Politiques linguistiques familiales et processus de transmissions intergénérationnelles en contexte migratoire : questionnements méthodologiques et notionnels

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Date limite :
Lundi, 15 mai, 2017
 

Appel à contributions

 

À la suite du symposium qui s’est tenu à Angers en mai dernier un appel à contributions est lancé pour un ouvrage intitulé « Politiques linguistiques familiales et processus de transmissions intergénérationnelles en contexte migratoire  : questionnements méthodologiques et notionnels ».
L’ouvrage sera publié aux Éditions des Archives Contemporaines.

 
Préface de Jan BLOMMAERT, Tilburg University, Pays-Bas
Postface de Martine DREYFUS, Université de Montpellier, France

Argumentaire

Dans un monde de plus en plus interdépendant, les flux migratoires, phénomènes complexes et dynamiques, sont devenus l’un des enjeux mondiaux du XXIe siècle (Brutel, 2015 ; Wihtol de Wenden, 2013) du fait des conséquences sociales, économiques mais aussi linguistiques qu’ils engendrent tant dans les pays de départ que dans les pays d’arrivée.
 
 
Ainsi, les langues de l’immigration sont une composante importante du capital linguistique plurilingue de l’Europe du fait de leur très grande présence et de la diversité linguistique qu’elles représentent. Si, depuis de nombreuses années, la valorisation de la pluralité linguistique – langues des migrations mais aussi langues régionales et langues étrangères – a bénéficié des apports de nombreux chercheurs (Calvet, Castellotti, Costa, Fishman, Heller, Lüdi, Moore, Py …) mais aussi des options fortes portées par le Conseil de l’Europe (et par l’Union européenne plus récemment) en matière de développement et de reconnaissance des plurilinguismes des locuteurs, les politiques publiques nationales prennent rarement en compte la multiplicité des réalités sociolinguistiques de leurs terrains.
 
Comme cela a été souligné en 2014 lors des journées d’études « Migrer d’une langue à l’autre », au XXe siècle, seules quelques rares enquêtes commanditées par l’Insee, certains départements, régions ou associations locales ont porté sur la recension des langues. Au nombre de ces travaux l’enquête « Familles » de 1999 et son  volet linguistique nous renseigne de façon statistique sur les langues présentes sur le territoire français. Lors de cette enquête, faite pour la première fois lors du recensement de mars  1999, 380 000 adultes ont été interrogés sur la transmission familiale des langues : la très grande richesse des résultats obtenus ne nous permet pas de les décrire en détail ici mais nous retiendrons que seul un tiers des adultes qui ont reçu de leurs parents une langue autre que le français l’ont transmise à leurs propres enfants (Filhon & Lefevre, 2005).
 
Si évaluer le foisonnement des langues sur un territoire n’est pas facile à appréhender d’un point de vue comptable, accéder aux pratiques et aux usages linguistiques, tels qu’ils se déroulent et se négocient quotidiennement dans les espaces privés,  apparaît comme particulièrement subtil à saisir puisqu’il s’agit de parvenir à croiser pratiques individuelles et familiales telles qu’elles sont décrites par les locuteurs eux-mêmes et telles qu’elles peuvent être rendues observables au chercheur.
 
À la suite de Fishman (1991), nous considérons la famille comme le lieu qui agit à la manière d’une frontière naturelle, un barrage contre les pressions extérieures. Il nous semble qu’interroger les questions de transmission ou de non transmission des langues dans les fratries du point de vue des politiques linguistiques familiales est primordial puisque comme l’a écrit Spolsky (Spolsky, 2004) « […] c’est la politique linguistique au niveau de la famille qui détermine finalement le maintien ou la perte d’une langue ».
 
De plus, travailler sur les politiques linguistiques familiales permettrait d’apporter une vision renouvelée quant aux échanges, aux usages linguistiques ainsi qu’aux différentes modalités de transmission des langues dans les contextes de migration. En effet, les quelques travaux (Cognigni, Deprez, Dreyfus, Jablonka, et la thèse de Shahzaman Haque) portant sur la question des transmissions linguistiques dans les fratries, menés de façon éparse ces dernières années, ont permis d’amorcer de solides et précieuses pistes de réflexion.
 
Les travaux conduits montrent que la construction des répertoires verbaux des enfants est fortement tributaire de la façon dont des modes de communication complexes et dynamiques s’organisent, selon des fonctionnalités plurielles, entre les différents membres de la fratrie, ce que les récents travaux menés par Schwartz (Schwartz, 2013) et Smith-Christmas (Smith-Christmas, 2015) semblent confirmer. L’intérêt de ces travaux est aussi d’avoir montré que les fratries opèrent comme les lieux d’une « double médiation » (Lüdi et Py : 2003) dans lesquels « […] les enfants médiatisent les relations des parents avec la région et la langue d’accueil et les parents médiatisent les relations des enfants avec la région et la langue d’origine ». Sous-tendues par des processus dynamiques – dont des dynamiques identitaires – des médiations entre les langues d’origine et la langue d’accueil sont à l’œuvre (Deprez, 1996). Au sein de la fratrie, les représentations des langues et leur(s) statut(s) jouent un rôle important dans les choix linguistiques opérés non seulement en termes de transmission mais aussi en termes de communication mono-, bi- ou plurilingue.
 
Modalités de soumission
 
Les contributions soumises pourront être des articles (maximum 30 000 signes tout compris) ou des notes de recherche (maximum 10 000 signes tout compris). Les auteurs devront soumettre leurs articles ou notes de recherche aux deux coordinateurs à l’adresse mél symposiumplf@gmail.com avant le 15 mai 2017. Après délibération du comité éditorial, les avis d’acceptation seront envoyés pour le 15 juin 2017. Les articles définitifs devront être envoyés pour le
31 août dernier délai. Un résumé de 150 mots maximum et de cinq mots clés seront joints à l’article, en français et en anglais.  Les auteurs doivent soumettre leur textes de la manière la plus dépouillée possible sans aucune mise en page; à l'exception des italiques éventuelles et de la mise en forme de la bibliographie. Pour les indications éditoriales veuillez suivre ce lien : http://archivescontemporaines.com/index.asp?menuEx=978&idEx=0 
 
Coordination du dossier

Shahzaman HAQUE (PLIDAM, Institut National des Langues et Civilisations Orientales)
shahzaman.haque@inalco.fr
 
Françoise LE LIEVRE (CODIRE, Université Catholique de l’Ouest)
francoiselelievreuco@gmail.com