Axes de recherche

Circulation, échanges et confrontation des modèles économiques, politiques ou sociétaux sont plus que jamais au cœur de notre projet.

La recherche collective des membres de l’unité ASIEs pour le quinquennal 2014-2018 s’articulera en six grands axes, dont cinq sont le prolongement de ceux qui se sont constitués au cours du présent quadriennal. S’y ajoute un atelier transversal d’anthropologie, nouvellement créé.

L’objectif est de tirer parti au maximum de la diversité aréale et disciplinaire qui est la marque de l’unité. Les croisements déjà opérés au cours des trois années précédentes sont renforcés et systématisés, les axes spécifiques à une aire, comme l’axe 3, ayant eux aussi vocation à s’ouvrir dans une étape ultérieure.

Axe 1. Pensée, religion et représentations culturelles

Projet 2014-2018 : « Pluralité de la pensée et de la religion : Chine, Corée, Japon »


Participants (membres statutaires pressentis au sein de l’unité) : Vincent DURAND-DASTÈS, KIM Daeyeol, KIM Hui-yeon, JI Zhe, Valérie LAVOIX, LI Jinjia, LIU Hong, Pénélope RIBOUD, YANG Dan, Frédéric WANG.

Partenaires : CEJ, CRCAO, Centre Chine-Corée-Japon, Université du Shandong (Chine)

Les trois enseignements que sont le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, importé de l’Inde au Ier siècle de notre ère, ont joué un rôle important mais différent en Chine.

Ils délimitent à eux trois les frontières d’une orthodoxie en perpétuelle redéfinition, à l’extérieur de laquelle sont rejetés les mouvements et idées jugées trop subversives ou radicales, qui finiront pourtant bien souvent par être assimilées en leur sein.

Introduits en Corée et au Japon, ces trois enseignements ont connu un riche développement dans ces deux pays dans leur confrontation avec les religions autochtones (shamanisme, shintoïsme…). Dès lors, ils deviennent un « savoir partagé » en Chine, en Corée, au Japon et dans d’autres pays sinisés.

« Pluralité » est ici à entendre dans son double sens : en tant que multiplicité d’enseignements ou de religions et en tant que diversité à l’intérieur d’un même courant d’enseignement et de religion.  L’accent sera mis sur les XVI et XVII siècles, où d’importants changements socio-historiques se sont opérés dans les trois pays concernés.


La philosophie et la science des religions ne sont qu’un pan du projet qui inclut aussi la question de leur représentation dans la littérature et la peinture. C'est ainsi qu'on s'interrogera sur les rapports intimes entre la religion et la littérature d’une manière générale (mythes, allégories, concepts, lexiques, etc.).    

Axe 2. Échanges matériels et immatériels, frontières, territoires et migrations

Participants (membres statutaires de l’unité) : Michel BLANCHARD ; Sébastien COLIN ; Jean-François HUCHET ; Jean-Aimé RAKOTOARISOA ; Marie-Sybille de VIENNE.

L’interrogation mise en œuvre par le présent axe de recherche porte sur les phénomènes de flux, véhicules d’innovations ou de développements bilatéraux, dans le domaine matériel comme dans le domaine culturel (concepts et organisations) : par voie maritime, entre golfe du Bengale et mer de Chine, plus largement entre océan Indien (Madagascar) et océan Pacifique, comme par voie terrestre, infra- et internationaux. Une attention particulière sera accordée aux problématiques frontalières, maritimes comme terrestres. 

À cette fin trois thématiques de recherche seront développées en synchronie :

A. La première porte sur le rôle des acteurs dans le développement de l’échange : dans la longue durée, les réseaux marchands de l’ouest de l’océan Indien ; à l’époque contemporaine, les autorités politiques (l’État et les entreprises en Chine et en Inde, auxquels on ajoutera  les royautés en Asie du Sud-Est).

B. La seconde thématique resserre à l’époque contemporaine la focale de la première au niveau d’une province, le Yunnan : il s’agira en l'occurrence  d’approfondir les travaux entrepris par S. Colin sur le Yunnan dans le double contexte de la construction de la Région du Grand Mékong sur la péninsule indochinoise et du rapprochement économique sino-indien.

C. La troisième thématique porte sur les flux et systèmes financiers, poursuivant les travaux précédents dans les champs de la finance comportementaliste et de la théorie du commerce international, tout en étendant la recherche en direction de la politique monétaire (M. Blanchard).

Axe 3. État et société en Chine contemporaine

Participants (membres statutaires de l’unité) : Catherine CAPDEVILLE ; Laurent GALY ; Jean-François HUCHET ; JI Zhe ; Xiaohong XIAO-PLANES.

Membres associés : Anne KERLAN,  Christine VIDAL, Victor VUILLEUMIER, WANG Xiaoling, WU Lili.

Cet axe a pour objectif d’étudier les configurations des rapports complexes entre l’État et la société chinoise aux XXe et XXIe siècles.  Il se caractérise par le croisement d’approches et de disciplines différentes : histoire, sociologie, anthropologie, économie, littérature, etc. Les thèmes sélectionnés s’inscrivent dans les perspectives historique et structurelle : formes de négociations, d’interactions et d’actions politiques (protestations, conflits), rôle des intermédiaires et des médiateurs, processus de politisation du social et des élites sous la République et de nos jours, analyse de la distinction entre guanfang et minjian (sphère officielle et espace du peuple), question de la société civile et du rôle du Parti communiste, recomposition des structures étatiques, et de manière générale, place et actions du politique dans la société chinoise.

