Axes de recherche

Le projet scientifique global du CERMOM a comme objectif de consolider la transversalité et l'ouverture à l'ensemble des cultures du Moyen-Orient et construire sur la durée un réseau représentatif des relations scientifiques et culturelles ainsi que de faire émerger des sujets innovants en y intégrant les acquis disciplinaires (littérature, linguistique, SHS) ainsi que toutes les cultures environnantes. L’ensemble des projets traite à la fois des éléments culturels et linguistiques d’origine, les créations et continuités médiévales ainsi que les nouveaux modèles caractérisant l’époque contemporaine.

Le projet fédérateur : Rencontres et transferts culturels au Moyen Orient : Hébreu-Arabe / Arabe-Hébreu

Coordinateurs : Masha Itzhaki, Luc Deheuvels et Sobhi Boustani

Le projet 2014-2018 du CERMOM s'appuie sur la création, dès 2011, d'un axe fédérateur principal, Le projet « Rencontres et transferts culturels au Moyen Orient : Hébreu-Arabe, Arabe-Hébreu (HAAH) »,  qui constitue la manifestation du travail transversal et interdisciplinaire caractéristique au CERMOM dans l’ensemble. Chacun des sous-projets inscrits dans HAAH se réfère en même temps aux quatre axes qui structurent l'ensemble des activités de l'équipe, mais ont comme particularité de mettre en regard une lecture multiculturelle des phénomènes traités.

Ce projet s’est construit sur la base de phénomènes d’échange qui expliquent bien sa dénomination, d’abord lors du passage de la Bible et des traditions juives au Coran et aux traditions islamiques, ensuite lors de l’adaptation des nouveaux genres et formes arabes de leurs transformations par la culture hébraïque, qui va servir de relais vers la culture occidentale, jusqu’à la rupture et l’élaboration de nouveaux modèles.

Sous-projets HAAH

I.          Emergence d’une grammaire culturelle

1. De la Bible et des traditions juives au Coran et aux traditions islamiques : la figure noachique 

Responsables : Viviane Comerro et Jules Danan

2. Emergence, Evolution et transfert de la Raison grammaticale : de la 'arabiyya à la grammaire hébraïque Responsables : Georgine Ayoub et Judith Schlanger                               

3 . L’art poétique, genres et rythme : la qadisa – d’une langue à l’autre

Responsables : Masha Itzhaki et Hachem Foda

II.         Les enjeux des traductions philosophiques de l'arabe vers l'hébreu et de l'hébreu vers le latin, au Moyen-Âge et à la Renaissance.

Responsable : Alessandro Guetta avec Silvia Di Donato

III.        Si proches, si éloignées : Le statut, les réseaux d’enseignement, les pratiques linguistiques de l’arabe enseigné en Israël et de l’hébreu enseigné dans le monde arabe.

Responsable : Il-il Yatziv-Malibert

IV.        L’expression artistique multidisciplinaire d’une quête identitaire dans un contexte conflictuel

Responsables : Masha Itzhaki, Sobhi Boustani et Luc Deheuvels 

V.         Les mouvements contemporains de traduction littéraire entre l’arabe et l’hébreu

Responsables : Elisa Carandina et Sadia Agsous.

 

Axe n° I : Renouvellements de l’écriture

Responsables : M. Itzhaki, S. Boustani et L. Deheuvels

Les renouvellements dans les littératures modernes et contemporaines (arabe, hébraïque, turque)

Les différentes littératures du Moyen-Orient ont pris leur envol à la fin du XIXe siècle. Ceci se traduisit par une diversification rapide tout au long du vingtième siècle jusqu’à nos jours. Les premières décennies de cette période furent particulièrement décisives. Cet axe porte un regard à la fois transversal et aréal sur la production littéraire dans cette région du monde en tant que vecteur de la modernité et de la transformation des sociétés.

Dans le cadre du nouveau contrat l’essentiel d’activités de cet axe s’intègre dans le cadre du projet fédérateur HAAH. 

 

Axe n° II : Langues et linguistique

Responsable : G. Ayoub et I. Yatziv-Malibert

L'axe linguistique du Cermom  regroupe les collègues linguistes enseignants-chercheurs de l'équipe et les doctorants, engagés sur des langues différentes (arabe littéraire, arabes dialectaux, hébreu moderne et classique, judéo-espagnol, turc, yiddish et persan). Outre une forte participation dans les sous-projets d’HAAH, cet axe englobe des recherches linguistiques transversales (Langues et sociétés) ainsi que aréales (lexiques et dictionnaires) .

