Biélorusse

Le bélarussien (беларуская мова, bélarouskaïa mova) compte environ 7 millions de locuteurs au Bélarus (où il est la langue co-officielle avec le russe), en Pologne (langue régionale), en Ukraine et en République Tchèque (langue minoritaire) ainsi que dans la plupart des républiques d’ex-URSS. Il existe également d’importantes diasporas émigrées aux États-Unis et au Canada.

Le bélarussien est une langue indo-européenne appartenant avec le russe et l’ukrainien au groupe slave oriental. Mais il subsiste entre ces trois langues des différences d’ordre phonétique, grammatical et syntaxique. C’est pourquoi un unilingue russophone éprouvera beaucoup de difficultés à comprendre le bélarussien, surtout dans sa forme littéraire et parlée.

Le bélarussien possède, en plus, beaucoup de traits en commun avec les langues slaves méridionales et surtout occidentales. Cela permet à un certain nombre de linguistes désireux de percer les mystères des origines des Slaves de situer le bélarussien au centre de l’espace protoslave. Un fond important de baltismes archaïques dans le bélarussien moderne intéresserait, également, celui qui s’interroge sur l’origine commune des langues balto-slaves.

Même si pour des raisons historiques, il a été et il est toujours possible d’écrire le bélarussien avec l’alphabet latin (tout comme l’alphabet arabe a été utilisé par la communauté tatare il y a plusieurs siècles), le bélarussien d’aujourd’hui s’écrit généralement avec l’alphabet cyrillique dont la version actuelle composée de 32 lettres date de 1918.

Quant au système phonétique, il est composé de 45 (54) phonèmes : 6 voyelles et 39 (48) consonnes.

Le bélarussien a pour origine le vieux bélarussien attesté dès le 13ème siècle et qui est devenu la langue officielle du Grand-Duché de Lithuanie (13ème – 18ème siècles, à ne pas confondre avec la Lituanie actuelle).

Son âge d’or se situe au 16ème siècle lorsque le pays a été parmi les premiers à avoir sa traduction de la Bible dans la langue nationale. Celle-ci a été imprimée à Prague en 1517-1519 d’après la traduction de F. Skaryna. Cependant, pour diverses raisons historiques, le vieux bélarussien perd sa primauté dans la sphère écrite au profit du polonais au cours du 18ème siècle.

Le bélarussien classique n’a pris réellement son essor que dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Toute une pléiade de linguistes, écrivains, mécènes a contribué alors à la codification de la langue littéraire moderne.

Ce retard est avant tout dû à une russification massive que connaît le territoire du Bélarus actuel depuis l’annexion par l’empire tsariste à la fin du 18ème siècle.

L’époque soviétique sera dans le prolongement de cette politique de la colonisation, notamment linguo-culturelle, du pays. La courte période de bélarussisation des années 1920 n’était qu’un piège. Les purges des années 30 ont éliminé les élites qui ont participé activement au mouvement du renouveau national.

L’afflux de colons russes après la Seconde guerre mondiale a fini par marginaliser complètement le bélarussien.

La langue bélarussienne a été, néanmoins, un des symboles de l’indépendance de la République du Bélarus en 1991. Mais dès 1994 et l’arrivée au pouvoir du président Aliaksandr Loukachenka, tout a été fait pour réduire à nouveau le bélarussien à son statut folklorique et décourager son utilisation au quotidien.

Le bélarussien n’est plus utilisé que par une minorité appartenant, le plus souvent, au milieu d’opposition politique et culturelle (moins d’un million sur près de 9,5 millions d’habitants).

Paradoxalement, la majorité des Bélarussiens continue à désigner le bélarussien comme sa langue maternelle dont le pouvoir identitaire et symbolique reste très fort.

Une politique linguistique nouvelle pourrait très vite changer la donne.

Ainsi le bélarussien, quoi qu’il soit, fait preuve d’une durable vitalité et permet une approche originale dans l’étude des rapports complexes entre langue, État et nation.