Séminaire Théories et données linguistiques

Dates :
Vendredi 9 avril 2021 - 14:30 - 17:30
Lieu :
En ligne
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L’influence du russe sur les subordonnées circonstancielles en haut-negidal

Laurène Barbier (INALCO, M2 SDL)
 
Les langues toungouses comme le haut-negidal sont aujourd’hui toutes moribondes. Pour articuler des relations de subordination, elles ont normalement recours à des formes verbales non-finies comme des converbes ou des participes associés à un marquage casuel (Pakendorf & Aralova, 2020 : 300). Pourtant, plusieurs études ont mis en lumière une influence manifeste du russe suite à un contact prolongé, ayant pu conduire à une évolution des pratiques langagières des locuteurs. 
Similairement à ce qui a été mis en avant dans certaines variétés d’évenki, langue sœur du haut-negidal, parlées à Tura et Iyengra, en Sibérie centrale (Grenoble, 2000 & 2009), des exemples de propositions subordonnées circonstancielles en haut-negidal influencées par le russe ont été identifiés, à partir d’une selection de textes construite grâce à un corpus de haut-negidal rassemblé par B. Pakendorf et N. Aralova via le logiciel FieldWorks Language Explorer (FLEx) (Pakendorf & Aralova, 2017). Cependant, ces résultats préliminaires montrent également que peu d’énoncés de la sélection présentent des signes du contact avec le russe au niveau de la stratégie de subordination par comparaison avec le nombre total d’énoncés ayant recours aux formes habituellement utilisées en haut-negidal. L’influence du russe est pourtant attestée à d’autres niveaux de l’énoncé.
J’analyserai dans quelle mesure les propositions subordonnées circonstancielles sont influencées par le russe en haut-negidal et comparerai ces premiers résultats avec ceux disponibles dans d’autres langues toungouses. J’évoquerai quelques éléments qui pourraient expliquer les différences entre ce qui a été décrit en évenki et ce qui a été trouvé en haut-negidal, en m’interrogeant notamment sur la nature du contact qui s’est établi avec le russe.
 
Références bibliographiques citées :
- Grenoble L., 2000. « Morphosyntactic change : the impact of Russian on Evenki ». In Studies in Slavic and General Linguistics, Vol. 28, Languages in Contact. Leiden : Global Oriental. pp.105-120.
- Grenoble L., 2009. « Losing it in Siberia: Assessing the impact of contact ». In Proceedings from the Annual Meeting of the Chicago Linguistic Society 1, Vol.45. Chicago : Chicago Linguistic Society. pp.143-159.
- Pakendorf B. & Aralova N., 2017. « Documentation of Negidal, a nearly extinct Northern Tungusic language of the Lower Amur ». Londres : SOAS. https://elar.soas.ac.uk/Collection/MPI1041287 (dernier accès le 24/03/2020)
- Pakendorf B. & Aralova N., 2020. « Even and the Northern Tungusic languages ». In Robeets M. & Savelyev A. (eds) The Oxford Guide to the Transeurasian Languages. First edition. Oxford : Oxford University Press. pp.288-304.