 

Axe n° III : Relecture de l’héritage classique

Responsables : M.-C. Varol et A. Chraïbi

Cet axe comporte plusieurs projets transversaux essentiels qui s’enracinent dans l’antiquité et la culture médiévale telle qu’elles ont pu se constituer, en amont, sous l’influence des civilisations aussi bien indienne, persane que proches-orientales et, en aval, en affectant à leur tour la culture de la péninsule ibérique (Andalousie) puis l’Europe de la Renaissance jusqu’au siècle des Lumières. Ce sont des projets d’une certaine ampleur qui s’inscrivent dans la durée. Leurs corpus, s’appuyant respectivement sur l’hébreu et l’arabe, comme on le verra d’après les projets engagés, sont fortement liées et éminemment transversaux et comparatistes, permettant d’intégrer certaines de leurs activités au Hébreu-Arabe/Arabe-Hébreu.

 

Axe n° IV : Des sociétés pré modernes aux sociétés contemporaines

En collaboration avec HSTM

Responsables : C. Jaouen Mayeur et M. Bozdemir

 

Les recherches menées par les différents membres de l’équipe s’orientent autour de  trois volets :

I.          Le discours religieux face aux pouvoirs

II.         Sources et effets de la modernité dans le monde du Proche Orient et le Maghreb

III.        Migrations et transmissions sociales et familiales.

 

Projets financés

I.          Les Mille et une nuits : Sources et Fonctions dans l’Islam Médiéval Arabe (MSFIMA, projet ANR)

Coordinateur Aboubakr Chraïbi

Les Mille et une nuits représentent, après le Coran, le livre le plus remarquable de l’islam médiéval, le plus complexe sur les plans culturel et idéologique, le plus influent aussi. Elles ont marqué la littérature et le cinéma du monde. Elles sont, à partir du XVIIIe siècle, au cœur de l’orientalisme. Cependant, en dépit des travaux réalisés ces trente dernières années, des aspects fondamentaux des Nuits demeurent inconnus : leurs sources et leurs fonctions premières. La majorité des manuscrits des Nuits est en effet inédite (à environ 85%), sans parler des manuscrits analogues. Et pour les contes édités, il existe peu de moyens pour savoir si le texte dont on dispose est  complet ou lacunaire, libre ou censuré et, plus généralement, de quel mouvement littéraire, idéologique ou artistique il relevait à l’origine. Nous savons par certains échantillons en circulation combien cette littérature s’opposait aux normes habituelles du monde médiéval, ne serait-ce que par la figure de Shahrazâd. Or de nombreux personnages de ce genre dorment encore dans les manuscrits. C’est d’un véritable mouvement littéraire qu’il s’agit, et c’est un pan entier d’un autre islam, comme civilisation, qui est concerné par ces textes. Leur publication apportera un éclairage nouveau, en termes de diversité, de créativité, d’une plus grande liberté de penser et de concevoir.

Objectifs :

L’objectif du projet MSFIMA est de créer une base de données qui réunit les sources des Mille et une nuits et les textes analogues, en somme l’ensemble d’une littérature médiane inédite, ainsi que les variantes populaires et savantes,  puis de  proposer une interprétation de ce nouveau corpus en relation avec la société de l’islam médiéval arabe, au sens où il y est fait usage de la langue arabe : quelles étaient les fonctions de cette littérature ? Quelles leçons et quelles visions du monde induisait-elle ?

La base de données sera constituée de trois matières, chacune d’un genre différent :

1 - une matière centrale nouvelle qui servira de référence : les manuscrits des Mille et une nuits et les recueils dits analogues, selon la terminologie de David Pinault, qui forment une littérature médiane, inexplorée comme telle jusqu’à ce jour, en arabe moyen ;

2 – une matière périphérique plus savante : les livres d’auteur en arabe classique, tels qu’ils ont été répertoriés en partie par Chauvin et l’Arabian Nights Encyclopedia et qui partagent certains schémas d’intrigues avec des contes des Mille et une nuits ;

3 – une matière périphérique plus populaire : les contes arabes dans les dialectes régionaux auxquels s’applique la nomenclature d’Aarne et Thompson et de Hasan El-Shamy, et qui partagent, là aussi, le même schéma d’intrigue avec les contes des Nuits.

Réalisations :

La base de données est en soi un apport inestimable. Elle sera installée à la BULAC, qui a donné son accord pour en assurer une conservation et une diffusion pérennes. En outre, trois publications dans la revue internationale Arabica (Brill, Leyde), qui a également donné son accord de principe, viendront marquer l’état d’avancement du projet, présenter et interpréter les informations réunies et leur assurer une large diffusion.

