Création de la Chaire professorale Inalco-Sheng Yen, pionnière des études sur le bouddhisme dans le monde chinois moderne et contemporain

L'Inalco, soutenu par la fondation Inalco-Langues O' et en partenariat avec la Fondation Education Sheng Yen de Taïwan, vient de créer la Chaire professorale Inalco-Sheng Yen. Cette première chaire en Europe financée par la fondation taïwanaise est la seule à ce jour, à l'échelle internationale, dédiée au bouddhisme dans le monde chinois de l'époque moderne et contemporaine.
Moines au Troisième forum mondial du bouddhisme, Hong Kong, 2012
Troisième forum mondial du bouddhisme, Hong Kong, 2012 © Zhe JI


En février 2021, la Fondation Inalco-Langues O' et la Fondation Education Sheng Yen de Taïwan ont signé la convention de création de la « Chaire professorale Inalco-Sheng Yen pour les études sur le bouddhisme dans le monde chinois moderne et contemporain » pour un premier mandat de 3 ans (2021-2024). Il s'agit du deuxième projet d'envergure de la Fondation Inalco-Langues O', après celui soutenant le diplôme interuniversitaire « Hospitalité, Médiations, Migrations » (septembre 2020), et le premier mis en œuvre dans le secteur de la recherche.

Cette chaire prolonge et complète les activités du Centre d'études interdisciplinaires sur le bouddhisme (CEIB), lui-même rattaché à l'Institut français de recherche en Asie de l'Est - IFRAE (Inalco-Université de Paris-CNRS). Elle est dirigée pour ce mandat par M. Zhe JI, professeur de Sociologie des religions en Chine moderne et contemporaine à l'IFRAE et au département d'études chinoises de l'Inalco, cofondateur et directeur du CEIB. 

Sa création s'inscrit dans la volonté des partenaires de poursuivre et raviver la longue tradition des études sur le bouddhisme en France, et à l'Inalco. Elle vise à promouvoir le champ d'études émergent sur le bouddhisme de langue chinoise à l'époque moderne et contemporaine sous l'angle des sciences sociales. Cette chaire s'intègre dans une complémentarité scientifique avec le CEIB et l'IFRAE et correspond à la politique de l'établissement.

En effet, l'Inalco est le seul établissement en France à proposer, depuis des décennies, des enseignements non-confessionnels sur le bouddhisme, en particulier le bouddhisme chinois, au niveau Licence. La France était déjà le premier pays européen dès le XIXè siècle à travailler sur les études bouddhiques. Depuis 2019, à l'Inalco, le Parcours Religion est un nouveau parcours transversal proposé aux étudiants de licence. A l'instar des grandes universités en SHS en Asie et en Amérique du Nord, l'Inalco a ouvert la voie vers l'étude scientifique du bouddhisme avec la création, en 2016, du CEIB, premier centre de recherche interdisciplinaire dans ce domaine en France, en partenariat avec l'EPHE et le Collège de France. Ce centre est associé aux recherches de l'IFRAE, créé en 2019, sur l'axe "Histoire et sociologie du fait religieux". L'Inalco perpétue ainsi un héritage prestigieux, issu de grands noms de l'enseignement de l'Institut. On compte parmi eux notamment Stanislas Julien (1799-1873), Paul Demiéville (1894-1979), Rolf A. Stein (1911-1999), Catherine Despeux (née en 1945) et Lin Li-kouang (1902-1945), linguiste et bouddhologue d’origine chinoise qui enseigna aux Langues O’ de 1933 à 1944 et auquel la conférence éponyme du CEIB rend hommage.

La Fondation Education Sheng Yen de Taïwan, fondée en 2006 par le moine Sheng Yen (1930-2009), est reconnue fondation privée d'utilité publique par le Ministère de l'éducation de Taïwan. Elle soutient activement les études académiques de haut niveau sur le bouddhisme chinois et bénéficie d'un large crédit à l'échelle internationale pour sa générosité et son respect de l'autonomie scientifique de ses partenaires. Pour exemples, elle soutient différents programmes de bourses et de chaires, non seulement à Taiwan mais également à l'international : elle finance actuellement deux chaires professorales permanentes à l'Université de Columbia (depuis 2006) et à l'Université de l’Etat de Floride (depuis 2011), ainsi qu'une chaire professorale contractuelle à Taïwan (depuis 2016). A travers les activités de recherche portées par le CEIB, elle a financé plusieurs postes de post-doctorant au CEIB entre 2017 et 2020, contribuant ainsi aux études bouddhiques en France.

La Fondation Inalco-Langues O' a pour mission de favoriser le développement de l'Inalco à travers le soutien de projets académiques et stratégiques. Ces projets concernent la recherche et l'enseignement sur les langues et les civilisations, l'influence de l'établissement en France et à l’international, son engagement social, le développement de ses réseaux, l'insertion professionnelle de ses étudiants. Les projets soutenus sont choisis et menés en se centrant sur les initiatives innovantes et en accord avec les valeurs d'ouverture et de diversité de l'Inalco.

Le projet scientifique de la chaire est porté par le professeur Zhe JI, dont les nombreux travaux et projets collectifs internationaux, menés depuis une vingtaine d'années dans le monde chinois, font écho à la politique d'internationalisation de la Fondation.

