffuser largement. Beaucoup de conférences ont lieu. Les étudiants avaient monté un théâtre. Ils se sont produits plusieurs fois et l’expérience a été riche.
 
Un bilan de votre carrière ?
 
J’aurai pu choisir l’autre voie, être ingénieur et gagner plus d’argent, mais je suis resté vingt-deux ans répétiteur à l’indice 103. Des collègues me disaient que c’était un scandale, mais j’ai fait ma vie ici, dans cette famille qu’est l’Inalco. Maintenant, les répétiteurs peuvent devenir plus facilement MCF à condition de soutenir leur thèse. Mais la vie des répétiteurs reste quand même difficile au niveau du salaire comme tous les contractuels ! C’est une forme de précarité !
 

Boriana Silhol : créer du lien

 
Boriana Silhol portrait 2

 
FORMATION ET TICE
 
Quelle a été votre formation initiale ?
 
Je suis psy ! Psycho-sociologue de formation ;  j’ai fait de la consultance en entreprise. J’ai commencé par médecine et psycho en double-cursus et après une licence en psychologie interculturelle, qui peut illustrer mon arrivée à l’Inalco il y a dix ans, je me suis orientée vers la psychosociologie des organisations et la consultance en entreprise. Ce qui m’a intéressé dans ce cadre, ce sont surtout les phénomènes de groupe et les stratégies individuelles et collectives dans un contexte de travail.
 
J’ai également une formation de formateur, ce qui m’aide dans mon travail sur les TICE à l’Inalco où je montre aux enseignants comment utiliser les TICE dans leur pratique pédagogique. Avant, dans la consultance, ce qu’on me demandait, c’était de trouver du lien et de l’analyser. Aujourd'hui, ce que je fais dans mon travail, c’est de créer du lien, entre services, entre personnes, entre outils et enseignants utilisateurs. Je ne suis plus tout à fait dans la même dynamique.
 
Quel est le lien entre psycho et informatique, entre l’humain et l’outil technique ? Avec des interlocuteurs techniciens, informaticiens, gestionnaires de bases de données et des utilisateurs ?
 
En plus d’être psy, je suis un peu geek. La dernière technologie, le gadget connecté, je vais aussitôt regarder ! Et à présent, le côté geek et l’intérêt pour les nouvelles technologies ont clairement pris le dessus. Ma formation m’aide à traduire, à accompagner. De l’humain vers la technique et de la technique vers l’humain. À rassurer aussi parfois.
 
Quel est votre rôle au milieu de toutes les nouvelles offres TICE à l’Inalco ? Vos relations avec les enseignants ?
 
L’enseignant a souvent besoin d’un intermédiaire, une passerelle entre ce qu’il veut faire et les moyens que l’on met à sa disposition. L’outil, par exemple Moodle, doit être relativement flexible et ne doit pas compliquer le travail de l’enseignant mais au contraire faciliter ses interactions avec les étudiants ou en créer de nouvelles. Mais il est vrai que  parfois ces outils ne sont pas évidents à prendre en main…
 
Prenons les langues à très grands effectifs, cela permet, pour l’usage le plus basique, de distribuer des supports de cours. Quand on a un amphi de 400 étudiants, il est plus facile de déposer son cours en ligne au format PDF que de le distribuer à la main ! Il n’y a ensuite qu’un pas vers la webographie, des QCM autocorrigés, des vidéos sur les sites ad hoc, etc. À moi de montrer, lors des formations à Moodle ou si certains veulent monter un projet qui utiliserait des TICE, les meilleurs outils pour l’usage souhaité et la meilleure façon de le proposer à l’étudiant dans le scénario pédagogique.
 
L’étudiant d’aujourd’hui a l’habitude de surfer sur l’internet et il y trouve quantité d’informations, mais c’est toujours l’enseignant qui lui proposera, en utilisant ces mêmes outils, des ressources pédagogiques pertinentes et construites, le fera travailler, réfléchir et analyser dans une progression contrôlée. L’outil répond juste à un besoin, il ne doit pas phagocyter l’utilisateur, étudiant ou enseignant.
 
 
MOODLE
 
L’outil principal sur lequel vous travaillez est la plateforme d’enseignement Moodle. Pouvez-vous nous la présenter ?
 
