Séminaire doctoral "Langue étrangère et étrangéisée Comment aborder, traduire et enseigner les nouvelles littératures ?"

Dates :
Vendredi 30 juin 2017 - 17:00 - 19:00
Lieu :
Salle 5.09, Inalco
SÉMINAIRE DOCTORAL ANNUEL – PLIDAM
AXE 4 : Littérature et culture en didactique des langues
Responsable : Frosa Pejoska-Bouchereau

 
 

Langue étrangère et étrangéisée
Comment aborder, traduire et enseigner les nouvelles littératures ?

 
Programme du second semestre
 
 
Delphine GRASS (Lancaster University)
« Le multilinguisme littéraire comme avant-garde »

Vendredi 24 février 2017
17h à 19h, salle 5.09 – INALCO Les Grands Moulins
 
Banu Akin (Université de Berne, Suisse)
« Etrangère à l’autre et étrangère à soi : un “double exil” raconté au féminin dans des romans d’écrivaines arabes aux USA et maghrébines en France »

Vendredi 24 mars 2017
17h à 19h, salle 5.09 – INALCO Les Grands Moulins
 
Françoise WOLF-MANDROUX (Université Paris-Sud)
« Littérature des minorités » : quelles minorités ? Quelle littérature ? Quelle langue ? Réception de cette littérature, stéréotypes autour de l'image de l'Indien. Cas particulier de la littérature amérindienne, des États-Unis

Mercredi 26 Avril 2017
17h à 19h, salle 5.09 – INALCO Les Grands Moulins
 
Eve-Marie ROLLINAT-LEVASSEUR (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3)
« Écritures théâtrales et pratiques théâtrales dans l’apprentissage des langues étrangères »

Mardi 30 Mai 2017
17h à 19h, salle 5.09 – INALCO Les Grands Moulins
 
OLGA ANOKHINA (Institut des Textes et Manuscrits Modernes ITEM)
« Les stratégies d’écriture des écrivains plurilingues »

Vendredi 30 Juin 2017
17h à 19h, salle 5.09 – INALCO Les Grands Moulins

Langue étrangère et étrangéisée
Comment aborder, traduire et enseigner les nouvelles littératures ?

 
Nos temps modernes destructeurs qui ont généré et qui continuent de générer l’(é)migration, l’exil, la déportation, l’extermination ne permettent plus à l’écrivain de saisir le monde comme objet de connaissance mais saisissent l’écrivain comme objet de leur l’arbitraire illimité (I. Kertesz, Un autre).
Un nouvel imaginaire, de nouvelles techniques et procédés d’écritures littéraires en résultent (V. Chklovski, L’art comme procédé ; V. Chalamov, Manifeste de la nouvelle prose ; M. De Unamuno, Comment on fait un roman ?; A. Camus, Discours de Suède, Conférence prononcée à Athènes sur l’avenir de la tragédie ; D. Kiš, Le résidu amer de l’expérience) qui modifient la réception des textes littéraires, obligeant le lecteur à lire et à penser autrement.
 
Ce nouveau langage n’est plus seulement une langue étrangère mais une langue étrangéisée qui par une fiction du réel rend étrange et étranger un réel étranger, sous différentes formes. Cette langue devient la patrie de l’écrivain, Une langue pour abri (G.A. Goldschmidt). Comment lire cette langue étrangéisée ? Comment la traduire ? Comment la comprendre ? Comment l’aborder ? Comment enseigner la nouvelle langue étrangéisée quand nos méthodes d’analyse, nos approches, ne s’adressent qu’au connu et reconnu de la littérature d’avant ? D’un point de vue didactique, que signifie donc enseigner cette littérature ?
 
Puisque nous ne pouvons plus ni penser ni écrire comme avant, disent les écrivains, nous ne pouvons donc plus ni les lire ni les penser comme avant. Pour lire ces textes et les penser nous devons opérer un « pivotement psychique » (A. Van Gennep, Le Folklore). Concept anthropologique qui permet de penser deux mondes : un monde du passé mort et un monde du vivant, du fait vivant : penser le monde vivant et le fait vivant et non pas le seul monde mort et les objets archéologiques, muséographiques. Le pivotement psychique s’entend ici comme un nécessaire changement de perception pour penser le nouveau.
Le pivotement de la notion de sacré, autre concept van gennepien (Les rites de passage) définit le monde profane comme étant le monde connu de l’individu et le monde sacré comme le monde de l’inconnu. Si Van Gennep donne au sacré un sens magico-religieux, nous l’adaptons ici aux nouvelles conditions humaines d’un monde étranger et à la condition d’étranger. Le monde profane devient notre monde familier face au monde du sacré qui devient le monde de l’étranger. Dès que l’individu pose le pied sur le seuil du chez-soi, il se trouve dans l’entre-deux-mondes, le monde de la marge, et subit un basculement du connu dans l’inconnu, du profane dans le sacré. Le franchissement du seuil est l’entrée dans l’étranger. Et, comme dirait Camus, « on ne peut pas toujours rester un étranger. Un homme a besoin  […] de trouver sa définition. » (Le Malentendu). Or, trouver sa définition suppose d’interroger ces nouvelles formes de l’existence qui semblent se tenir en dehors de notre existence mais qui se saisissent de notre existence.
L’écrivain, qui se tient à distance, à la marge, nous conduit à lire autrement pour percevoir le monde étranger à partir de la marge de l’entre-deux-mondes. Par exemple, dans la littérature du témoignage qui écrit son monde, au contraire des héros d’avant qui nous parlaient d’un monde reconnaissable puisqu’il était le monde du connu, le nôtre, les nouveaux héros nous parlent d’un monde qui n’a pas été le nôtre, inconnu (R. Antelme, L’espèce humaine). Dans le continu de la destruction, il s’agit dorénavant de dire le « temps étranger/pour un Toujours encore plus étranger » (P. Celan, Grille de parole, « Taie ») pour des lecteurs qui, le temps de la lecture et grâce au pivotement psychique, pénètrent dans la marge fictionnelle de l’entre-deux-mondes et, à proximité de l’écrivain, entre-aperçoivent l’étranger.
 
L’objet de notre séminaire sera de questionner ces nouvelles formes d’écritures d’une culture aux langues étrangéisées, leur compréhension et leur traduction pour une transmission par l’enseignement. Notre approche pluridisciplinaire mobilisera des traducteurs, des théoriciens de la littérature et des didacticiens, en dialogue avec des écrivains (romanciers, poètes et dramaturges).
 
Frosa Pejoska-Bouchereau
 

Type : 

  • Séminaires doctoraux