On se posera les questions suivantes : Depuis la fin de l’empire, comment l’État-nation se construit-il et quelle est la participation de la société à ce processus ? Peut-on définir et comprendre les raisons des échecs et des désastres, catastrophes, difficultés survenus au cours de cette histoire complexe ? Comment l’État maoïste a-t-il laissé place à l’État-nation ? Comment enfin, le régime actuel s’adapte-t-il aux poussées du développement des voix à la base de la société ? Quelles sont les voies de légitimation de l’État et de la société ? 
 

Axe 4. Atelier transversal d’anthropologie CAM : Cour, amour, mariage

Participants (membres statutaires de l’unité) : Rémi BORDES ; Catherine CAPDEVILLE ; Malanjaona RAKOTOMALALA.

Membres extérieurs à l’unité : Jean-Michel BUTEL, INALCO, Maison franco-japonaise; Alexandra de MERSAN, INALCO, CASE (UMR 8170) ; Elisabeth LUQUIN, INALCO, CASE (UMR 8170) ; Delphine ORTIS, docteur en anthropologie de l’EHESS, membre de la MIFS (Mission Interdisciplinaire Française du Sindh-CEIAS-CNRS-EHESS).

L’atelier, créé en 2011, a pour objectif de rassembler des intervenants autour d’une discipline – l’anthropologie sociale – et d’un thème – cour, amour, mariage – dans les sociétés contemporaines. Formé actuellement de collègues tous spécialistes des sociétés d’Asie, il s’intéresse à travers des enquêtes de terrain aux expressions et aux représentations de l’amour et à leurs spécificités dans les sociétés étudiées. Les thèmes approchés comprennent les questions de choix des conjoints, celles des rapports amoureux, la définition de la notion d’amour dans les différentes sociétés, l’absence ou la présence de formes de cours, les chants et poèmes amoureux, les élaborations de stratégies matrimoniales, les échanges économiques qui sont engagés dans les processus de mariage, la survivance de certaines pratiques ancestrales (comme l’usage des charmes dans la construction ou la déconstruction des relations amoureuses à Madagascar), etc.

Les descriptions et les historiques des relations d’amour, de cour et de mariage faites par les intervenants au cours des premières réunions de travail ont permis d’établir la diversité des pratiques et l’impossibilité de la mise au jour d’un « système asiatique » dans ces domaines, contrairement à ce qui est avancé parfois. Ce constat autorise pourtant à se demander s’il existe un développement « moderne » cohérent au niveau des représentations et des expressions de l’amour, ainsi que des relations sociales menant au mariage. Il questionne également la pertinence d’un modèle moderne dans les sociétés contemporaines. 
 

Axe 5. Linguistique austronésienne

Participants (membres statutaires de l’unité) : Narivelo RAJAONARIMANANA, Noël GUEUNIER.

La  langue malgache appartient à la famille des langues austronésiennes comme le malais, l’indonésien, le tagalog, le tahitien et bien d’autres langues de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique. Cette famille compte aujourd’hui plus de 1200 langues parlées par plus de 300 millions de personnes. L’île de Taiwan serait le berceau de cette famille. Des populations originaires d’Asie du Sud et de l’île de Taiwan seraient à l’origine  de cette langue ancêtre du malgache qu’il est convenu d’appeler proto-austronésien.

Les spécialistes des langues austronésiennes (Blust 2009) ont montré que le malgache et les langues formosanes de Taiwan sont les langues qui ont le plus conservé les traits anciens du proto-austronésien.  D’où leur importance dans les études comparatives et historiques austronésiennes. 

Deux opérations seront menées au cours du prochain quinquennal.

1 - Constitution et élaboration d’une base de données sur la langue malgache.

2 - Histoire lexicale des langues austronésiennes

Axe 6. Littérature, arts et société

Projet 2014-2018 : « Littérature et violence »

Participants (membres statutaires de l’unité): DOAN Cam Thi, Solotiana NIRHY-LANTO, Isabelle RABUT et Françoise ROBIN.

La littérature a partie liée à maints égards avec la violence : d’abord parce qu’elle fait écho aux violences vécues ou perçues par l’auteur, qu’elles soient d’ordre politique, social ou intime ; mais aussi parce qu’elle est elle-même l’objet de multiples contraintes (censure, auto- censure), qui tentent d’empêcher la libération de la parole, ressentie comme une menace. Dans les régimes autoritaires, le pouvoir politique impose une certaine représentation de la violence (dans les guerres nationales, les luttes sociales), tout en passant sous silence d’autres violences, et en tentant de s’opposer à la mise en mots de l’expérience réelle des victimes ou des témoins.

Les participants à ce projet, qui travaillent respectivement sur les littératures vietnamienne, malgache, chinoise et tibétaine contemporaines, sont particulièrement exposés à cette problématique de l’expression de la violence dans des contextes historiques et politiques répressifs. Il s'agira d’explorer, à travers la prose, la poésie, l’écriture féminine, etc., différentes modalités de cette violence intimement liée à l’écriture :
 
  • la représentation de la violence dans la littérature (guerres, conflits, violence sociale…),
  • la violence exercée sur la parole littéraire (censure/autocensure),
  • la violence de la représentation, y compris dans l’exploration de soi.