La plateforme Moodle (Modular Object-Oriented Dynamic Learning Environnement) est disponible à l’Inalco depuis un an déjà mais elle est encore peu utilisée. Il s’agit d’une plateforme de travail collaboratif qui comporte de nombreux avantages : accessible sur l’internet en tout lieu et à tout moment, elle fonctionne sur Windows, Linux ou Mac OS, elle est modulable, libre (gratuite), multilingue, est soutenue par une communauté internationale active, est assez facile à prendre en main et permet de construire des contenus dynamiques.
 
Je suis responsable du fonctionnel (l’utilisation de l’outil), tandis que Mathias Soupault est chargé du technique, du développement ; c’est vraiment lui qui a les mains dans le cambouis, qui a, par exemple, fait en sorte que Moodle soit connecté à notre système d’information, la base des données enseignant/étudiant.
 
Nous sommes tout de suite partis avec l’idée que Moodle n’allait pas être imposé aux enseignants. L’utilisation principale qui en est faite actuellement est le dépôt de documents, mais quelques enseignants intéressés par cette technologie vont plus loin, vers une véritable interactivité, en proposant, en plus des supports de cours, des devoirs, des questionnaires autocorrigés, des forums thématiques, des travaux de groupe, etc.
 
Ainsi, l’étudiant qui est absent du cours (éloignement, impossibilité temporelle, ...) ou qui commence à décrocher reste en lien avec l’enseignant et sa classe. Moodle est un outil qui « fait du lien » entre enseignants et étudiants, mais aussi entre étudiants. La plateforme les réunit et leur permet de rester en contact tout au long de l’année universitaire, et d’inventer aussi de nouvelles façons de travailler ensemble.
 
  
SITE INTERNET DE L’INALCO
 
Une autre activité que vous menez à l’Inalco est la construction du nouveau site internet.
 
Oui, il reste quelques fonctionnalités à mettre en place ou des contenus spécifiques comme les publications. C’est un très long projet qui dure depuis plus d’un an et demi... ! C’est à la fois un projet structurant parce qu’il nous oblige en terme de système d’information à revoir la « propreté » de nos bases de données. Souvent, ce sont les enseignants qui corrigent les informations. J’en profite pour les en remercier.
 
Plus de deux cents personnes ont participé aux ateliers de conception (deux à trois par semaine en début de projet). C’est un grand étonnement pour moi de voir combien les collègues se sont investis et ont travaillé dessus. Cela ne paraît pas grand-chose, un site internet. Pourtant, ce fut un gros projet pour l’Inalco. Le résultat est plutôt bon, le site est vivant, même s’il y aura toujours des choses à améliorer. Nous sommes dans la première année d'exploitation et il va encore s’enrichir, par ses contenus mais aussi dans son ergonomie.
 
Comment ceux qui ont participé imaginent la suite du projet ? Considèrent-ils que tout est fini ?
 
Non, notre position depuis le début avec Sheela Rawat, la webmestre du site, est de dire aux contributeurs que le site internet sera ce qu’ils en feront, que le site va s’améliorer avec eux, grâce à eux. Les instances qu’il faut existent, un comité éditorial notamment, la webmestre a des taches larges mais clairement définies et, en terme de fonctions, on sait désormais qui fait quoi. Donc techniquement et institutionnellement, les cadres sont posés. Maintenant, en termes de contenus, cela dépendra des contributeurs. Si on veut que le site soit régulièrement visité, il va falloir le faire vivre avec des contenus construits, lisibles, facilement trouvables, et des actualités régulièrement mises à jour. Si on veut qu’il soit attrayant, il va falloir des photographies en quadrichromie, et pourquoi pas des vidéos.
 
Oui, la volonté est de rendre le site internet très attrayant et très vivant. L’iconographie s’enrichit régulièrement grâce à Élodie Guignard, photographe qui travaille pour l’Inalco. L’objectif est de montrer que la vie à l’Inalco est extrêmement riche, foisonnante.
 
Tout à fait ! Il est important que nous montrions sur le site la diversité de la vie à l’Inalco.
 
Quelles expériences retirez-vous de ce projet internet ?
 