Les publications concerneront (1) le nouveau corpus des Nuits, (2) l’ensemble d’une littérature arabe médiane qui intègre les Nuits, (3) le rapport de cet ensemble avec la civilisation qui le prend en charge. Notons qu’à partir de là, la voie sera ouverte sans autre effort financier à une édition critique du corpus de la littérature arabe médiane en général et des Mille et une nuits en particulier.

Partenaires :

  • Abdallah Cheikh-Moussa (U. Sorbonne-Paris 4)
  • Abdallah Ouali Alami (U. Sorbonne Nouvelle-Paris 3)
  • Arianna D'Ottone (U. Rome Sapienza)
  • Delio Proverbio (Bibliothèque du Vatican)
  • Geneviève Humbert (CNRS-IRHT)
  • Ibrahim Akel (INALCO, Paris)
  • Jean-Patrick Guillaume (U. Sorbonne Nouvelle-Paris 3)
  • Jérôme Lentin (INALCO, Paris)
  • Ulrich Marzolph (Académie de Göttingen)

 

Calendrier :

Le projet a démarré le 1er janvier 2012. Son financement est prévu sur 48 mois, jusqu'au 31 décembre 2015, selon le diagramme suivant :

A partir du 1er janvier 2016, l'ensemble des textes étant disponible, il deviendra possible de lancer le travail d'édition critique, au rythme d'une dizaine de contes par an/personne, dont la durée précise, vu le volume très important de la matière à traiter (plusieurs centaines de contes), dépendra du nombre de partenaires. Il est certain, cependant, qu'à chaque étape, le travail réalisé, représentera un acquis significatif, qui pourra servir de point d’appui pour les travaux suivants et qui sera, en soi, extrêmement précieux pour une meilleure connaissance de la littérature médiane de type les Mille et une nuits et de ses relations avec l'islam arabe médiéval en tant que civilisation.

 

 

II.         ALIENTO (Analyse Linguistique, Interculturelle d’ÉNoncés sapientiels et de leur Transmission Orient / Occident et Occident / Orient (Projet ANR  dès 2014).

 (Nancy II et CERMOM; Responsable CERMOM : Marie Christine Varol, Responsable Nancy II : Marie-Sol Ortola)

 Le projet ALIENTO existe depuis 2008. Il est intégré à l’axe 2 (« Langues –Textes – Documents ») de la MSH Lorraine . À ce titre il a été évalué et financé dans le cadre du CPER (État-Région Lorraine), Pôle de Recherche Scientifique et Technologique « Homme et Société ». Il a été également financé et soutenu par les Conseils Scientifiques de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO - Paris) et de l’université Nancy 2

Projet d’ANR Corpus déposé en oct. 2011 et classé 6eme sur la liste supplémentaire. 

Le projet prévoit entre 2011 et 2014 / ou 2012 – 2015:

- la constitution d’une bibliothèque de textes numérisés encodés en TEI et disponibles en ligne sur le site du CNRTL

- l’annotation par balisage des énoncés sapientiels brefs contenus dans 8 textes (en espagnol, hébreu, catalan, arabe, latin) soit 582 pages avec un total d’unités de 9570 énoncés;

- le croisement par calcul de ces énoncés et la publication des résultats de ces croisements, notamment par le biais d’une plate-forme de questionnement trilingue établie par le CNRTL en concertation avec les chercheurs.

Dans le cas où le projet est financé par l’ANR, de 2015 à 2018 de nouveaux textes (actuellement pris en charge par des collaborateurs étrangers) seront entrés dans la Bibliothèque ALIENTO en ligne, les énoncés sapientiels d’oeuvres du corpus ALIENTO seront annotés et croisés avec les énoncés existant et ils viendront enrichir la base de données; une attention particulière sera apportée aux textes sources en amont du corpus; la méthodologie sera expérimentée sur des corpus appartenant à la postérité des oeuvres sapientielles médiévales; des liens seront étudiés et établis entre la base de données ALIENTO et les bases de données apparentées (CASG, DicAuPro...); Dans le cas où le projet ne gagnerait pas de financement ANR, le traitement des textes et des énoncés sapientiels brefs serait ralenti (notamment en ce qui concerne les textes arabes et hébreux pour lesquels des contrats de post-docs sont envisagés) et la nature du corpus serait en partie modifiée par le recours aux seuls chercheurs et doctorants associés au projet et ayant en charge un corpus. Nous visons l’appariement de 10 000 énoncés à l’horizon de 2018. Le projet se poursuivrait au rythme actuel de 2 à 3 journées d’études par an, un colloque international avec 1 journée d’ateliers par an, 1 à 2 n° par an de la revue Aliento – Echanges Sapientiels en Méditerranée. Le financement repose sur l’axe 2 de la MSH Lorraine, La Région Lorraine, le CS de l’Université de Lorraine, le CERMOM, le CS de l’INALCO.

