Judéo-Arabe

Le Judéo-Arabe, langue rare, à l'Inalco

Présentation de la langue

Histoire du judéo-arabe

Le judéo-arabe ou parler arabe des communautés juives est un ethnolecte attesté dans tous les pays arabes depuis le Moyen-Âge. Il est une variante des parlers vernaculaires attestant des particularités linguistiques communes aux langues juives. Il ne constitue pas pour autant un parler unique commun mais plutôt des usages dialectaux aussi divers que ceux qui caractérisent les différents groupes arabes. On le retrouve du Maroc à l’Irak en passant par la Libye et le Yémen.

Sa particularité réside dans l’utilisation de nombreux termes hébreux mêlés à un substrat oral arabe. On y retrouve également une longue série de proverbes et d’expressions propres aux communautés juives et souvent un accent particulier attestant des différents mouvements de populations relatifs à l’histoire juive méditerranéenne.

Comme pour les autres langues juives (judéo-espagnol, yiddish, judéo-persan, etc.), le judéo-arabe se note en caractères hébraïques. C’est aussi une langue de littérature, de poésie, et d’essais religieux, idiome des érudits juifs d’Andalousie et d’Irak, comme des populations modestes des quartiers juifs (Mellah) du Maghreb contemporain.

Au XXe siècle en Afrique du Nord, la majorité des locuteurs sont bilingues judéo-arabe / français. Aujourd’hui, les différents parlers arabes des communautés juives sont en voie d’extinction. On les retrouve chez une poignée de personnes en France (Paris, Marseille, Lyon, Montpellier, etc.), en Israël (Ashdod, Netanya, Dimona, Beer-Sheva, etc.), au Maroc (Casablanca, Marrakech, Fès, etc.), en Tunisie (Tunis, Djerba) et au Canada (Montréal).

Le judéo-arabe et la France

À l’arrivée des français, les populations juives d’Afrique du Nord représentent la plus importante minorité religieuse locale. En 1870, le décret Crémieux offre la nationalité française à plus de 35 000 « indigènes israélites ». Le judéo-arabe devient alors la langue de nombreux citoyens français. En 1962, la communauté juive locale, forte alors de plus de 100 000 personne, française depuis plus de 90 ans, rejoins la métropole.

Les juifs du Maroc et de Tunisie seront aussi nombreux à émigrer en France suite aux indépendances de ces deux pays. Le judéo-arabe est alors la langue de famille de plus de 300000 français.

Cette langue est une des dernières attestations de la symbiose culturelle et identitaire des populations juives et musulmanes issues du Maghreb. En ces temps de crispations identitaires et d’opposition des mémoires, les parlers judéo-arabes constituent une passerelle non négligeable entre les communautés, alors que beaucoup s’évertuent à décliner les différences et les désaccords.

 

Enseignement du judéo-arabe

Le judéo-arabe est enseigné dans quelques rares universités israéliennes et marocaines. L’enseignement donné à l’Inalco est unique en Europe et il est en ce sens, indispensable de le conserver tant il représente la possible symbiose culturelle judéo-arabe voire judéo-musulmane.

Cet enseignement se décline en trois niveaux et est disponible en option tant pour les élèves du département d’hébreu que pour ceux du département d’arabe. Il constitue un lieu de rencontre privilégié, c’est une passerelle entre des communautés aux rapports parfois difficiles

L’enseignement porte sur les dialectes juifs d’Afrique du nord. Le but est de faire acquérir aux étudiants une connaissance scientifique des diversités linguistiques qui caractérisent ces parlers et d’aborder ensuite l’étude de la littérature judéo-arabe. Outre l’étude de la langue et de la littérature, l’enseignement permet, grâce à l’analyse de textes, de mettre l’accent sur différents aspects de la civilisation des Juifs du Maghreb, plus précisément aux niveaux historique, sociologique et ethnologique ainsi que sur les relations judéo-musulmanes. 

Cet enseignement s’intègre parfaitement aux études juives comme aux études arabes. Pour les uns, il est langue de famille, attestant de la culture arabe des communautés juives du Maghreb. Pour les autres, il est témoin de la richesse et de la diversité des cultures d’Afrique du Nord.

(Rapport établi le 22-09-2013 par le chargé de cours. M. Jonas Sibony)