Il y a beaucoup de choses que j’aurais faites différemment, notamment pour raccourcir les délais de validation et m’éviter quelques nuits sans sommeil. Mais le plus satisfaisant est que les collègues et étudiants ont l’air satisfait du site. Les bons retours nous confortent dans le fait que les besoins ont été assez bien couverts. Et c’est une très belle reconnaissance du travail que nous avons tous fait. Ma formation initiale de psy m’a aidée dans ce projet, notamment pour reconnaître les enjeux, identifier ce qui se cachait derrière des demandes ou des problématiques qui se sont posées à nous et mener certains groupes de travail. Et les six années passées à la Formation continue m’ont aussi aidée, je connaissais l’organisation générale de l’Inalco et la plupart de mes interlocuteurs. Ne pas les connaître m’aurait contrainte à une autre approche. Là, je savais exactement à qui m’adresser pour trouver les personnes ressources, contrairement à un chef de projet qui serait venu de l’extérieur.
 
 
FORMATION CONTINUE DE L’INALCO… ET ENSUITE ?
 
Vous avez mentionné votre passage à la Formation continue de l’Inalco, pouvez-vous nous en dire plus ?
 
Je travaillais à l’université Paris-Dauphine lorsqu’on m’a informé que l’Inalco cherchait quelqu’un pour son service de formation continue. Je vous avoue que je ne connaissais pas l’Inalco, ni Langues O’. À cette époque, j’étais aussi animatrice de centre de loisirs et animatrice plongée et, le jour de mon entretien avec Catherine Mathieu, je venais directement de l’un des centres. J’ai fait irruption dans son bureau avec de la peinture multicolore sur le pantalon, les cheveux en bataille et… j’ai été prise !
 
J’ai donc commencé au centre Riquet en septembre 2004, au milieu d’une équipe très restreinte. J’étais coordinatrice pour les cours du soir, pour les demandeurs d’emplois puis pour les stages individuels à la carte. Sur ce type de poste, il faut entretenir ses contacts avec les entreprises et savoir identifier rapidement les besoins puis la personne qui pourra répondre à la demande. Les demandes sont parfois très spécifiques et souvent orientées sur l’acquisition d’une compétence pratique et l’enseignement n’est pas tout à fait celui que l’on entend par « classique » ou « universitaire ». Nous faisions appel aux enseignants dans les départements de l’Inalco mais il faut savoir que les enseignants de la FC ne sont pas forcément ceux de la formation initiale.
 
Dix ans à l’Inalco, deux postes très bien identifiés avec des évolutions riches, qu’est-ce qui vous attend maintenant ?
 
Mes futurs objectifs portent sur l’évolution des TICE à l’Inalco, l’accompagnement des enseignants et l’utilisation des TICE dans ce qu’on appelle la « pédagogie innovante ». À l’Inalco, on commence à voir émerger de nombreux projets de formations hybrides (moitié en présentiel, moitié à distance) ou même entièrement à distance. Une de ces formations a très bien fonctionné cette année, celle en inuktitut avec Marc-Antoine Mahieu (http://www.inalco.fr/langue/inuktitut). Et d’autres projets sont à venir, par exemple un grand MOOC autour de neuf langues porté par Luc Deheuvels ou le swahili à distance porté par Odile Racine. Je vais donc me recentrer là-dessus.
 
On a donc les moyens techniques et quelques expériences positives, y-a-t-il une volonté politique de se servir des TICE ?
 
Depuis quelques années, il y a effectivement un fort élan politique qui soutient l’utilisation des TICE, mais des enseignants aussi, sur des initiatives personnelles, sont porteurs de projets. Nous sommes juste les supports qui les aident à les mener à bien. En effet le besoin est réel, surtout sur les langues à petit effectif : en présentiel, on perd des étudiants, parce que ce public est très mobile ou très dispersé, parfois moins fidèle et souvent actif ailleurs. Avec les TICE et l’enseignement à distance ou hybride, on peut prendre en compte leurs contraintes tout en proposant un enseignement de qualité.
 
À nouveau, votre rôle sera de faire le lien, via ces formations hybrides, avec des étudiants qui profitent aussi de leur temps de formation pour aller dans leur pays d’étude. Ainsi, on ne les « perd » plus quand ils sont ailleurs géographiquement.
 