Liste des universités impliquées : Inalco, Université Nancy II, Université Paris 8, Ca Foscari (Venise), Bari (Italie), Complutense (Madrid), UNED (Madrid), Valencia (Espagne), Vitoria (Espagne), Ben Gourion (Israël), Bar Ilan (Israël), Halle (RFA), Trier (RFA) et CSIC (Madrid & Grenade), ATILF (CNRS - Nancy) et MSH Lorraine .

 

III.        Si proches, si éloignées : Le statut, les réseaux d’enseignement, les pratiques linguistiques de l’arabe enseigné en Israël et de l’hébreu enseigné dans le monde arabe. (Projet PRES-IDEX SPSE)

 (Responsable : Il-il Yatziv Malibert)

Les similitudes linguistiques entre l’hébreu et l’arabe n’ont plus besoin d’être démontrées dans le monde de la recherche scientifique.  Le progrès  déjà ancien de la grammaire comparée et plus récent de la démarche typologique ont conduit à démontrer que ces deux langues font partie de la même famille afro-asiatique ou historiquement reconnue comme sémitique) cf.Pléiade, CorpAfroAs ). Malgré leurs évolutions distinctes au cours de l’histoire et leur statut inégal du point de vue géographique, ces deux langues  partagent en commun de caractéristiques langagières comme les racines et les schèmes verbaux et nominaux, les consonnes gutturales ou emphatiques, le système verbal basé sur la distinction entre flexion préfixale et flexion suffixal pour ne mentionner que certains traits. 

Ces faits restent confinés dans les articles et ouvrages scientifiques et le public des apprenants n’est pas toujours conscient de cette si grande proximité entre les langues. Les motifs politiques ne sont pas la première cause de cette méconnaissance. 

Ce projet souhaite, et c’est pour cela qu’il est ambitieux mais également pionnier, offrir un bilan panoramique le plus vaste possible,  le plus transparent possible et le plus actuel possible sur le statut de l’hébreu dans les pays  arabes et de l’arabe en Israël, les réseaux d’enseignement ainsi que les acteurs principaux de l’hébreu dans les pays arabes et  de l’arabe en Israël. L’objectif principal est de déployer les mêmes grilles de description pour ces langues.

Cet état de lieux qui se veut exhaustif  s’attachera à présenter les lieux d’enseignement, les profils d’enseignants et d’apprenants et la diversité des méthodes actuelles afin de faire apparaître la richesse des situations. 

Pour ce faire, il faudrait créer une équipe de pilotage du projet qui réunira dans un premier temps  des chercheurs en linguistique hébraïque et arabe,   des chercheurs en sciences politiques et en  sociolinguistique, des spécialistes en pédagogie des langues ( français et étrangers ainsi que des enseignants locaux, des décideurs ( inspecteurs, responsables des programmes ) autour d’un questionnement sur la définition des critères et des catégorisations qui permettront la comparaison des situations et des pratiques langagières.

La  rencontre et les échanges des deux mondes parallèles donneront lieu  à au moins deux résultats apparents et concrets :

Le premier étant pédagogique-  la création d’un réseau d’enseignants et de formateurs proposant des échanges et des formations conçues en commun par des spécialistes des deux langues.

Le deuxième  étant la publication d’un ouvrage dressant  un état des lieux scientifique de l’enseignement de ces deux langues toujours sur des bases de travail communes et semblables.  Cet ouvrage mettra  à la disposition des chercheurs et de publics plus larges des données socio-politico-linguistiques documentées ainsi que les enquêtes préalables qui ont permis la collecte des informations dans des situations sociolinguistiques uniques.

Une des originalités du projet tient au fait que l’équipe des collaborateurs ou des co-responsables se définira et s’élargira au fur et mesure de l’avancement du projet. Quelques participants français et étrangers  sont connus dès maintenant et ont manifesté leur intérêt dans le projet. D’autres se feront connaître progressivement avec la définition de plus en plus précise du cahier de références (cf. ci-dessous).