Etude du mot neak អ្នក dans son emploi de pronom personnel

UN Dané, 2ème année, Master LLCER, Parcours Asie-Pacifique  

Le présent travail porte sur le mot khmer moderne neak អ្នក.​ L’étude se présente comme une première étape : description des emplois de ce pronom personnel et de la relation entre individus qu’il construit.
Ce mot a été choisi parce qu’il présente des particularités intéressantes. D’une part, neak est employé comme un terme lexical – neak peut être pronom ou nom qui précède d’autres mots pour former un nom ; d’autre part, neak est employé comme un terme grammatical qui a la fonction de classificateur.
Dans la société khmère, l’âge, l’espace, le temps et le rapport social du locuteur et de l’interlocuteur conduisent les gens à employer des termes différents pour s’adresser à l’interlocuteur. En raison de la diversité et de la complexité des termes d’adresse en khmer, nous nous concentrerons dans un premier temps sur l’étude les valeurs du mot neak en tant que pronom personnel. Dans le dictionnaire Cambodgien-Français de Rondineau (2007 : 762), neak a été défini comme « pronom utilisé pour l’interlocuteur, la personne à qui l’on parle, dans les cas où les deux interlocuteurs, gens ordinaires, veulent montrer leur respect, de la politesse, aussi bien pour les hommes que pour les femmes ». Cette définition n’est pas tout à fait complète. Elle ne nous dit rien en effet sur le type de respect entre locuteur et interlocuteur mis en jeu par neak.
D’après les données qui proviennent de sources écrites et orales tel que le recueil des contes cambodgiens, les réseaux sociaux et les entretiens oraux, on observe que neak est employé non seulement pour s’adresser aux hommes mais aussi aux femmes. Neak est également employé comme le moyen pour s’adresser aux lecteurs/ écouteurs en générale. Neak peut être utilisé comme un terme appellatif pour toutes les personnes de tous niveaux sociaux. Cela veut dire que neak est utilisé pour s’adresser aux individus important dans la société jusqu’aux gens ordinaires.
La réflexion est centrée sur le rapport social d’un locuteur et d’un interlocuteur, les propriétés propres du locuteur et de l’interlocuteur, les représentations que les locuteur et interlocuteur se font d’eux-mêmes.


Pronoms personnels et espace multilingue : le cas des dialectes estlandssvenska

Emile FAURE, D2, Sorbonne Nouvelle – ED 622 (CeRMI)
 
Selon Darbhe Narayana Shankara Bhat (2004), la fonction première des pronoms personnels est d’indiquer les rôles de locuteur et d’interlocuteur dans un acte de langage. Puisque les participants à un discours alternent constamment ces deux rôles, les pronoms personnels doivent se dissocier de toute information sur leur référent pour maintenir efficacement leur fonction première. Cette absence d’éléments d’identification différencie les pronoms personnels des proformes qui associent les participants à des référent. Bhat suggère une distinction typologique entre les langues à deux pronoms (première et deuxième personnes) et les langues à trois pronoms (première, deuxième et troisième personnes).
L’estlandssvenska désigne les dialectes suédois parlés jusqu’à la Seconde Guerre mondiale sur les îles et les côtes du nord-ouest de l’Estonie. Se situant à la périphérie du continuum dialectal scandinave, l’estlandssvenska a été en contact pendant plusieurs siècles avec l’estonien, une langue finno-ougrienne. Le suédois standard est une langue à deux pronoms tandis que l’estonien en possède trois. La propagation des innovations dans le continuum scandinave d’une part et la proximité multiséculaire de l’estonien d’autre part ont-elles eu des répercussions sur le système pronominal des dialectes estlandssvenska ? 
Après un bref aperçu de l’estlandssvenska et de l’espace multilingue que constitue l’Estonie, notre communication présentera les résultats de nos recherches à partir d’un corpus de textes dialectaux estlandssvenska. Dans une problématique de contact de langues, nous examinerons entre autres le cas du dialecte de Korkis. Ce dernier possède la particularité d’afficher un syncrétisme casuel du pronom personnel de première personne du singulier ja qui englobe les fonctions du sujet et de l’objet.
 
Bhat, D. N. S., 2004, Pronouns, New York : Oxford University Press.
Brunberg, G., 2015, Ordbock för rickulmålet med formlära för nuckösvenskan, Rickul/Nuckö hembygdsförening.
Dahl, Ö., 2015, Grammaticalization in the North: Noun phrase morphosyntax in Scandinavian vernaculars (Studies in Diversity Linguistics 6), Berlin : Language Science Press.
Hickey, R. (dir.), 2010, The Handbook of Language Contact, Malden : Wiley-Blackwell.
Lagman, E., 1979, En bok om Estlands svenskar. 3A, Estlandssvenskarnas språkförhållanden, Stockholm : Kulturföreningen Svenska Odlingens Vänner.
Rosenkvist, H. (dir.), Estlandssvenskans språkstruktur, Göteborg : Institutionen för svenska språket
Thomason, S. G., Kaufman, T., 1988, Language Contact, Creolization, and Genetic Linguistics, Berkelay : University of California Press.

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