En effet, ils ne sont plus « déconnectés », continuent à suivre les cours et restent lié à la classe. Mais cela peut aussi être utile en présentiel, avec les étudiants en décrochage, en licence surtout. Je pense au travail que fait Yoann Goudin en coréen : il a construit seul son espace de cours sur Moodle et chaque semaine, il met à disposition de ses étudiants la captation sonore de son cours, le diaporama en PDF, des devoirs à rendre avant la séance suivante et des corrigés. Avec l’ajout de ressources complémentaires, ses étudiants sont stimulés, motivés, communiquent entre eux, avec lui aussi, et s’ils décrochent à un moment, ils peuvent se rattraper grâce aux contenus en ligne et à l’aide des autres étudiants de la classe. Ces usages se développent de plus en plus, ou sont parfois plus simplement en « cours d’envie » chez certains de nos collègues !
 
Prendre en main des outils comme Moodle, créer des contenus et surtout réfléchir sur sa pratique pédagogique est un investissement qui demande du temps, en plus de la préparation du cours, mais le résultat peut aller au-delà de nos espérances. Désormais, il faut se lancer !
 
 
 
 

Mathias Ramsamy, gestionnaire EMICC

 

Mathias Ramsamy portrait
Mathias Ramsamy, Gestionnaire EMICC, portrait.

  
  
Quelle a été votre formation initiale, votre parcours avant l'Inalco ?

J’ai fait toute ma scolarité en Alsace. Après un échec au baccalauréat, j’ai travaillé dans le milieu hospitalier tout en étant inscrit en tant que candidat libre afin de repasser les épreuves du Bac. La même année, j’ai également suivi des enseignements de japonais en cours du soir.

Après votre découverte du japonais, c’est le coréen qui vous attire ? Pourquoi ?

Après l’obtention de mon diplôme, j’ai quitté la région alsacienne pour venir étudier le coréen à Paris, à l’Inalco ; plus précisément à Clichy. Pourquoi le coréen ?! Simplement parce que c’est le voisin du Japon mais également pour la fluidité de la langue. Je l’ai découverte par un ami pendant les séances de japonais et, pour la civilisation, je l’ai apprise à l’Inalco puis via un réseau coréen.
 
Cependant, avant d’entreprendre les études, je m’étais rendu en Corée. Pour la petite histoire, après avoir quitté mon emploi dans le milieu hospitalier, j’ai de suite acheté des billets d’avions pour me rendre en Corée. Je ne parlais ni anglais ni coréen. Je n’avais pas préparé mon voyage et je suis parti à l’aventure.
 
Avant même d’avoir touché le sol du Pays du Matin calme, j’ai sympathisé avec mon voisin d’avion coréen qui m’a tout de suite proposé de m’aider. Mon voyage a été une aventure enrichissante car j’ai pu apprendre énormément, sur la culture et la tradition coréennes. J’ai renouvelé l’expérience en séjour de 3 semaines et demie dans deux familles coréennes. L’immersion totale est une riche expérience.

C’est effectivement une aventure ! D’autres découvertes ?

Par le biais de l’Inalco, j’ai pu me faire des amis venant de tout horizon et je me suis dit pourquoi ne pas profiter de la richesse de l’Inalco pour apprendre une nouvelle langue. J’ai alors choisi le persan. Une toute autre manière de voir les choses et d’apprendre.
 
Bien évidement du fait de mes origines réunionnaises, je parle et comprends le créole réunionnais. Je suis également une formation d’anglais grâce à l’Inalco.

Votre goût pour les langues n’est donc pas né à l’Inalco. Comment s’est passée votre arrivée dans notre Institut ?

Lorsque je suis arrivé à l’Inalco–Clichy, l’adaptation a été un peu difficile car j’étais sorti du cadre scolaire depuis un moment. Retrouver une discipline de travail n’a pas été facile. J’ai eu la chance de pouvoir travailler bénévolement pour l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) puis j’ai également eu des petits jobs étudiants dans des cafés par exemple… C’est après ces diverses expériences que j’ai eu l’opportunité de travailler en tant que vacataire administratif à la direction des études pour les inscriptions, puis on m’a proposé un poste de secrétaire pédagogique pour le département d’Asie du Sud-Est, Asie du Sud, Pacifique et Haute-Asie en parallèle de mes études. Et me voilà maintenant sur un poste d’assistant EMICC et chargé de communication pour le service des Relations internationales de l’Inalco.

