Télougou

telougou - Madurima
Le télougou vient après le hindi au nombre de locuteurs parmi les quatorze langues nationales de l’Union indienne.


Langue officielle de l’État d’Andhra Pradesh, le télougou constitue ainsi la deuxième langue régionale de l’Inde, et sa présence demeure très forte en Orissa, au Tamil Nadu, au Karnataka ou à Pondichéry. L'un des plus importants du pays, son cinéma traduit l’importance d’une langue ancrée dans la culture de l’Inde du Sud, et intéresse un très vaste public : « Tollywood » vient après Bollywood au nombre de films produits et, dans le seul Andhra Pradesh, intéresse un public télougouphone supérieur à 7 crores (70 millions). En Inde et dans le monde, les télougouphones excèdent 10 crores (100 millions), avec une diaspora d’un haut niveau d’étude (ingénierie, médecine, recherche) présente dans tous les pays avancés, France ou Allemagne compris, mais surtout anglophones d'abord (U.S.A, G.B., Canada, Australie), ainsi qu'avec une implantation ancienne en Asie du Sud-Est (de Birmanie à Singapour) et dans l’Océan indien (Réunion, Maurice). La mondialisation fait également de l’État d’Andhra une région High-Tech, riche d’ONGs de tous domaines, à Hyderabad comme dans ses villes côtières, bien au-delà des seules métropoles (Vijayawada, Vizag). Les développements de pointe dans la Communication et l’Informatique (IT) font aussi du télougou une langue stratégique, utile aux professionnels du commerce, de la traduction, du développement et de l’international.

Célèbre pour ses qualités esthétiques, cet « Italien de l’Orient » recèle une prodigieuse richesse littéraire dont la composante lyrique fournit une très majeure part au répertoire des chants carnatiques de l'Inde du Sud. En regard, la traduction télougoue du Mahābhārata par Nannayya au XIè siècle inaugura une vaste tradition poétique marquée par l’importance des emprunts à la tradition sanscrite du nord qui se surajoutent aux apports dravidiens originels. Cette influence est toujours vivante, et l’usage alternatif si habituel de synonymes issus des deux langues dans l'idiome commun lui-même, comme la transposition de textes sanscrits dans le script ou les mètres versifiés du télougou, dévoilent parfaitement cette ambivalence spécifique de la tradition āndhra. (Les mots télougou et āndhra en sont un parfait exemple, qui proviennent respectivement des deux origines (dravidienne et sanscrite) divergentes : telugu bhāṣa/āndhra bhāṣa signifient tous deux “langue télougoue”.)

S'il le fallait, on en trouverait une illustration “moderne” dans des textes narratifs ou théâtraux de type populaire, tels le Śrī Satyahariśandriyamu de Balijēpalli Lakṣmikantam ou le Bhīṣma mahātma caritra burrakatha (bhīṣmuḍu) de Malyāla Jayarāmayya tous deux composés dans un style classique dans le cours du XXè siècle.

Dans les traditions populaires orales, mais aussi dans des courants littéraires savants très anciens de la bhakti shivaïte, se développèrent cependant des styles poétiques et des modes linquistiques proches du parler commun qui revitalisèrent régulièrement les racines dravidiennes originelles de la langue. De fait, ces deux grands courants perpétuels s’influencent mutuellement de nos jours encore dans les faits de langue et de littérature, les formes narratives et théâtrales vivantes (harikatha, burrakatha, jamukulakatha, nāṭakam, théâtre d’ombre tōlubommalāṭa, etc.), les hymnes et chants dévotionnels ou… les poèmes révolutionnaires, et nourrissent l’ambivalence dravidienne et sanscrite permanente du télougou. Au-delà, les effets de la colonisation et la mise en valeur de thèmes réformateurs dans les mouvements sociaux modernes et contemporains contribuèrent eux-aussi à une transformation linguistique et artistique, dans tous les genres de l’écrit, avec la réalisation d’une vigoureuse littérature télougoue en prose qui témoigne d'une vitalité assimilatrice et rénovatrice constante de cette langue.


Langue télougoue : méthodes & grammaires de base

ARDEN A.H., A progressive grammar of the Telugu Language, CLS, The Christian
Literature Society, [1873]1975, Madras, pp. 475
BOSSÉ, Olivier & Dina, Manuel de télougou, l'Harmattan, 1990, pp. 467 (ou)
BOSSÉ, Olivier & Dina, Parlons télougou, l'Harmattan, 1994, pp. 444
LISKER, Leigh, Introduction to Spoken Telugu, Spoken Language Services, American
Council of Learned Societies, New York, [1963]1991.
KRISHNAMURTI Bh. & GWYNN, J.P.L., A Grammar of Modern Telugu, Oxford
University Press, 1985.
 

Quelques mots en telougou...

namaskāramanḍi.  mīru  bagunnārā  ?   anta  kulāsēnā  ?  monnanē  mī  gurinci  vinnānu. santōṣam. ayinā, mīru cēsina pani pūrtayindā ? mancidi. mīku oka viṣayam  ceptānu. vinanḍi ! pērisulō, inālkō saṃsthalō telugu nērputāru. cadavaḍam kōsam akkaḍiki tappani sariggā veḷḷāli ! ippuḍu oka padyam vinipistānu. idi vēmannagāri cālā prasiddhamaina padyam. entō baguṭundi, vinanḍi.
uppukappurambu nokka pōlikanunḍu
cūḍacūḍa rucula jāḍavēru
puruṣulandu puṇyapuruṣulu vērayā  !
viśvadābhirāma vinura vēma  !

Bonjour monsieur. Vous allez bien ? La santé est-elle bonne ? J'ai entendu parler de vous tout récemment. J'en suis heureux, bravo. Quoi qu'il en soit, avez-vous achevé ce que vous aviez entrepris ? C'est bien. Je vais vous dire quelque chose. Écoutez ! On enseigne le télougou à l'institut Inalco à Paris. Il faut absolument y aller pour étudier ! Je vais maintenant vous faire entendre un poème. Il s'agit d'un poème très célèbre de Vēmana. Il est si bien. Écoutez !
Camphre et sel tous deux se ressemblent tant
Mais à l'expérience leur goût différent se sent
Les hommes vertueux des autres sont différents
Viśvadābhirāma vinura vēma

Région du monde

Région du monde - Asie et Pacifique
Nombre de locuteurs : Environ 100 millions ou plus