Son travail de terrain, débuté en 1994, couvre plusieurs municipalités et provinces en Chine, notamment Shanghai, Pékin, le Hebei, le Liaoning, le Jiangxi, le Jiangsu, le Zhejiang, le Fujian et le Gansu. L'étendue géographique et la diversité régionale des données recueillies contribuent à une analyse adaptée à la complexité du bouddhisme et à l’hétérogénéité du monde chinois.

Ce projet propose d'étudier des types de groupes variés, de l’association officielle au réseau informel et clandestin, du monastère « orthodoxe » à des projets initiés par des laïcs. Le terrain ne se limite pas à la Chine populaire, il inclura aussi des groupes basés à Taïwan, à Hong Kong, en Asie du Sud-Est, en Europe et en Amérique du Nord, affiliés aux traditions bouddhiques. L’objectif est d’étudier le bouddhisme chinois dans sa diversité et sa créativité, mais aussi dans sa transversalité géopolitique.

La Chaire aura vocation à :

- renforcer la recherche, l'enseignement et la formation des doctorants au sein du CEIB et de l'IFRAE ;
- recruter des doctorants et attirer de jeunes chercheurs ;
- renouveler et renforcer ses coopérations avec des programmes de recherche français et internationaux et des centres de recherche dans le domaine à l'international ;
- permettre de tisser des relations de complémentarité et de synergie avec les autres chaires de la Fondation existantes aux Etats-Unis et à Taïwan, et le Chung-Hwa Institute of Buddhist Studies (CHIBS, un des principaux partenaires de la Fondation à Taïwan) ;
- créer une revue, publier des ouvrages collectifs et des articles dans des grandes revues, participer et organiser des colloques internationaux, etc.

« Unique et originale, cette chaire devrait marquer l'histoire de la discipline en France, contribuer au rayonnement scientifique et international de l’Inalco et consolider ainsi le statut de l'Institut en tant que « cœur battant de la sinologie française et européenne depuis plus de deux siècles »1. » (Zhe JI)
 

Le projet scientifique de la Chaire 

Objectif
Le projet de recherche pour la Chaire Inalco-Sheng Yen s’inscrit dans la continuité des recherches précédentes de Zhe JI depuis plus d’une vingtaine d’années. L’objectif de cette recherche est d'explorer le processus, les dynamiques et les conséquences complexes des évolutions du bouddhisme chinois dans les contextes de la modernité et de la mondialisation, et, sur cette base, d’analyser de manière approfondie les logiques de changement religieux dans les multiples sociétés du monde chinois contemporain (Chine populaire, Taïwan, Hong Kong et diaspora chinoise).

Approches et thèmes
Les questionnements scientifiques qui sont au coeur du projet se fondent sur un ensemble d’hypothèses et de réflexions issues des travaux déjà réalisés ainsi que sur un certain nombre d’observations et de constatations effectuées pendant des années sur le terrain. Ainsi le projet propose :

- d'analyser comment les acteurs collectifs et individuels mobilisent de nouvelles ressources pour renouveler l’équilibre de leurs rapports relatifs, ce qui modifie en retour le fond du paysage de cette religion. Les études se focaliseront sur les nouveaux centres et réseaux bouddhiques, le fonctionnement des institutions monastiques officielles, les grandes figures bouddhistes, ou encore la formation des élites du clergé.

- de rendre compte de la dynamique interne du bouddhisme et d’étudier la diversification des modes de sociabilité bouddhique. Une partie des travaux seront donc consacrés à l'analyse des enjeux et des stratégies élaborées, dans des contextes sociaux variés, par les groupes bouddhistes, notamment à travers la production et la médiatisation des références symboliques, la gestion de la légitimité et de la mémoire collective ainsi que l’organisation de l’activité des croyants et des pratiquants. En bref, il s’agit d’analyser les nouveaux discours et pratiques bouddhiques, ainsi que la promotion et la légitimation de ces innovations religieuses.

- de replacer le bouddhisme dans le cadre de ses relations avec les autres institutions et forces sociales, en étudiant les tensions, les négociations et les collaborations entre elles. Le changement religieux n’est jamais une affaire purement religieuse, entreprise seulement par des groupes de religieux dévoués et des personnes ayant soif de soutien spirituel et moral ; il relève d’un jeu social complexe dans lequel interagissent à la fois les acteurs religieux et de multiples forces sociales à l’extérieur du champ religieux. Pour le projet présent, une attention sera particulièrement accordée à la relation entre le bouddhisme et la politique.

- d’analyser les conjonctures historiques, afin de mieux contextualiser les évolutions du bouddhisme et de mettre en évidence les principales forces agissantes derrière ces évolutions. Les thèmes de recherche devront donc s'inscrire dans un horizon historique plus large, remontant à l’époque républicaine (1912-1949) et même plus tôt, afin de mieux éclairer la dialectique entre continuité et discontinuité.

- d'étudier aussi le bouddhisme chinois dans le contexte des multiples trajectoires de la modernité chinoise (RPC, Taïwan, Hong Kong) et de la mondialisation.
 
Discours d’Emmanuel Macron, le 8 janvier 2018, Xi’an, Chine.
 

Mots-clés : 

Région(s) du monde

Asie et Pacifique