En quoi consistent vos missions au sein du Master EMICC ?

J’ai à ma charge la mise en place du Master de formation Interculturelle européen, l’EMICC, qui est accueilli à l'Inalco cette année. Je gère la partie logistique du programme : organiser les réunions, l’accueil des étudiants, l’accueil des enseignants, etc.
Je m’occupe également de la communication des relations internationales, la diffusion des emails pour les étudiants, l’organisation des délégations et je suis en renfort de mon collègue Stéphane Londéro pour les inscriptions administratives et pédagogiques des étudiants ERASMUS, internationaux et étrangers.

Comment parvenez-vous à suivre vos cursus et votre vie professionnelle simultanément ? Ajoutez-vous, en plus, d’autres activités au sein ou en dehors de l'Inalco ?

Malheureusement ou heureusement, j’ai une vie bien remplie et bien chargée. En plus de ma double licence et de mon travail au sein de l’Inalco, j’ai bien sûr d’autres activités. Avec une amie, nous nous sommes lancés pour défi le semi-marathon de Paris en 2015 !
  
J’ai longtemps été impliqué dans la vie associative de l’Inalco, notamment, lors de la création d’O’Korea en 2012 par les étudiants de la section coréenne. Cette association a pour but de promouvoir la culture et les traditions de la Corée par le biais de différentes activités et événements organisés par nos partenaires ou par l’association elle-même.
   
En novembre 2012, j’ai travaillé sur le festival Asian Passion à la demande de Magali Godin (chargée, entre autres, des actions culturelles de l’Inalco à la direction de la communication), festival qui a duré cinq jours très intenses.
   
J’ai également travaillé à deux reprises au service de la Formation continue pour le JLPT et au département Chine pour l’événement Le Pont de la Chine. Par ailleurs, j’ai participé à la préparation de la Journée Inalculturelle 2012 lorsqu’il y avait Romane Riou, en service civique de Sorbonne Paris Cité, avec les autres associations de l’Inalco lors de journées culturelles ainsi qu’au spectacle Danse du monde qu’organise chaque année le Bureau des Étudiants de l’Inalco.


   

Michael Lucken, professeur Histoire, Arts et histoire de l'art du Japon

Michael Lucken, lauréat du prix Thiers 2014 de l’Académie Française

 
Michael Lucken
Michael Lucken, historien du Japon, professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Paris), lors de sa conférence à l’UNIGE le 6 mai 2014.
 

Quelle a été votre formation initiale, votre parcours avant l'Inalco ?

Après le bac obtenu en 1986, je ne voulais pas devenir enseignant comme mes parents. Je souhaitais travailler dans le marché de l’art contemporain. J’ai fait une école privée de management culturel, et j’ai parallèlement commencé à acheter des œuvres à de jeunes artistes, faire un peu de courtage, faire des stages chez des commissaires priseurs.

Comment s’est fait votre découverte de la langue et de la culture japonaise ? 

En 1988, j’ai commencé à apprendre le japonais en cours du soir à l’Inalco (Dauphine). Certains de mes enseignants sont devenus mes collègues. En 1992, après un an de service militaire, je suis parti au Japon avec une bourse du gouvernement japonais pour faire des recherches sur le peintre Kishida Ryūsei (1891-1929) dans la section d’histoire de l’art de l’université Waseda. À Tōkyō, j’ai continué à fréquenter le monde des galeries, des ateliers d’artistes et du marché de l’art, mais j’ai aussi pris goût à l’écriture et à la réflexion intellectuelle.
 
À mon retour en France, j’ai décidé de me consacrer à l’enseignement et à la recherche. De 1994 à 1998, j’ai travaillé au bureau parisien de la Fondation du Japon où j’ai collaboré au lancement de la Maison de la culture du Japon à Paris. En 1999, j’ai soutenu une thèse sur la politique artistique japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale sous la direction de Jean-Jacques Origas.

Votre arrivée à l'Inalco comme enseignant a eu lieu en quelle année ? Quel a été votre parcours ensuite ?

J’ai commencé à enseigner à l’Inalco en 1998 comme ATER. J’ai été nommé MCF en 2000, puis PU en 2006. Je vous renvoie à ma fiche personnelle sur le site de l’Inalco pour ce qui est de mes responsabilités actuelles et principales publications.

En tant que chercheur, quels sont vos axes de recherche ? Sur quoi porte votre travail de recherche ?

Bien que je fasse partie de la première génération ayant grandi avec les dessins animés japonais, je n’ai pas commencé à étudier la langue japonaise par passion. La passion est venue dans un deuxième temps avec l’apprentissage de la langue, la connaissance du pays et de sa culture. C’est peut-être la raison pour laquelle je me définis aujourd’hui comme un historien des ressemblances, des convergences, ce qui ne signifie pas que je nie la différence, mais que je refuse de la poser a priori. De façon générale, je m’inscris dans un mouvement qui vise à faire des réalités extra-occidentales des objets ordinaires du savoir.
 
Ma formation artistique m’a donné le goût des objets. De là vient mon intérêt pour les sources d’époque, les vieux documents, en particulier ceux de la Seconde Guerre mondiale dont je n’analyse pas uniquement le contenu, mais aussi la forme et la réception. J’ai par ailleurs toujours beaucoup lu, notamment des livres de philosophie et de poésie.

D’où votre ouvrage Les Japonais et la guerre, récemment primé...

Mes différents travaux sur l’histoire culturelle du Japon en guerre m’ont amené à décrire des phénomènes très proches de ce qu’on trouve en Europe et aux Etats-Unis, notamment en termes d’organisation et de valeurs. Dans Les Japonais et la guerre 1937-1952 (Fayard), pour lequel j’ai reçu le prix Thiers 2014*, je montre par exemple l’importance du mouvement et des idées romantiques dans le bellicisme nippon. L’étude de cette période de crise dont tout le monde connaît les grands épisodes, à commencer par les opérations kamikaze et les bombardements atomiques, permet de découvrir que la modernité japonaise est une modernité à part entière et que les choix faits par les Japonais sont loin d’être incompréhensibles, contrairement à ce qu’on a longtemps écrit.
 
L’autre grand axe de ma réflexion est d’ordre à la fois esthétique et politique. Il s’agit de comprendre comment le Japon — et à travers le Japon les pays extra-occidentaux en général — s'est adapté au système moderne qui valorise la création et rejette l’imitation. L’art japonais, tout en acceptant l’idée de progrès et d’innovation, cherche constamment des dispositifs de type mimétique pour subvertir cette logique. Or ce qui est paradoxal, c’est qu’il trouve dans cette réaction même le ferment de son dynamisme. Il y a là quelque chose à méditer pour un pays comme la France.
 
 
*Le prix Thiers est un prix d’histoire remis chaque année par l’Académie française. C’est la première fois qu’il est attribué à un ouvrage portant sur un sujet non occidental.
 
 
Prix de l’Académie française 2014 - Prix Thiers pour Les Japonais et la guerre (1937-1952), Paris, Fayard, Collection : Divers Histoire, 400 pages, ISBN-13: 978-2213661414. 
Michael Lucken Les Japonais et la guerre
Première et quatrième de couverture du livre de Michael Lucken, Les Japonais et la guerre (1937-1952), Paris, Fayard, Collection : Divers Histoire, 400 pages, ISBN-13: 978-2213661414.




 

Clotilde Trouvé, archiviste

Clotilde Trouvé, le toucher historique avant tout

 
Clotilde Trouve
 

Quelle a été votre formation initiale ?

Je n’ai pas toujours voulu être archiviste ; jusqu’à mes 20 ans, je voulais simplement étudier l’histoire, la littérature, les langues anciennes (latin, grec) : un joli cocktail saupoudré d’un peu de philosophie, mais pas trop. Le monde professionnel pointe son nez et me voilà à classer des photographies aux archives départementales et à courir dans les magasins d’archives pour apporter les registres aux lecteurs impatients. Ce qui m’a surtout impressionnée, c’est le droit que j’avais de toucher les archives. Jusqu’à ce moment-là, j’en avais vu des archives, des manuscrits lors d’expositions qui étaient bien protégées dans leur vitrine de verre. Dans la réserve, tout était directement accessible, avec une odeur très particulière et attachante. Mon choix est fait : je serai archiviste ; rien de plus simple : un parcours à l’université avec pour finir un master 2 professionnel « métiers des archives ».

Un avant Inalco ?

A la sortie de l’université, j’ai tout de suite été embauchée. En réalité, l’école où j’avais réalisé une partie de mon stage m’a proposé de mettre en place les préconisations et les procédures d’archivage que j’avais élaborées pendant cette période. Cette école, La fémis, forme aux métiers du cinéma (réalisateurs, producteurs, scénariste, image, son, montage) ; en somme j’ai exercé mon premier travail dans un bouillon de culture et de jeunesse, propre à passer en douceur du stade d’étudiante au profil de professionnelle. Une de mes activités pendant ces trois mois a été le classement des dossiers des étudiants de l’IDHEC et de La fémis : avoir en main les différents travaux cinématographiques d’un certain Costa-Gavras ou d’un François Ozon, est une récompense d’une semaine passée dans un local sans fenêtre au -2Bas de l’immeuble. De ce début de carrière, je garde un souvenir marquant.

Début 2010, je passe en administration centrale au Ministère de la Culture. Après l’audit, il s’avère que les agents n’avaient pas archivé depuis 20 ans ! Ma mission était donc de faire prendre conscience aux personnes qu’il fallait archiver et pas n’importe comment. Ma meilleure technique pour y arriver : mettre la main à la pâte avec eux. Après une semaine où j’allais patiemment voir les différents services pour leur demander où ils en étaient, le pôle du fonds de modernisation à la presse me demande de venir les aider... C’étaient les dossiers de candidatures des maisons de presse pouvant obtenir un financement public au titre de la modernisation de la presse, le volume : 3 armoires pleines. En une après-midi, tout fut conditionné dans les boites, répertorié, inventorié, étiqueté et les armoires vidées.

Le bruit se répand comme par magie : « en fait, l’archivage ça ne prend pas trop de temps et qu’est-ce que cela libère comme place… ». La mécanique est enclenchée. Bref, l’archiviste c’est la personne qui fait de la place et qui a accès aux lieux secrets (il y avait un minuscule bureau dans lequel personne ne rentrait, car il était rempli d’archives d’un service qui n’existait plus, j’étais alors la seule personne autorisée à y entrer).

Pourquoi l’Inalco ?

Après un rapide passage à l’école militaire, je me retrouve « l’archiviste » de l’Inalco. Pour moi, l’Inalco m’a permis de me replonger dans un univers culturel de production et diffusion des savoirs et du patrimoine les plus divers. A l’Inalco, on pourrait m’appeler la « Miss Boîte » : on me voit dans les couloirs avec un chariot rempli de boites, on me demande des boîtes vertes, souvent des boîtes blanches pour les copies d’examen, et quelques fois des boîtes marron. Ou alors la « Miss brique » en raison du petit nom donné à la publication présentant des documents d’archives.
 
Mais concrètement, entre la boîte d’archives et les briques, il y a tout un travail de classement, de gestion des espaces de stockage, de recherches qui se fait souvent dans l’ombre de la rue de Lille ou dans la salle de lecture des Archives nationales.

Pourquoi vous investir à l’Inalco ?

Lorsque je suis arrivée à l’Inalco, le grand chantier était le regroupement physique des services au Pôle des langues et civilisations. J’ai compris que c’était un moment que des générations d’enseignants, d’administratifs et d’étudiants avaient désiré depuis 1968 ; et je pouvais vivre cet instant « historique » ; mon cœur d’archiviste n’a fait qu’un bond et aussitôt j’ai adhéré.

Votre implication dans la vie de l’établissement ?

Depuis quelques mois, j’anime au sein de l’association des personnels de l’Inalc/API un atelier couture. C’est une expérience très enrichissante, car toutes les personnes y participant sont motivées, débrouillardes et surtout ont beaucoup d’idées de couture que je trouve géniales. Mon prochain projet : faire un atelier couture pour les hommes !!!
 

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Direction des ressources humaines

65 rue des Grands Moulins
75013 Paris

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L'Inalco recrute
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